Paul REYNAËRT, Président d’honneur du CAPSU, a consacré sa vie à la prévention des incendies et des accidents.

Je l’ai connu alors qu’il avait l’âge qui est le mien aujourd’hui.

J’étais alors à la BSPP (Brigade de sapeurs-pompiers de Paris). J’avais 20 ans.
Un soir, alors qu’il m’emmenait près de chez lui à Paris, dans le 17e arrondissement (celui de la BSPP) au restaurant, il me dira, sur le chemin, « vous êtes une locomotive ».

Cet homme aura été pour moi essentiel pour construire ma vie d’homme, m’interroger et guider mon action.

J’ai commencé ma formation de secouriste (SST Sauveteur-Secouriste du travail) exactement le 12 avril 1965 à Roubaix.

Paul REYNAËRT, devenu le président d’honneur du CAPSU (alors ADCS) en 1983, nous a quittés un 12 avril, c’était en 1992.

C’est avec une tristesse absolue que je me suis rendu à ses obsèques. Je ne l’oublierai jamais.

Le 12 avril est donc chaque fois, le souvenir de mes débuts pour me former au secourisme, le souvenir intact et ému de celui qui fut mon guide, mon conseiller et mon ami, même si nous avions 45 années qui nous séparaient.

Extrait du bulletin du CAPSU n°27

Membre de l’UNPC (Union Nationale de Protection Civile), il était l’auteur de nombreux articles et communiqués que l’on retrouvait dans deux revues de la sécurité : « Face au risque » du CNPP (Centre National de Prévention et de Protection) et PCSI (Protection Civile et Sécurité industrielle) devenue ensuite SCI.

Pour rappeler ses débuts dans la « Protection Civile », comment ne pas publier à nouveau l’hommage qui lui avait rendu Gérard HERTZOG, devenu depuis membre du CAPSU, par cet article ci-dessous dans « Face au risque » à l’occasion de la remise de la médaille d’or du C.N.P.P.

C’est en 1982 qu’avec Pierre BLAHA nous avions écrit à Paul REYNAËRT afin qu’il accepte de devenir Président d’honneur du CAPSU (à l’époque ADPS). C’est que nous étions redevables à cet homme intègre, exigeant, toujours à l’affût d’idées nouvelles, de nous avoir encouragés à poursuivre nos actions mutuelles débutantes, dès 1970, lors d’une rencontre commune à l’État-Major de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris. Paul REYNAËRT aimait encourager et aider en permanence les jeunes. C’est un réflexe qu’il nous a légué et nous le sentons bien quand aujourd’hui nous pratiquons pour autrui ce qu’il a fait pour nous.

« La Protection Civile est aussi l’affaire des jeunes » avait-il dit et écrit, car il ne supportait pas que l’on écarte ainsi des bonnes volontés sous prétexte de la jeunesse !

Quand il nous voyait arriver dans les réunions de l’UNPC à Paris, on percevait chez lui un réel plaisir de nous voir participer aux débats et, tout simplement, de poser les vraies questions, celles qui ont l’habitude d’irriter ceux que l’on appelle les « responsables ».

Extrait de Face au risque, date inconnue

La médaille d’or du C.N.P.P. pour Paul Reynaert

C’est le 9 janvier, au cours d’une réunion très amicale, que Philippe de Moulins-Beaufort, délégué général du C.N.P.P., a remis la médaille d’or du C.N.P.P. à Paul Reynaërt.

En effet, c’est après plus de vingt ans passés au service du C.N.P.P. et plus de cinquante années au service de la prévention que Paul Reynaërt a pris, avec son épouse, une retraite bien méritée. Dès les années 30, c’est en forêt de Fontainebleau, comme « gué du feu » au pylône de Franchard, que commença la carrière de sécurité de l’invité du jour. Plus tard, s’élevant en connaissance et en altitude, c’est entre le Mont-Blanc et la mer de Glace, les premiers essais de communication en montagne par radio portative, après l’expédition malheureuse de Vincendon et Henri. Puis, c’est pour lui, la constitution d’un premier noyau de préventeurs, sous le nom « Jurande de Saint-Thomas » où quelques professionnels de la sécurité s’associèrent pour promouvoir cette nouvelle profession et, par la suite, créer le Groupement professionnel des conseillers techniques en sécurité incendie (G.P.C.T.S.I.). Ce dernier groupement chargea M. Reynaërt de créer une documentation réglementaire concernant la sécurité qui prit le triple nom de Codincendie, Sauvtacode, Radiacode. Dénominations que l’on retrouve vers 1964, dans la revue « Face au Risque » à laquelle leur auteur vient d’être attaché en entrant au C.N.P.P.

