Didier Burggraeve, Président du Conseil d’action pour la prévention des accidents et les secours d’urgence (CAPSU), nous a communiqué ce commentaire des propositions issues du rapport de l’Académie nationale de médecine.

Texte publié dans le Bulletin du CAPSU – Mai 2011

Voir aussi

- Le CAPSU veut rappeler aux candidats à l’élection présidentielle l’échec du secourisme de masse
- Comment recevoir les publication ou adhérer au CAPSU
- Le secourisme en France : panorama et perspectives
- L’académie de médecine réclame un pilotage fort du secourisme en France


SECOURISME :
Rapport présenté à l’Académie nationale de médecine

Dans le bulletin précédent, nous relevions l’adoption, par le conseil d’administration de l’Académie nationale de médecine – à l’unanimité – d’un rapport présenté à l’initiative du Professeur Alain LARCAN et rédigé par le Médecin général Henri JULIEN.

Après l’introduction (pages 106 et 107 du bulletin 46), nous reprenons les 9 propositions de ce rapport avec nos commentaires (qui ne confirment que la position et les propositions du CAPSU depuis de très nombreuses années).

1) Mieux définir le secourisme

Nous estimons nécessaire de distinguer, le grand public (secoureurs au sens des « 5 gestes qui sauvent » pour assurer la survie), du secouriste bénévole (entraîné au sein des associations) et du secouriste professionnel (sapeurs pompiers, ambulanciers).

La définition du secourisme doit être courte, concentrée, explicite et non interprétable. Nous préférons : Gestes de premiers secours à prodiguer aux personnes en danger, suite à un accident ou à un malaise, en attendant l’arrivée des secours spécialisés.

(Nous passons de la proposition 1 à 3. Il y a donc deux propositions en ce qui concerne, à notre avis, la définition du secourisme (en 1) et, 2ème proposition, l’utilisation du secouriste bénévole (voir page suivante – site de l’Académie de médecine).

3) Mieux protéger le secouriste bénévole

Nous ne croyons pas que cet aspect ait été un obstacle à la diffusion du secourisme. Peut-être ce risque de poursuites existait-il dans l’esprit de quelques-uns avec la peur de mal faire ?
Quels secouristes « bénévoles » – et combien le cas échéant – ont-ils été poursuivis ? N’est-ce pas plus grave (ou aussi grave) la « non-assistance à personne en danger », la fuite face à l’accident ou l’ignorance totale des premiers gestes à pratiquer face à une personne en détresse ?

L’intention de nuire est probablement différente et ne peut être confondue avec un geste imparfait ou une erreur.
La FFC a traité définitivement ce souci récurrent et inapproprié de la responsabilité civile et/ou pénale en rappelant :
« il vaut mieux mal faire que de ne rien faire ».

Le reproche d’une diffusion trop restreinte du secourisme s’adresse plus aux pouvoirs publics et à ses instances chargées de les conseiller, incapables de définir des projets, concepts et programmes simples à portée de tous. Et de motiver les citoyens.

On peut toutefois assurer la protection juridique du citoyen qui porte secours à autrui afin qu’il ne se contente pas, conformément au code pénal, d’appeler les secours et attendre.

4) Renforcement du pilotage du secourisme en France

Le pilotage, pour le CAPSU, pour un développement maximum (et rattraper notre retard considérable) ne peut se concevoir qu’au sein d’une structure nationale : un ministère de la Protection civile, au sein duquel il y aurait une direction nationale du secourisme (comme il y aurait une direction nationale des sapeurs pompiers).

Nous ne pouvons que déplorer cette lacune de notre organisation et du peu d’effort fourni par les (petites) structures qui ont été chargées du secourisme (SNPC et, à partir de 1975 la DSC, avec un bureau du secourisme, composé, pour toute la France de 2 ou 3 personnes !).

Faut-il rappeler la lettre – incompréhensible – du préfet, directeur du SNPC (page 29) qui répondait (déjà), en 1970, qu’il était impossible de mettre en place (pour les candidats (au) permis de conduire) la formation au BNS (brevet national de secourisme), alors que nous demandions uniquement de les former aux seuls « 5 gestes » ?

Toutefois, en novembre 1974, le CISR avait fait valider la mise en place d’une formation aux « gestes de survie » – obligatoire pour obtenir un permis de conduire, reportée puis abandonnée. Il s’agissait bien d’une décision de l’exécutif !

Le programme des GES, mis au point par la sécurité civile était trop ambitieux, également trop théorique, avec des matières complémentaires qui brouillaient le message essentiel, celui de la survie des blessés de la route dans l’attente de l’arrivée des secours !

Le ministère des Transports a donc mis un obstacle permanent à sa concrétisation. Les GES de 1977 furent abrogés lors de la réforme de 1991, sans que la création de l’AFPS n’apporte une solution de remplacement.

La CNS (Commission nationale du secourisme) – voir pages 46 et 47 la lettre du directeur de la sécurité civile – a été remplacée, suite à cette réforme, par un « observatoire », mais le Docteur JULIEN [1] qui en sera un membre et un animateur influent, critique aujourd’hui (à juste raison) ses limites voire ses insuffisances.

Tous les exemples (pour un fonctionnement nouveau, différent) repris dans la 4e proposition seraient opérationnels aujourd’hui avec une direction nationale du secourisme au sein d’un ministère totalement dédié à la prévention des accidents et catastrophes ainsi qu’à l’organisation des secours à tous les niveaux, c’est-à-dire de la Protection civile.

