Les médicaments sont en France strictement encadrés, ce qui n’est pas sans conséquence pour les équipes de secours. L’idée répandue dans le grand public selon laquelle le secouriste peut délivrer un médicament est donc erronée. Ce principe général connaît toutefois des exceptions.

Définition du médicament

La notion de médicament est définie précisément par le code de la santé publique [1]. La définition est large et englobe tout produit présenté comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies ou pouvant être administré, en vue d’établir un diagnostic médical ou de restaurer, corriger ou modifier les fonctions physiologiques.

En revanche, les produits utilisés pour la désinfection des locaux ne sont pas des médicaments.

Les médicaments courants font l’objet d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) [2], sauf les médicaments homéopathiques [3], certains médicaments traditionnels à base de plantes [4].

Distribution des médicaments

Les pharmaciens ont le monopole de la distribution des médicaments [5]. La dispensation ne peut se faire que de deux manières :
- en ville, exclusivement en officine ;
- en établissement de santé, à partir d’une pharmacie à usage intérieur.

Certains médicaments sont en vente libre, et ne nécessitent pas d’ordonnance. Ils sont appelés « hors liste ». Pour autant, leur distribution n’est pas autorisée en dehors de la pharmacie. Cela permet d’encadrer les pratiques d’automédication, le pharmacien présent à l’officine pouvant orienter vers une consultation médicale si nécessaire et donner des conseils d’hygiène et de prévention.

Médicaments et secourisme

Compte tenu de ce qui précède, les secouristes doivent observer une règle générale d’interdiction concernant le stockage et la délivrance des médicaments. Les secouristes ne sont pas pharmaciens, et s’ils l’étaient, il est évident que ni le véhicule de premiers secours ni la tente du poste de secours ne sont ni des officines ni des pharmacies à usage intérieur.

Outre la contravention aux dispositions du code de la santé publique, le secouriste qui délivre un médicament met en péril la santé de la victime concernée. En effet, les conditions de stockage dans une malle ou un véhicule de secours ne peuvent garantir une conservation normale du produit (variations de température, d’humidité, poussière, suivi rigoureux des dates de péremption...) En outre, le secouriste ne possède pas la qualification requise pour repérer les problèmes liés à l’usage du produit et conseiller la personne concernée.

Pourtant, il n’est pas rare de voir les caisses de secours des secours renfermer quelques tubes de pommade ou d’antalgique. L’argument parfois avancé par les intéressés est que ces produits sont délivrés sans ordonnance et que leur utilisation en secourisme n’excède pas la pratique du « bon père de famille » qu’ils peuvent en faire à la maison. Il convient toutefois d’objecter que le fait que le médicament est vendu sans ordonnance ne supprime en rien l’obligation de le voir délivré en officine sous le contrôle d’un pharmacien. Par ailleurs l’usage familial diffère de l’usage secouriste, puisqu’au sein de la famille on utilise le médicament pour soi ou un proche dont on connaît bien l’état de santé et les allergies éventuelles. Ce n’est pas du tout le cas pour une victime dont on ne sait rien a priori.

En conclusion, si de tels produits subsistent dans une trousse de secours, il est impératif de s’en débarrasser en ramenant les produits inutilisés dans une officine [6]. À défaut, le risque pénal est important. Le fait de se livrer à des opérations réservées aux pharmaciens, sans réunir les conditions exigées, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende [7].

Exceptions à la règle générale d’interdiction

Le référentiel national des dispositifs prévisionnels de secours prévoit que les équipes de secouristes doivent détenir certains produits qui sont des médicaments, par exception à la règle générale exposée ci-dessus.

Il s’agit notamment :
- d’un kit « accident d’exposition au sang » [8] ;
- de solution hydro-alcoolique,
- de flacons d’antiseptique monodose à usage cutané,
- de solution physiologique,
- de chlorhexidine aqueuse,
- d’oxygène médical.

S’agissant de médicaments à part entière, ces produits doivent être conservés soigneusement dans des conditions permettant de garantir leur intégrité. Un suivi rigoureux des dates de péremption doit être organisé par les responsables de l’unité secouriste. Les modalités d’utilisation doivent être connues des secouristes, qui doivent lire et connaître les notices des produits.