C’est alors que, faisant un pas, encore un pas, toujours le même pas que l’on recommence jusqu’au bout, comme disait Péguy, Paul Reynaërt, fidèlement aidé par son épouse, accumule les éléments d’une documentation qui est aujourd’hui devenue un des fleurons de la maison. Symboles tangibles des vingt dernières années de Face au Risque, quatre responsables, qui se sont succédé dans la revue durant cette période, s’associèrent au chaleureux hommage rendu à celui et à celle qui étaient à l’honneur, tout en les félicitant pour l’œuvre accomplie. Qu’ils en soient remerciés dans leurs vieux jours par une retraite heureuse, dans la joie et la sécurité.

G. Hertzog.

Parmi les écrits de Paul REYNAËRT, nous publions ci-joint un article qu’il avait intitulé « quid de la dynamique altruiste », inséré dans le n° 86 (1er trimestre 1979) de la revue de la FNPC (Fédération Nationale de Protection Civile).

Comment ne pas être surpris par ce texte prémonitoire (écrit il y a plus de 20 ans) sur l’agressivité (déjà !) et l’insécurité sous toutes ses formes !

Également, il regrettait que les « médias » préfèrent donner la « vedette » aux criminels plutôt qu’aux sauveteurs, aux actes de bravoure, bref aux altruistes.

Cette situation ne s’est elle pas encore aggravée de nos jours ?

Cela mérite réflexion concluait-il mais qui réfléchit ?

Enfin, nous publions ci-après deux pages extraites de la revue PCI, en 1970 sous forme de communiqués de l’UNPC.

Pour le secourisme en milieu scolaire ce qu’écrivait Paul REYNAËRT était et est toujours la réalité.

Certes, de nombreux textes, essentiellement des circulaires, ont confirmé ce souhait d’une diffusion de la sécurité et du secourisme en milieu scolaire. Mais, concrètement, sur le terrain, l’application est très marginale et ne dépend le plus souvent que de directeurs d’établissement ou de professeurs motivés qui agissent au lieu de se plaindre.

Extrait de la revue FNPC n°86, 1er trimestre 1979

Quid de la dynamique altruiste

Dans un monde infesté par l’agressivité et l’insécurité sous toutes ses formes, la « bonne conscience » fait figure de vertu. Si cela est, a contrario une bonne conscience est néanmoins pragmatiquement inopérante tandis que s’accomplissent des actes de secours instinctifs, d’une rare héroïcité, et en l’absence d’un quelconque intérêt, seulement par devoir de « sauver son frère »... L’indifférence qui est généralement réservée à ces actes est indigne d’une information objective qui se devrait de les magnifier et de les actualiser sur les podiums.

Le suspens de sauvetages héroïques ne serait-il pas aussi passionnant et empoignant que les actions violentes en quête de crimes parfaits ?

Après l’évènement, un sauveteur est rarement l’objectivation des mass-medias, il reste le plus souvent en arrière-plan.

Par contre, le criminel est suivi au télé-objectif et son procès le place à la une des quotidiens tandis que les actes de bravoure s’y rapportant sont à peine évoqués, sinon gommés... Quid de la dynamique altruiste... la vedette est toujours réservée au criminel dont on nous expose les antécédents le déculpabilisant, les motivations qui l’ont dévoyé et ses possibilités de recyclage. Loin de nous pourtant l’idée de prendre part aux polémiques sur ce thème.

Notre propos vise les points d’obscurité qui entourent la plupart des actes d’altruisme.

Est-ce parce que la bravoure serait un réflexe naturel de civisme, naturel... voire !

Oh, bien sûr le courage est considéré et même « on l’admire » entre guillemets, mais avec si peu d’ostentation par rapport aux « exploits » également entre guillemets, des hold-ups, des truands et autres malfaisants.

En conclusion, tant qu’il y aura des hommes d’esprit et de coeur en France et dans le monde, la race des mordus de l’altruisme ne s’éteindra pas. Pour eux et avec eux, posons la question : pourquoi cette partialité, les mass-medias sont-elles coupables ou serions-nous responsables de leurs motivations ? Cela mérite réflexion.

PAUL REYNAERT

Extrait de la revue PCI, 1970

COMMUNIQUÉ N° 41-70
PARIS, le 15 Avril 1970
A PARTIR DE LA CAMPAGNE DE L’U.N.P.C. :
LA PROTECTION CIVILE EST AUSSI L’AFFAIRE DES JEUNES

Le comité technique de l’U.N.P.C. (commission restreinte) a procédé à un échange de vues sur l’enseignement du secourisme au niveau scolaire.

