Arrêt cardiaque : le Parlement européen recommande de diffuser les gestes qui sauvent plus largement, la France ferait bien de s’en inspirer

26 septembre 2026

Le Parlement européen appelle à rendre obligatoire la formation à la réanimation et à l’usage d’un défibrillateur à l’école et au travail.

La demande figure dans une résolution non contraignante adoptée le 16 septembre 2026 à une large majorité : 545 voix pour, 47 contre et 75 abstentions.

Pour ce qui est des députés français, le RN s’est abstenu en bloc, Reconquête a voté contre, et l’immense majorité des autres groupes (PPE, S&D, Renew, Verts, Gauche) a voté pour [1].

Porté par la commission de la santé publique du Parlement (rapporteure Romana Jerković, S&D, Croatie) au titre de la procédure 2025/2132, le texte n’a pas de valeur législative. Il constitue un signal politique qui invite la Commission européenne et les États membres à agir, chacun dans son domaine de compétence.

Ce que le texte demande en matière de réanimation

Le paragraphe 75 du texte adopté est celui qui concerne directement les acteurs du secourisme. Il appelle à un déploiement et un accès plus larges aux programmes de formation et de sensibilisation à la réanimation cardio-pulmonaire, y compris pour les enfants et les jeunes, et à rendre obligatoire la formation à la réanimation et à l’usage d’un défibrillateur automatisé externe (DAE) dans les établissements scolaires et sur les lieux de travail [2].

Il demande en outre que les défibrillateurs soient visibles et accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans les espaces publics et les lieux très fréquentés, que des systèmes nationaux de cartographie et d’entretien des DAE soient mis en place, et que leur localisation soit intégrée aux systèmes d’orientation des appels d’urgence.

Les parlementaires rappellent que l’arrêt cardiaque hors hôpital reste « l’une des principales causes de mortalité évitable » et que la survie dépend de la reconnaissance immédiate de l’arrêt, de la réanimation précoce par un témoin, d’une défibrillation rapide et d’une réanimation avancée effectuée à temps [3].

Sur tous ces sujets, la France reste entre deux eaux. Les obligations en matière de secourisme scolaire existent, mais les moyens sont insuffisants pour les appliquer massivement. La formation sur le lieu de travail existe également, mais reste cantonnée au SST, qui ne touche pas nécessairement tous les salariés. L’obligation d’équiper les ERP en défibrillateurs existe, mais aucune stratégie nationale ne permet de s’assurer de leur accessibilité H24 dans les lieux où ils seraient le plus utile. La cartographie des défibrillateurs est également rendue obligatoire, mais peut être considérée comme un échec tant elle est défaillante.

Ainsi sur ces questions, il ne faut pas imaginer que la France est en avance sur le reste de l’Europe. L’ensemble de ces demi-mesures, mises bout à bout, amènent à un taux de survie déplorable après un arrêt cardiaque. Elle est bien en dessous de la moyenne européenne (≈5 % [4] contre 7,5 % [5]), avec un taux de RCP par témoin lui aussi en retrait (≈40-50 % contre 58 % [6]) et une utilisation d’un défibrillateur qui demeure rare. Le CFRC nous classe explicitement parmi les moins bons résultats européens.

Nous avons beau avoir formé les meilleurs cardiologues et urgentistes du monde, tant que notre pays ne se dotera pas d’une stratégie de mobilisation citoyenne autour des gestes qui sauvent, des milliers de personnes continueront de mourir inutilement chaque année dans notre pays. Puisse le message des députés européens être entendu.

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