Aucun produit autre que ceux prévus par cette règle d’exception ne peuvent être ni stockés ni délivrés au public.

Par ailleurs, la formation aux premiers secours prévoit que le secouriste peut être amené, en cas de malaise d’une victime, à l’aider à prendre son médicament. Il s’agit dans ce cas d’un médicament qui a été préalablement prescrit par son médecin, que la victime possède parmi ses effets personnels et dont elle connaît la dose. Si cette victime le demande, ou sur consigne d’un médecin préalablement alerté, il faut l’aider à prendre son traitement en respectant les doses prescrites [9].

Conduite à tenir par les responsables

Compte tenu de tout ce qui précède, il appartient aux responsables des unités secouristes de rappeler régulièrement aux chefs d’équipes, secouristes et équipiers-secouristes la règle générale d’interdiction de stockage et de délivrance des médicaments, et de s’assurer de leur bonne connaissance des produits qui font exception à cette règle.

Pour lutter contre l’idée erronée répandue suivant laquelle une équipe secouriste est équipée de médicaments, il est conseillé d’indiquer dans les conventions passées avec les organisateurs de manifestation que « le code de la santé publique ne permet pas aux secouristes de détenir ni délivrer des médicaments ».

Notes

[1Article L5111-1 du CSP

[2Article L5121-8 du CSP

[3Article L5121-13 du CSP

[4Article L5121-14-1 du CSP

[5Article L4211-1 du CSP.

[6qui sera tenue de les collecter gratuitement, article L4211-2 du CSP.

[7Article L4223-1 du CSP

[8le kit AES contient généralement du savon liquide, de l’eau stérile, du chlorure de sodium à 0,9%, des compresses, du Dakin Cooper®

[9Voir à ce sujet le référentiel national PSC1.

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Le secouriste et les médicaments

28 décembre 2016 par tristan

Bonjour,
je suis moi même secouriste dans une association de sécurité
civile
en été je fais de la plongée sous- marine (sur un bateau loin
de tout médecin et infirmier)
seulement en cas d’accident de décompression,
il faut donner IMPÉRATIVEMENT 1 g d’aspirine
pour fluidifier le sang, cela voudrai dire qu’en cas d’accidentés
De ce genre, il faudrait laisser mourir la victime plutôt que
de tout faire pour la soigner

merci de m’éclairer sur ce sujet car aucun article
du code de la santé ne parle d’administration de médicament exceptionnelemment

merci d’avance^^

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Le secouriste et les médicaments

29 décembre 2016 par Frédéric Séguret

Bonjour,
Je n’ai pas de connaissance spécifique sur les accidents de plongée mais la commission médicale de la fédération des sports sous-marins, évoque cette question ici : http://www.ffessm.fr/faq_detail.asp... Je note qu’il y a des contre-indications et que la commission écrit que l’on propose de l’aspirine et non qu’on l’administre. On se trouve donc dans le cas d’une aide à la prise d’un médicament prescrit par une autorité médicale, qui reste dans le domaine secouriste. Si chaque plongeur peut se munir d’une ordonnance avant son départ en session de plongée et en fournir une copie au responsable, on se trouve alors parfaitement conforme et couvert sur le plan légal.

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Le secouriste et les médicaments

28 mai 2008 par Carrick

Bonjour,

Dans mon association, nous avons à disposition un "kit médecin" comprenant de la Ventoline, du Salbutamol et du TNT - pardon : de la trinitrine. Ce kit est scellé et ne doit être ouvert pour administration que sur avis médical d’urgence.
Comment cette situation s’accorde avec ce qui est énoncé dans votre article ?
(détention/conditions de stockage/délivrance/administratio...)

Merci d’avance

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Le secouriste et les médicaments

18 avril 2008

Trés intéressant,
A ce sujet, la bétadine unidose est-elle utilisable ?

