Nouveau BPJEPS natation : la profession craint une pénurie de maîtres nageurs
Un arrêté du 27 juillet 2026, publié au JO du 18 août, remplace le BPJEPS AAN par le BPJEPS NAA, une réforme qui inquiète la profession.
Le brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS) spécialité éducateur sportif change de mention : « activités aquatiques et de la natation » (AAN) devient « natation et activités aquatiques » (NAA), organisée en quatre blocs de compétences portant sur la conception de projets d’animation, la valorisation des activités, la conduite sécurisée des séances et la gestion de la sécurité des lieux de pratique. Le diplôme continue de donner le titre de maître-nageur sauveteur (MNS) et son champ de compétences couvre explicitement la prévention des noyades, pour des publics diversifiés, en milieu naturel comme en milieu artificiel. La transition s’étale jusqu’en 2028 : aucune nouvelle session sous l’arrêté du 21 juin 2016 ne pourra ouvrir après le 31 décembre 2026, et ce texte sera définitivement abrogé le 1er septembre 2028, le temps de terminer les formations déjà engagées.
La Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS) salue plusieurs avancées, notamment l’obligation d’être titulaire du PSE2 (premiers secours en équipe de niveau 2) pour entrer en formation, contre le PSE1 auparavant. Mais elle chiffre à 98 heures minimum le cumul du PSE1, du PSE2 et du certificat SSA (surveillant sauveteur aquatique) nécessaire avant même d’entamer le BPJEPS NAA, et pose la question qui inquiète toute une profession déjà confrontée à une pénurie structurelle de maîtres-nageurs : allonger et renchérir le parcours ne va-t-il pas réduire davantage le nombre de candidats ?
La fédération rappelle un précédent : avant 1985, environ 1 500 diplômes de maître-nageur étaient délivrés chaque année en France ; après l’instauration du brevet d’État d’éducateur sportif des activités de la natation (BEESAN), ce nombre serait tombé à environ 350 diplômés par an durant les cinq premières années, un déficit que le BNSSA (brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique) avait ensuite comblé autour des bassins avant d’être lui-même remplacé par le SSA.
Sur le plan technique, la FFMNS relève un assouplissement de l’épreuve de nage, désormais fixée selon elle à 400 mètres en 8 minutes maximum. Elle la juge suffisante en piscine mais insuffisante en milieu naturel, un doute que renforcent à ses yeux des blocs de compétences centrés sur la conduite de séances plutôt que sur le sauvetage en eaux libres.
Une gouvernance contestée
L’article 9 du nouvel arrêté confie un rôle au directeur technique national de la Fédération française de natation (FFN) dans l’habilitation des organismes de formation, un point que la FFMNS juge « juge et partie » sur un diplôme d’État. Une question écrite du sénateur Jérôme Darras (Pas-de-Calais, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain), déposée le 23 juillet 2026, confirme ce point en citant directement le texte [1] : « l’avis du directeur technique national de la fédération française de natation [...] est exigé pour l’habilitation des organismes de formation ». Le sénateur demande au gouvernement de garantir que cet avis reste « strictement consultatif, écrit, motivé, non contraignant pour le recteur ». Autre point relevé par la FFMNS : une concertation jugée incomplète, avec l’absence du secteur du handicap et de l’Éducation nationale lors des réunions de travail.
Le Sénat s’est saisi aussi de l’angle pénurie. Une question écrite du sénateur Cédric Chevalier (Marne, groupe Les Indépendants), déposée le même jour [2], alerte sur les difficultés croissantes des collectivités territoriales à recruter des maîtres-nageurs, au point de contraindre certaines piscines municipales à réduire leurs horaires. Il demande au gouvernement de faire de cette réforme « un véritable levier de lutte contre la pénurie » sans sacrifier la qualité de la formation. Aucune des deux questions n’a reçu de réponse gouvernementale à ce jour.
Un syndicat sur la même ligne
Le Syndicat national professionnel des maîtres-nageurs sauveteurs (SNPMNS) porte, depuis le 26 juin 2026, une inquiétude voisine [3]. Dans ses observations transmises au ministère des Sports avant la publication de l’arrêté, le syndicat demande :
- que l’avis des fédérations sportives reste strictement consultatif
- que les critères d’habilitation soient nationaux et indépendants de toute structure particulière
- que les formateurs et évaluateurs disposent de leurs qualifications à jour
- que les divergences sur les disciplines retenues aux tests techniques soient levées
- que les stagiaires déjà engagés comme les candidats en VAE bénéficient de dispositions transitoires sécurisées