C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur le Professeur Alain LARCAN, le 10 mai 2012. Un homme qui a apporté au secourisme, tel que nous l’entendons, c’est-à-dire en associant autant la population que les secours professionnels, une contribution exceptionnelle et novatrice. L’hommage rendu par « l’Est Républicain », sur son site, fait une synthèse de cet homme de culture et d’action.

(Publié dans le bulletin n° 50 du CAPSU)

Pour tous ceux et celles qui se sont investis dans l’action permanente afin de diffuser le secourisme, le rôle pionnier de M. LARCAN ne pouvait pas leur être inconnu. Nous le connaissions en ce qui nous concerne dès 1972 car il avait suivi le démarrage de la campagne nationale des « 5 gestes qui sauvent » lors de son lancement au « Salon de la sécurité » de Nancy, ville où il créa en 1962 le « service SOS ».

Dans un article signé de sa main et paru dans le n° 9 (mars 1976) de la revue du Comité interministériel de la sécurité routière [1], Le professeur LARCAN y expose, pour les secours aux blessés « une expérience » d’un SMUR que nous reproduisons intégralement ci-après (dans le bulletin n° 50).

Comme on le lira, ce service d’urgence appelé ensuite également SMUR, avait été d’abord prévu pour le « transport primaire et la réanimation d’extrême urgence des malades et surtout des blessés de l’agglomération ». Parmi ces blessés il y avait ceux de la rue et de la route, mais le champ d’action était large. En cela, ce « service SOS » se différenciait de « l’antenne de la route » de Paul BOURRET à Salon (Voir pages 105 à 110 du bulletin, thèse de son interne, le docteur LAUGIER), un GMUR devenu SMUR – appellation définitive – uniquement destiné aux accidentés de la route, créé en 1957. Il se rapprochait plus du SMUR-SAMU de Louis SERRE à Montpellier durant cette même période du début des années 60.

La population ne pouvait pas appeler directement ce service. Il fallait alerter la police ou la gendarmerie. Le moyen « le plus techniquement valable » était alors choisi. Ce principe, défendu par M. LARCAN, le fut encore avec la mise en place du n° 15 pour les urgences médicales, c’est-à-dire pour contacter le SAMU.

Le Professeur LARCAN faisait partie de nos références et en 1983, pour l’ADPS (appellation précédente du CAPSU), nous avions interrogé des médecins directeurs de SAMU sur le projet et la brochure des « 5 gestes qui sauvent ».

Dans sa réponse en date du 6.1.1984 qu’il faisait à Philippe LAUWICK, il rappelle dès son premier paragraphe qu’il « est en effet fondamental de donner à l’ensemble de la population une éducation sanitaire de base lui permettant de donner l’alerte dans les meilleures conditions et d’effectuer éventuellement quelques gestes sommaires de sauvegarde et éventuellement de ne pas réaliser certains gestes susceptibles d’être nocifs ».

Ce paragraphe, assorti d’un astérisque, résumait tout de ce que nous devions entreprendre dans notre pays. Il rappelait en fin de lettre qu’il serait « capital bien entendu que les questions soient posées aux épreuves du permis de conduire ». A cette date, il ne parlait que de questions. Nous militions pour une formation. Il formula une remarque quant à l’attentisme de la Commission nationale de secourisme.

Et en bon pédagogue, cet éminent professeur nous suggérait quelques modifications (« sur quelques points de détail ») pour une prochaine édition. Tout en se proposant pour diffuser la brochure ! Les questions : « Est-il conscient, respire t’il, saigne t’il » qu’il cite, rejoignaient nos « 5 gestes » avec la LVA (ou la PLS), Ranimer (qui deviendra ventiler) et la compression des hémorragies externes.

Nous le tenions informé de nos actions – au sein des associations de secourisme dans le département du Nord. Nous n’avons pas oublié le télégramme qu’il avait envoyé à l’ASAR, en septembre 1986, à destination du docteur André SOUBIRAN, président de l’ACMF, venu de Paris participer à la réception des secouristes à l’Hôtel de ville de Leers (dans l’agglomération de Roubaix), puis le lendemain, présider l’inauguration d’une nouvelle rue, la seconde, au Nom du Professeur ARNAUD :

« Uni avec vous en pensée dans le souvenir de Marcel Arnaud. Signé Professeur Alain LARCAN, membre de l’Académie nationale de médecine ».

Puis il deviendra le président de cette Académie dont avait fait partie Marcel ARNAUD, en 1994. Lors de l’inauguration du MEDEC à Paris, le 2 mars 1994, il prononça une intervention remarquable en tous points que nous avions pu obtenir. Outre la première page, nous publions les pages 8 et 9 (bulletin 50) qui nous paraissent essentielles et qui venaient largement en appui de notre action. Lorsqu’il a énoncé :

« Il convient donc de reprendre totalement la question de la formation aux gestes élémentaires de survie (GES) de la population française…. L’enseignement des gestes de secouriste devrait être obligatoire…. Il devrait être obligatoire pour l’obtention du permis de conduire ». Et d’espérer un « projet législatif, réaliste suivi d’une application généralisée programmée ». C’était pourtant en 1994 !

On comprend pourquoi, en 2010, il supervisera un rapport sur le secourisme qui reprendra notamment la nécessité d’utiliser le temps de préparation et de formation d’un permis de conduire pour apprendre en même temps les « gestes de premiers secours ».

A notre demande, il nous avait fait parvenir de nombreux documents sur son action, de très nombreux articles, dont l’un dédicacé au président du CAPSU, suite aux tomes successifs réalisés sur l’œuvre du Professeur Marcel ARNAUD dont il était destinataire.

Il n’omettait jamais de répondre lui-même à ses correspondants.

Mots avec toujours des remerciements et des encouragements. On le lira dans celui de décembre 2003 « … et vous félicite pour l’action que vous déployez en l’honneur des pionniers de la médecine d’urgence ».

En décembre 2006 : « A bien reçu l’ouvrage hommage à Marcel Arnaud pour lequel j’ai toujours eu une grande admiration, ainsi qu’à Louis Serre qui fut mon ami. Je vous félicite de rappeler inlassablement l’œuvre de ces précurseurs de l’aide médicale urgente… ».

Et plus récemment en septembre 2011, après l’envoi du tome V : « Vous remercie… pour l’envoi de ce beau recueil d’hommage à « notre Maître à tous » Marcel Arnaud…. Encore récemment… j’ai salué son œuvre féconde ».

Dans ce tome V sur l’œuvre de Marcel ARNAUD (9.2011) un hommage particulier lui avait rendu (pages 390 à 397).

Suite de notre hommage dans le prochain bulletin.

Sur le Web : Le CAPSU sur secourisme.net

Notes

[1Article inséré dans le tome III sur l’œuvre de Marcel ARNAUD (2003) avec le titre « Fondateur de la traumatologie routière, Précurseur des SMUR et des SAMU » dédié à Robert DEJOUR du Secours routier français.

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