Les idées reproduites dans ce communiqué ne le sont qu’à titre d’information pour servir de base de discussion et faire, au besoin, l’objet d’une critique constructive.

Paul REYNAERT
secrétaire général

Si la base de la Protection civile est le secourisme, il importe de rechercher les vocations altruistes chez les jeunes d’abord.

Il faut dans cette optique rappeler in-extenso le décret du 28 novembre 1958 pris par le président du Conseil des ministres sur le rapport du ministre de l’Éducation nationale, le conseil supérieur de l’Éducation nationale entendu, qui précise :

Article premier. — Un enseignement des règles générales de la sécurité relatives aux dangers d’accidents qui se présentent dans les diverses circonstances de la vie scolaire, familiale ou professionnelle est donné aux élèves fréquentant les établissements d’enseignement publics ci-après :
- établissements d’enseignement du premier degré ;
- centres d’apprentissage ;
- classes élémentaires et classes du premier cycle (lycées et collèges) ;
- classes correspondantes de l’enseignement technique.

Article 2. — Cet enseignement comprend un enseignement théorique et des exercices pratiques.

Article 3. — L’enseignement théorique est compris dans les horaires de sciences physiques et naturelles, Il constitue une application des connaissances physiques, chimiques, anatomiques et physiologiques figurant dans les programmes des divers ordres d’enseignement.

Article 4. — Toutefois, préalablement à l’étude scientifique de ces questions, des règles simples de prudence, notamment sur les dangers de blessures, de noyade, d’asphyxie, d’incendie, d’électrocution et d’explosion sont incluses dans les programmes de l’enseignement civique et moral...

Article 5. — L’enseignement visé à l’article 3 est donné par les professeurs chargés de l’enseignement des sciences physiques et naturelles. L’enseignement visé à l’article 4 est donné dans les établissements du premier degré par les instituteurs ou institutrices. Les exercices pratiques sont organisés par les mêmes et par les professeurs chargés de l’éducation physique et des activités de plein air.

Article 6. — Les exercices pratiques qui comportent notamment les éléments du secourisme sont organisés dans le cadre des leçons d’éducation physique et des activités de plein air. Les maîtres qui en sont chargés pourront demander le concours du personnel médical ainsi que de techniciens agréés par l’inspecteur d’académie, sur présentation d’associations qualifiées et reconnues d’utilité publique, Ledit personnel et lesdits techniciens auront accès aux locaux scolaires publics pendant la durée des exercices pour lesquels leur concours a été demandé.

Article 7. — Le ministre de l’Éducation nationale est chargé de l’exécution du présent décret publié au « Journal officiel »,

Après lecture de ce texte légal, il est apparu au comité technique que, d’après des sondages, certains responsables d’établissements d’enseignement ne le possèdent même pas dans leur répertoire de textes concernant leurs établissements.

Il apparaît à certains membres que, selon les mêmes sondages, ce texte en vigueur serait tombé en désuétude ; le comité entend poursuivre son enquête sur ce sujet.

En ce qui concerne les professeurs d’éducation physique, il semble qu’ils n’aient pas été préparés à l’enseignement du secourisme, certains ne seraient même pas en possession du brevet de secouriste.

Les professeurs désignés pour l’enseignement théorique n’ont, en général, reçu aucune formation concernant les dangers de blessures, de noyade, d’asphyxie, d’incendie, d’électrocution et d’explosion...

Du moins cela ressort-il d’une première enquête.

Cet enseignement de surcroît, selon le décret, doit être inclus dans les programmes de l’enseignement « civique et moral »... Doit-on en déduire que ce sont les professeurs de lettres et d’histoire qui doivent aborder ces problèmes, mais le texte ne parle pas d’eux.

Ce texte doit être remis à l’ordre du jour et son application fouillée dans les détails, tel est l’avis du comité technique de l’U. N. P. C. qui décide :

1° De constituer une commission présidée par son président national, J.-E. Laurent-Pérussel avec pour rapporteur M. Paul Schaeffer, secrétaire administratif de l’U. N. P. C. ;

2° De demander à l’administration compétente de faire parvenir à chacun des responsables d’établissements d’enseignement le texte du décret avec l’espoir de l’accompagnement par une circulaire d’application ;

3° De préparer un rapport sur la question qui sera annexé au présent communiqué aux fins de sa présentation à l’assemblée générale de l’U. N. P. C.

Voir aussi

Paul Reynaert président d’honneur du CAPSU

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