Incendies en Gironde, nouveaux référentiels premiers secours, statut des pompiers volontaires : l’actualité secourisme de juillet 2026
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Incendies historiques en Gironde, trois référentiels premiers secours rendus opposables, statut des pompiers volontaires : juillet 2026.
Incendies en Gironde et dans les Landes : la solidarité du monde du secours
Depuis le 22 juillet, deux incendies de forêt d’ampleur inédite consécutifs au réchauffement climatique d’origine humaine ravagent le massif des Landes de Gascogne, à cheval sur la Gironde et les Landes. Le plus important part de Saumos et s’étend d’abord vers l’ouest jusqu’au bourg de Lège-Cap-Ferret, où des habitations brûlent, avant qu’un changement de vent ne le pousse vers l’est, en direction de l’agglomération bordelaise : à son maximum, le feu s’approche à une quinzaine de kilomètres de Bordeaux, forçant l’évacuation préventive des communes situées hors rocade au nord et à l’ouest de la métropole (Saint-Médard-en-Jalles, Mérignac, Eysines, Le Haillan, Saint-Jean-d’Illac, Martignas-sur-Jalle, Saint-Aubin-de-Médoc), puis, quand le vent tourne de nouveau, des communes du pourtour du bassin d’Arcachon au sud-est (Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios, Cestas). Un second incendie, distinct, se déclare le même soir à Biscarrosse dans les Landes et gagne Parentis-en-Born puis Sanguinet.
Le bilan de la préfecture de la Gironde dépasse, pour le seul feu girondin, 42 000 hectares brûlés et l’évacuation de près de 220 000 personnes par voie terrestre et, depuis la presqu’île du Cap Ferret, par voie maritime : la plus importante évacuation en France depuis la Seconde Guerre mondiale. L’autoroute A63 vers l’Espagne est fermée sur 60 km et plusieurs liaisons ferroviaires sont interrompues. Les fumées touchent l’ensemble de l’agglomération bordelaise et sont perçues jusqu’à Royan, en Charente-Maritime. Deux sapeurs-pompiers professionnels d’une trentaine d’années, piégés dans leur camion lors d’une intervention près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, sont morts sur le feu. Le feu est jugé stabilisé le 28 juillet et les habitants autorisés à rentrer progressivement, commune par commune, jusqu’à la fin du mois.
Face à cette crise, les grandes associations agréées de sécurité civile ont déployé des moyens considérables. La Croix-Rouge française a mobilisé près de 300 volontaires venus d’une soixantaine de départements : participation à toutes les vagues d’évacuation (habitants, EHPAD, cliniques), ouverture de centres d’hébergement d’urgence, secours à personnes en appui des pompiers et du SAMU, acheminement de plus de 1 180 lits picots, 10 000 kits d’hygiène et d’une cinquantaine de véhicules de premiers secours. Ses propres équipes ont dû évacuer en urgence leur poste de commandement de Marcheprime, menacé par les flammes, pour s’installer dans un collège de Villenave-d’Ornon.
La Protection Civile a de son côté déployé plus de 300 bénévoles venus de 30 départements, avec 45 ambulances et 40 véhicules logistiques : évacuation de 12 EHPAD et de près de 500 personnes vulnérables, ouverture de 7 Centres d’Hébergement d’Urgence, soutien à 25 communes. Le dispositif s’est ensuite étendu au Lot-et-Garonne, à la Haute-Garonne, au Var et à la Corse.
D’autres réseaux d’AASC sont intervenus, comme l’UNASS qui s’est également mobilisée : 30 personnels et 11 véhicules engagés dès le 27 juillet, puis douze associations territoriales au total le lendemain, sous la conduite de son président national Nicolas Coeffic, venu à la rencontre des équipes sur place.
Agriculteurs, forestiers, habitants : le citoyen acteur de la sécurité civile
Au-delà des associations agréées, des centaines de citoyens se sont mobilisés spontanément en appui des pompiers, illustrant concrètement ce que le référentiel Gestes Qui Sauvent (voir notre dossier plus bas) appelle le « citoyen de sécurité civile ». Des agriculteurs et entrepreneurs de travaux agricoles, organisés en convois via les réseaux sociaux et les syndicats agricoles, ont acheminé tracteurs et citernes jusqu’aux pistes forestières inaccessibles aux camions de pompiers pour ravitailler les secours en eau et noyer les bords de piste, libérant ainsi les équipes pour d’autres foyers. Certains sont venus de loin : parti des Deux-Sèvres, un convoi d’agriculteurs a rejoint la Gironde par le bac du Verdon-sur-Mer, sous escorte de gendarmerie. Des entreprises forestières et du BTP ont de leur côté mis à disposition bulldozers, broyeurs et abatteuses : au 27 juillet, 97 kilomètres de coupures pare-feu avaient été réalisés autour du feu de Saumos avec ce matériel civil.
