Le Centre d’analyse stratégique est une « institution d’expertise et d’aide à la décision placée auprès du Premier ministre. Il a pour mission d’éclairer le gouvernement ».

Il a rédigé une note, de 11 pages, annoncée dans les médias et reprise par eux avec une vidéo sur internet pour sa présentation à la presse.

Après une première lecture comprenant les « 6 propositions », le CAPSU a contacté le CAS (mail du 21.2.2013) pour s’étonner que le projet de formation aux « 5 gestes qui sauvent » face à un accident de la route (objet de propositions de loi, de très nombreuses questions écrites et d’une campagne afin que cette formation soit rendue obligatoire pour obtenir un permis de conduire) n’ait pas été citée et commentée.

Après une réponse évasive des auteurs (mail du 22.2.2013), le CAPSU a répondu (mail du 23.2.2013), reprenant au passage la mention du « PSC1 au permis de conduire » qui n’a jamais été proposé par le CAPSU. Ainsi que l’illusion de s’en remettre (comme depuis les années 80) à l’Education nationale afin d’assurer une formation de base en secourisme des jeunes – tous les jeunes – durant le cursus scolaire.

Ces échanges ont été publiés sur le site internet de secourisme.net [1].

Avis global sur cette note

Lors de la présentation de cette note à la presse (vidéo du 19.2.2013), il est question du massage cardiaque externe (il faut rappeler que le MCE n’était appris jusqu’au début des années 80 qu’aux secouristes titulaires du BNS (brevet national) qui devaient suivre une formation complémentaire en « ranimation » pour être formés à cette technique.
Un bref mémoire [2] fut adressé à la Direction de la sécurité civile (par Didier BURGGRAEVE, président de l’ASAR et de l’ADPS (ADPS devenue ensuite le CAPSU) afin que le MCE soit introduit dans la formation des secouristes. Cette suggestion fut ensuite reprise pour la formation des SST.

Le BNS fut supprimé en 1991 lors d’une réforme du secourisme, ainsi que les GES (gestes élémentaires de survie), programme court préparé en vue d’une formation des candidats aux permis de conduire, suite à une décision d’un CISR en novembre 1974. Les deux programmes furent remplacés par une attestation de formation (AFPS), d’une durée d’environ 12 heures. Mais l’objectif de former chaque année, par cette réforme, 600 000 de nos concitoyens ne fut jamais atteint. L’AFPS fut également réformée (PSC1) puis réajustée encore ensuite. En 2012, nous formions un peu plus de 200 000 de nos concitoyens ainsi que 110 000 jeunes au sein de l’Education nationale.
(Voir les statistiques analysées par le CAPSU dans ses bulletins).

Le directeur du CAS, qui présentait la note à la presse, aborda les « accidents de la vie courante » en précisant que « des gestes simples » étaient important à connaître notamment face aux chutes, brûlures, étouffement. Notons que les gestes « de survie » sont des gestes « qui sauvent » durant le temps qui sépare l’intervention du témoin formé et l’arrivée des secours publics (Sapeurs-pompiers, SMUR ou ambulanciers). De nombreux conseils et gestes sont transmis lors de la formation PSC1 pour que les conduites à tenir par les témoins soient appropriées. Seuls quelques-uns, seulement, sont à classer parmi les gestes « de survie ».

Il fut question également d’une « démarche de prévention », thème abordé en France depuis plus de trente ans par une multitude d’associations ou d’organismes. Il s’agit en effet d’un axe prioritaire insuffisamment exploité même si la mortalité est passé de 22 000 à 19 000 selon les chiffres actuellement communiqués, mais certaines statistiques sont imprécises (Incendies domestiques, noyades).

La Norvège fut citée en exemple avec 90% de la population formés aux gestes de premiers secours (par la scolarité et une formation pour obtenir un permis de conduire). Puis les propositions du CAS furent présentées : Un numéro unique (le 112, imposé pour les pays de l’Union Européenne) car il y a les numéros 15, 17 et 18 ; les appels du public étant dispersés. (Voir mail CAPSU du 21.2.2013).

L’importance de l’équipement des lieux publics en défibrillateurs fut ensuite abordée : « précieux si le cœur s’arrête », ce qui est une inexactitude car un défibrillateur, comme son nom l’indique, ne peut que défibriller un cœur en fibrillation ventriculaire et non un cœur arrêté (dans ce cas il faut pratiquer le MCE – ce que doit faire tout témoin dès son arrivée – sachant que 60% des arrêts ou malaises cardiaques ont lieu au domicile des particuliers).

Il a été également rappelé que « seuls 20% des jeunes » étaient formés dans le cadre scolaire. L’explication de ce taux réduit serait que l’Education nationale « n’a pas les ressources nécessaires ». Le CAS propose de « former des formateurs » c’est-à-dire des enseignants, ce qui est une évidence. Mais vu la surcharge des programmes scolaires et le fait que certaines matières sont déjà écourtées – faute de temps, il est certain que cette formule ne pourra pas aboutir à une formation généralisée (une classe d’âge = environ 750 à 800 000 jeunes).