5) Plus grande généralisation de l’obligation de formation

L’exemple de « l’obligation » de formation au sein de l’Éducation nationale n’est pas un bon exemple puisque, en 2008/2009, seulement 60 000 attestations de formation (PSC1??) sont délivrées annuellement, pour une classe d’âge de 7 à 800 000 jeunes !

Seule la journée d’appel (JAPD) a permis, en quelques quarts d’heure, d’aborder les risques et les premiers secours d’une manière systématique. (Un projet précédent avait capoté suite à la suppression du service militaire).

L’abandon du service militaire a été autrement plus dramatique sur le plan de la formation des jeunes, durant cette période.

Enfin, le permis de conduire est nommément cité alors qu’un blocage total émanait de l’« Observatoire du secourisme » et en son temps de la DCSR, alors que le Docteur JULIEN en a été un membre assidu et écouté.

Il existe des propositions de loi qui restent en attente malgré un consensus très large au sein de tous les groupes politiques au Parlement.

Comment comprendre qu’une proposition de loi pour mettre obligatoirement en place un dispositif de protection et/ou de surveillance des piscines privées ait été votée en quelques mois alors que, par exemple, pour la formation aux « 5 gestes qui sauvent » des candidats aux permis de conduire, la première proposition de loi date de 1997 ? Et le nombre de vies à épargner n’est pas comparable !

Quant au financement (proposition 6) le projet initial de formation aux « 5 gestes » était gratuit pour les stagiaires (pris en charge par l’État afin d’indemniser les associations de formation, comme par le passé lorsqu’il subventionnait les associations par un forfait de x francs par secouriste formé).

Cet aspect a été rejeté par les associations elles-mêmes qui voulaient que cette formation soit payante, comme le sont devenues toutes les formations au secourisme depuis.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus revenir en arrière et nous pensons que la participation financière demandée à chaque stagiaire valorise la formation reçue. Elle est nécessaire pour financer le coût de la formation (organisation, locaux, matériel d’apprentissage, frais administratifs et de déplacement des moniteurs...)

Toutefois, le coût actuel (PSC1) doit être sérieusement réduit car il est abusif et on est proche d’un système commercial.

7) Harmoniser les diverses formations de secourisme

Cette harmonisation existe avec le programme (officiel) dit PSC1 mais l’erreur fondamentale commise est d’avoir exigé que ce soit ce seul programme qui soit retenu pour une formation obligatoire des candidats aux permis de conduire (auparavant l’AFPS), désigné par le « socle ». Ce qui était irréalisable.

Comment « approfondir » lors de la JAPD le PSC1 si 10 ou 20% seulement des jeunes arrivent formés à cette journée ?
Le recyclage SST existe (depuis très longtemps) et est même obligatoire.

Nous préconisons :

Éducation nationale : faire le maximum possible pour diffuser le secourisme.
(Les titulaires d’une attestation de moins de trois ans seraient dispensés de la formation aux « 5 gestes » au moment de la préparation d’un permis de conduire).

Permis de conduire : stage pratique de 4 heures sur les « 5 gestes qui sauvent ».

(Les personnes titulaires du SST ou du PSC1 –moins de trois ans– seraient dispensées de suivre, obligatoirement, la formation ; mais pourraient évidemment le faire à titre de rappel ou de recyclage).

JAPD : outre les risques et leur prévention, présenter uniquement les « 5 gestes » pour la route et les « 3 gestes » face à l’urgence cardiaque ; car temps très limité.

La formation des personnels paramédicaux est du ressort du ministère de la Santé.

Le secourisme associatif ou professionnel fait l’objet de règles différentes et de programmes progressifs complémentaires.

8) Simplification

C’est exactement ce que propose le concept des « 5 gestes ».
Il faut diminuer le temps nécessaire à une formation dite de masse. Le PSC1 ne peut pas convenir. Le programme couvre beaucoup trop de sujets.

Le point 9 concerne le secourisme professionnel.

L’ACMF, par un communiqué de presse du 13 juillet 2010 – ci-après – résume l’essentiel du rapport. Il est important de revoir les « 5 gestes » mis en exergue même s’ils ne sont pas cités directement [2].

Nous avons retenu dans la presse une interview du Docteur JULIEN, reprise sur internet (Viva presse) où il précise que « 4 à 7% des victimes de la route pourraient être sauvées chaque année grâce à un acte simple ».

Nous n’avons pas les mêmes chiffres mais nous retenons toutefois les siens : ce serait alors pour 2009, 180 à 315 vies qui auraient pu être épargnées d’après lui.

Pour conclure cette analyse, nous tenons à confirmer que nous partageons l’essentiel de ce rapport et c’est que nous avons fait savoir au Docteur JULIEN par un mail en date du 9 octobre 2010 que nous publions ci-après (mais auquel nous n’avons reçu aucune réponse).

[La fin de la conclusion du rapport, suite de la page 75, se trouve après le communiqué de l’ACMF, page 78].

Notes

[1Le Docteur Henri JULIEN, ancien médecin-chef de la BSPP fut aussi conseiller médical auprès de la DSCR (sécurité routière) donc près du délégué interministériel. Durant cette période, le projet des « 5 gestes qui sauvent » n’évoluera guère, les dossiers envoyés restèrent dans un placard.
Il fut également conseiller au sein de la Direction de la sécurité civile.
Ces fonctions devaient lui permettre de faire évoluer le secourisme dans un sens favorable comme il l’expliquait dans des articles (voir plus loin).

[2Alors qu’ils font l’objet d’une nouvelle proposition de loi déposée en septembre 2007 (après 1997, 1999 et 2002).

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