Cette mobilisation, jugée « précieuse » par les autorités, appelle toutefois à la prudence. Le maire de Lège-Cap-Ferret a rappelé que l’aide des habitants ne doit s’exercer qu’en appui des consignes des pompiers professionnels, par exemple pour éteindre les fumerolles une fois le feu passé afin d’éviter les reprises, jamais en prenant l’initiative d’affronter directement les flammes : « Ces personnes risquent leur vie et peuvent gêner l’action des pompiers ».
Moyens humains et matériels : les syndicats dénoncent, le ministre défend
Après la mort des deux sapeurs-pompiers de Mérignac, plusieurs syndicats de la profession ont dénoncé une « rupture capacitaire ». Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, pointe des « tensions permanentes » face à la surcharge opérationnelle. Sandy Leroy (CGT, SDIS des Landes) déplore que « le problème de fond des moyens ne soit pas traité », tandis que Delphine Renaud (CGT, SDIS de la Vienne) alerte sur les risques pris « en pariant sur le facteur chance ». Bruno Ménard, porte-parole national du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires (également cité plus loin au sujet de la décision du Conseil d’État sur leur statut), résume : « Certains sont lessivés, ils dorment sur des lits picots entre les camions dans un hangar ».
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a répondu que la France « fait face », rappelant que la flotte aérienne a doublé depuis 2022 (12 Canadair, 10 hélicoptères bombardiers d’eau, 6 AirTractor, 8 Dash) et que « 95 % des feux se combattent par des moyens terrestres ». Il avance, lui, un chiffre qui n’est pas contesté : plus de 12 500 départs de feu sont intervenus en France depuis le début de l’année, une saison sans précédent qui explique, pour partie, la tension sur les effectifs.
Le dossier du mois : les nouveaux référentiels premiers secours
Le 7 juillet, un arrêté ministériel (JO du 11 juillet, NOR INTE2618304A) a changé la nature juridique des trois grands référentiels de formation aux premiers secours : ce qui s’appelait jusqu’ici « recommandations » devient « références techniques nationales », un texte opposable qui peut désormais être examiné dans le cadre de l’appréciation des responsabilités des formateurs et organismes qui ne l’auraient pas respecté. L’arrêté fait suite à la circulaire du 4 juin 2026 sur le programme de formation continue 2027.
Le ministère de l’Intérieur a mis en ligne les trois documents fin juillet ; nous les avons rendus disponibles au téléchargement sur le site, avec pour chacun un décryptage complet : Gestes Qui Sauvent (GQS), Premiers Secours Citoyen (PSC, ex-PSC1) et Premiers Secours en Équipe (PSE1/PSE2).
GQS, PSC, PSE : une même racine technique, trois volumes
Les trois formations partagent un socle commun de gestes (hémorragies, arrêt cardiaque, PLS...) mais divergent nettement en volume et en public :
| Formation | Durée | Fiches | Accès | Sanction |
|---|---|---|---|---|
| GQS | 2h minimum | 16 | dès 10 ans | attestation |
| PSC (ex-PSC1) | 7h minimum | 26 | dès 10 ans | certificat |
| PSE1 + PSE2 | 35h + 28h | 198 | dès 16 ans (PSE2 : PSE1 requis) | certificat |
Le contenu technique du GQS est un condensé de celui du PSC sur les gestes d’urgence vitale qu’il couvre : le document le présente lui-même comme « un tremplin » vers une formation plus complète, pas une fin en soi.