Le CAS parle de « moniteurs de premiers secours » alors que la toute récente réforme a supprimé cette référence avec la nouvelle modification du PSC1. Il est question de « formateurs ». Pour « démocratiser » cette formation aux « gestes », pour « l’ensemble de la population », le CAS propose un « crédit d’impôt » [3]

Nous estimons que la personne qui suit cette formation (comme toute autre formation plus courte) doit participer à son coût de revient pour l’association qui l’organise – à condition que ce montant soit raisonnable, ce qui n’est pas le cas avec la formation PSC1, à notre avis trop élevé. Il devrait être fixé par la sécurité civile (qui a en charge la diffusion du secourisme à la population et la définition des programmes) par exemple à 40 € maximum par candidat (PSC1).

Enfin, les « messages grand public » furent cités, mais nous ne connaissons que les « 5 gestes qui sauvent » face à un accident de la route du CAPSU (diffusés à partir de la 1ère brochure de 1972), et les « 3 gestes » face à l’urgence cardiaque de la FFC à partir du début des années 2000. Il est bien évident par ailleurs que suggérer d’utiliser les « salles d’accueil, aéroports ou gares » pour former le grand public aux « gestes de premiers secours » ne peut se comprendre que par un choix de gestes essentiels de survie – et non en référence à la formation PSC1 qui aborde de nombreux gestes complémentaires.

Lier gestes de premiers secours et messages de prévention (campagnes de « publicité »), autre évidence. Mais combien de gestes, quels gestes ?

Premiers échanges

Par le mail du 21 février, nous nous étonnions que les « 5 gestes qui sauvent » face à un accident de la route n’aient pas été cités et éventuellement détaillés. Beaucoup de points repris dans cette analyse ont déjà été abordés, souvent, par d’autres organismes ou institutions. Pourquoi alors en réaliser une nouvelle synthèse si c’est pour reprendre le travail déjà effectué par ailleurs ?

Certaines propositions ont été transmises aux pouvoirs publics depuis très longtemps, comme le numéro national unique d’appel des secours (1968). Les exemples étrangers, objet de plusieurs recherches ont également été transmis aux pouvoirs publics (notamment pour la formation aux permis de conduire en Allemagne, Autriche et en Suisse).

Dans leur réponse du 22 février, les auteurs, chargées de mission au département questions sociales, évoquent des « contraintes éditoriales » pour justifier de n’avoir pas cité les « 5 gestes » dans une analyse qui reprenait pourtant, dans les multiples renvois (49), le rapport de juin 2011 de l’Académie nationale de médecine. Mais aucun renvoi pour citer les « 5 gestes qui sauvent ».

A quoi cela sert-il de reprendre toutes ces données et publications déjà utilisées par beaucoup d’autres ? Tout a déjà été dit [4], ce sont les pouvoirs publics qui restent sourds à ces alertes fréquentes relayées parfois par les médias. Alors, il faut le faire objectivement et honnêtement, ce qui n’a pas été le cas puisque les « 5 gestes qui sauvent » ont été écartés et que le récent rapport du député Bernard GERARD d’octobre 2012, donc tout récent, ignoré !

Revenir sur les nombreuses expériences étrangères, c’est bien, mais le problème est bien la France, totalement à la traîne, une situation qui ne s’est pas améliorée ces dernières années.

Réponse du CAS à cet avis


Monsieur,

Vous nous avez envoyé un message concernant notre note d’analyse portant sur les gestes de premier secours.

Je vous remercie de l’attention que vous portez à nos travaux, et souhaitais vous apporter quelques précisions.

Comme vous l’indiquez à juste titre dans la note, nous sommes un organisme d’aide à la décision placé auprès du premier ministre. Pour remplir cette mission, nous utilisons des informations existantes, des études que nous réalisons et des comparaisons internationales pour porter quelques recommandations sur des pans d’action publique qu’il nous semble possible d’améliorer en France. La relative brièveté de nos notes nous empêche souvent d’être exhaustif, et nous tentons au moins de mettre en lumière les principaux arguments, ainsi que des expériences réussies à l’étranger, qui pourraient donner à penser à de bonnes voies possibles en France. Ces notes ne sont pas des notes techniques ; elles ont ainsi plus vocation à dresser des lignes directrices qu’à décliner un plan d’action, d’où les relatives imprécisions que vous soulignez.

Enfin, vous semblez déplorer le fait que cette note s’ajoute à de déjà nombreuses alertes, nous y voyons de notre côté une pierre supplémentaire (et qui a été très bien reçue par les médias, qui s’en sont fait écho) à une cause qui nous est commune.

Restant à votre disposition pour toute information supplémentaire que vous pourriez souhaiter,

Delphine Chauffaut
Chef du département Questions Sociales
Centre d’Analyse Stratégique

Sur le Web : Le CAPSU sur secourisme.net

Notes

[2Voir les breve 296.

[3Cette question écrite rappelle que les associations formatrices recevaient de l’État durant cette période, une subvention pour chaque secouriste formé. Cette subvention fut ensuite supprimée. Les frais alors réclamés aux candidats ont augmenté d’une manière significative.

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