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Le secouriste et les médicaments

18 avril 2008

Je ne sais pas ce qu’en dit le PSE1 et le PSE2 mais ce qui est sûr c’est que l’ancien CFAPSE?? interdisait l’usage d’antiseptique coloré. L’utilisation de BETADINE peut donc masquer la plaie et les signes d’infection qui peuvent y être associés. De plus la BETADINE est potentiellement allergisante, même si les accidents sont rares le rapport bénéfice risque n’est pas en faveur de la BETADINE en terme d’utilisation secouriste. Mieux vaut donc utiliser la chlorhexidine qui offre une meilleure sécurité d’emploi.

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Le secouriste et les médicaments

18 avril 2008 par Webmaster

C’était en effet ce qui était enseigné au CFAPSE??. Ce n’est plus écrit pour le PSE1 et PSE2. Il faut dire que l’effet masquant de la Bétadine est temporaire, car étant en solution aqueuse la coloration disparait à la première douche. Pour ce qui est des allergies, tous les produits peuvent en provoquer. Donc la Bétadine monodose pourquoi pas, c’est à chaque équipe secouriste de se déterminer. Pour ce qui est du conditionnement monodose il est dit qu’il faut le « préférer » dans le PSE1 mais semble imposé par le RNMSC DPS (liste du matériel obligatoire).

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Le secouriste et les médicaments

11 mai 2008

Dans le cadre de l’utilisation d’un antiseptique par le secouriste, le sujet est abordé dans le PSE 1 mais uniquement dans la partie plaie simple ou effectivement un secouriste peut utiliser un antiseptique en se conformant aux prescriptions du fabricant. Pour les Plaies graves, pansements stériles uniquement.

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Le secouriste et les médicaments

24 juillet 2008 par guilmut

infirmier aux urgences et MNPS j ne suis pas tout a fait d’accord avec l’utilisation de la chlorexidine compte tenu que dans les services d’urgences la bétadine scub et la bétadine dermique seront utilisées. Si le risque de réaction allergique est peut probable avec la bétadine le risque demeurent élévé quant à l’association de 2 antiseptique (la chlorexidien sur le DPS par les secouristes et complété par la bétadine aux urgences).

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Le secouriste et les médicaments

14 avril 2008 par Picolo

Qu’en est-il des secouristes possédant la qualification "PSMS" ? Lors de cette formation, l’usage d’anti-inflammatoires locaux (ex ketum pour ne pas le citer) est recommandé pour des cas précis, il en va de même pour ce qui est du traitement des chocs (avec hémoclare par exemple).

De plus, le médecin référent de l’association peut-il établir une liste de médicaments dont il autorise l’usage par les secouristes de son asso, même en son absence sur dps ?

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Le secouriste et les médicaments

15 avril 2008 par Webmaster

Qu’en est-il des secouristes possédant la qualification « PSMS » ? Lors de cette formation, l’usage d’anti-inflammatoires locaux (...)

En fait l’application de pommade n’est pas au programme du PSMS (que vous trouverez ici pour vérifier).


le médecin référent de l’association peut-il établir une liste de médicaments dont il autorise l’usage par les secouristes de son asso, même en son absence sur dps ?

Non. C’est contraire aux dispositions du code de la santé publique.

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Le secouriste et les médicaments

16 avril 2008

En fait l’application de pommade n’est pas au programme du PSMS (que vous trouverez ici pour vérifier).

la circulaire vers laquelle vous m’envoyez ne définie que le programme de la formation. Je suis titulaire de cette qualification et durant ma formation, on m’a appris l’utilisation de différentes pommades. L’absence de référentiel national induit nécessairement des interprétations...

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Le secouriste et les médicaments

26 mai 2008 par tony

Bonjour,
Je suis responsable HSE dans un opéra.
On me demande de provisionner certaines trousses de premier secours avec des médicaments. Or j’ai toujours appris que cela était interdit.
Pourriez-vous m’indiquer le texte de loi qui interdit la présence de médicaments dans la trousse de secours des SST.
merci

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Le secouriste et les médicaments

26 mai 2008

L’article ci-dessus constitue la réponse à votre question : c’est le code de la santé publique (cf. le texte pour les détails). De plus c’est le médecin du travail de votre entreprise qui devrait être le prescripteur du contenu des trousses.

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