Ce qui change dans les gestes
Notre comparaison fiche à fiche des projets PSE et PSC avec les éditions précédentes (2024 et 2023) fait ressortir plusieurs évolutions techniques communes aux deux référentiels :
- Suppression des 5 insufflations initiales chez l’enfant et le nourrisson en arrêt cardiaque : la réanimation démarre désormais directement par les compressions thoraciques, comme chez l’adulte
- Un rôle de « coach RCP » apparaît en réanimation d’équipe, pour guider et corriger les gestes des autres intervenants
- La compression thoracique du nourrisson s’unifie autour des deux pouces encerclant le thorax, qu’il y ait un ou plusieurs secouristes
- Une fiche entièrement nouvelle et étoffée sur les amputations et arrachements (conditionnement du segment amputé, distinction complète/partielle)
- Le garrot doit désormais être horodaté et vérifié régulièrement
D’autres évolutions sont propres à un seul niveau. Au PSC, le maintien de la tête à deux mains face à un traumatisme cervical disparaît totalement, remplacé par la simple consigne de ne pas bouger, et le vocabulaire remplace « sauveteur » par « secouriste ». Au PSE, une nouvelle section détaille la position des électrodes du DAE selon le poids (seuil de 25 kg), et deux fiches entièrement inédites apparaissent : le massage utérin externe post-partum et le refroidissement actif d’un coup de chaleur.
Les trois référentiels introduisent enfin, chacun pour la première fois, un chapitre « Formation » qui fixe les obligations matérielles d’une session : surface minimale par apprenant, mannequins adulte/enfant/nourrisson, DAE de formation, maquette de coupe de tête.
Sapeurs-pompiers volontaires : le Conseil d’État confirme le statut de « travailleur »
Le 9 juillet, le Conseil d’État a tranché une question qui agite le monde des SDIS depuis l’arrêt Matzak de la Cour de justice de l’Union européenne : les sapeurs-pompiers volontaires sont bien des « travailleurs » au sens du droit européen. Le juge retient qu’ils exercent les mêmes activités que les professionnels, obéissent à leurs supérieurs et perçoivent une indemnité horaire assimilable à une rémunération.
La décision ne bouleverse pas pour autant le modèle français : le Conseil d’État estime que la France a légalement usé des dérogations prévues par la directive européenne sur le temps de travail (durée maximale hebdomadaire, repos journalier), notamment parce que l’engagement des volontaires reste libre et révocable. Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, y voit « une bonne surprise » ouvrant la voie au dialogue social dans les SDIS, tout en alertant sur les zones grises qui subsistent, comme la responsabilité en cas d’accident lié au manque de sommeil après une garde. Avec moins de 200 000 volontaires en France pour un besoin estimé à 350 000, la question du modèle de l’engagement reste ouverte, dans la perspective d’un possible projet de loi à l’automne.
Drones et secours d’urgence : deux innovations opérationnelles
Le CHU de Rouen a annoncé la mise en service d’un drone médical capable d’acheminer un défibrillateur en quelques minutes auprès d’une victime d’arrêt cardiaque, une première en France. Quand un témoin appelle le 15, le SAMU 76A peut désormais déclencher l’envoi de l’appareil (jusqu’à 65 km/h, 3 kg de charge utile, opérationnel de jour comme de nuit) pendant que le régulateur guide les gestes de secours. Le dispositif, testé pendant un an autour de Forges-les-Eaux et inspiré d’un système suédois, a coûté 300 000 euros.
À Lyon, le SDMIS du Rhône expérimente depuis le 4 juillet un drone autonome embarquant de l’intelligence artificielle pour localiser les victimes de noyade dans le Rhône, développé avec la start-up Uavia. L’expérimentation doit durer deux ans.
Réseau Radio du Futur : la montée en puissance se poursuit
Déjà bien engagé en juin, le déploiement du RRF continue. Les SDIS de l’Essonne et du Val-d’Oise ainsi que la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris ont signé leur convention d’adhésion, une étape structurante en Île-de-France avant le remplacement progressif du réseau ANTARES. En Haute-Savoie, un exercice grandeur nature en établissement recevant du public a permis au SDIS 74, déjà fort de plus de 2 000 interventions sous RRF, de passer de 1 à 5 centres équipés. Pendant le Tour de France, le SDIS des Hautes-Pyrénées a testé le relais véhiculaire RV1 couplé à une liaison satellite Eutelsat lors de l’arrivée au cirque de Gavarnie, une zone blanche caractéristique des difficultés de couverture en montagne.
Recherche : comment améliorer la RCP exécutée par les témoins ?
Plusieurs publications de juillet convergent sur un même enjeu : comment améliorer la réanimation cardio-pulmonaire réalisée par les témoins avant l’arrivée des secours. Les nouvelles recommandations « Systems saving lives » de l’European Resuscitation Council, commentées par la Société hongroise de réanimation, rappellent que les progrès de survie dépendent moins de gestes isolés que de l’organisation coordonnée de toute la chaîne de secours, de l’alerte à la prise en charge hospitalière. Les nouvelles recommandations nationales de Singapour sur la RCP et la défibrillation vont dans le même sens pédagogique : gestes simples, standardisés, reproductibles par un témoin non soignant.
Une étude menée à Tokyo confirme un écart persistant d’efficacité : les défibrillations réalisées par un témoin professionnel ou en service ont significativement plus de chances de réussir que celles réalisées par un témoin lambda, un rappel de l’intérêt des formations PSC en entreprise et dans les lieux recevant du public. En Allemagne, une revue sur le programme Kids Save Lives et l’accès public aux défibrillateurs pointe des limites proches de celles observées en France : cadre légal insuffisant pour le déploiement des DAE et formation scolaire à la RCP encore partielle.
Sur le plan du guidage opérationnel, une équipe de recherche propose de repenser l’assistance téléphonique à la RCP pour les témoins non formés : plutôt que de se limiter au seul contact vocal avec le régulateur, un guidage visuel hybride – combinant vidéo en direct et modèles visuels des gestes à reproduire – pourrait mieux transmettre les mouvements essentiels, ouvrant des pistes d’évolution pour la régulation SAMU et sapeurs‑pompiers.
Engagement : de nombreuses initiatives visent les plus jeunes
– À Marseille, une section marins-pompiers ouvre au lycée César Baldaccini à la rentrée 2026, avec 25 élèves de seconde inscrits pour la première promotion.
– En Ille-et-Vilaine, les 28 jeunes sapeurs-pompiers de 4ème année ont obtenu 100 % de réussite au Brevet national ; 25 d’entre eux ont annoncé vouloir s’engager comme volontaires à la rentrée.
– Les Cadets de la Protection Civile de Côte-d’Or reprennent pour l’année scolaire 2026-2027 : formations en secourisme et intervention pour les 12-16 ans, autour de trois axes (activités citoyennes, observation, représentation).
Prévention estivale : noyades, morsures et intoxications
Le bilan de l’été 2025 publié par Santé publique France, rappelé par l’ANPS, donne la mesure de l’enjeu : 1 418 noyades entre juin et septembre, dont 409 mortelles, en hausse de 14 % et 16 % par rapport à 2024. La moitié des décès surviennent en plans d’eau et cours d’eau ; la piscine privée reste le principal risque pour les mineurs, la mer pour les adultes. Rappel utile pour les formateurs : risque d’hydrocution en cas d’entrée brutale dans l’eau froide après une exposition prolongée au soleil, alcool proscrit avant toute baignade.
Les centres antipoison publient deux rappels saisonniers utiles pour les AASC en dispositif estival : le risque de morsure de vipère (seul serpent venimeux autochtone, pas de garrot ni d’aspivenin, évaluation systématique aux urgences), le « coup de chlore » (dégagement gazeux brutal à l’ouverture de bidons de produits de traitement de piscine mal stockés à la chaleur, pouvant provoquer une détresse respiratoire) et le monoxyde de carbone, moins redouté l’été que l’hiver alors que les chaudières continuent de fonctionner pour l’eau chaude sanitaire.
Côté professionnels, la FNSP rappelle que les troubles musculo-squelettiques sont la première cause de maladies professionnelles reconnues en France, y compris chez les sapeurs-pompiers : manutentions lourdes, gestes contraints et vibrations des outils en sont les principaux facteurs, la prévention passant par l’ergonomie, la formation aux gestes et postures et la préparation physique.
Sur secourisme.net ce mois-ci
– 40 % des Français formés aux gestes qui sauvent, la Sécurité civile vise 80 % : à l’occasion des 25 ans de la formation continue en secourisme, le bilan chiffré du capitaine Simon Habart, porte-parole de la Sécurité civile.
– Un nouveau guide ORSEC pour gérer les chaleurs extrêmes (CHALEX) : le dispositif remplace le plan canicule de 2021 et introduit deux rôles citoyens de proximité, « voisins référents » et « ambassadeurs de la fraîcheur », mobilisables via les AASC.
Mises à jour :
– Refonte de notre article sur le dispositif ORSEC
– Refonte de notre article sur l’hygiène en secourisme
Vie des AASC
– Au Mans, l’ADRASEC 72 a assuré le dispositif prévisionnel de secours radioamateur de la Grande Parade des Pilotes des 24 Heures du Mans (80 000 personnes), avec une quinzaine d’opérateurs venus de cinq départements en renfort.