Malaises mortels au travail : former plus de secouristes
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En 2024, près de 60 % des 760 décès accidentels au travail sont des malaises, surtout cardiaques. L’INRS appelle à renforcer les SST.
En 2024, près de 60 % des 760 décès accidentels reconnus par l’Assurance maladie – Risques professionnels sont qualifiés de « malaises mortels », des décès survenus sur le lieu ou à l’occasion du travail sans cause externe identifiée (traumatisme, hémorragie, électrocution). À l’occasion du 38e Congrès national de médecine et de santé au travail, tenu à Lyon début juin 2026, l’[Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a présenté une nouvelle étude [1] portant sur les malaises mortels survenus entre le 1er septembre 2023 et le 28 février 2025, issue de la base Epicea (accidents du travail graves et mortels).
Qui sont les victimes ?
Le profil est stable depuis la précédente analyse (2012–2022) : 88 % des victimes sont des hommes, d’un âge médian de 53 ans. Les conducteurs de poids lourds sont la profession la plus touchée (15 %), devant les cadres et directeurs (8 %) et, dans une moindre mesure, les agents d’entretien et les métiers qualifiés du bâtiment (3 % chacun).
Plusieurs facteurs de risque professionnels apparaissent dans les récits d’accidents : activité physique (manutention), horaires atypiques (travail de nuit et posté), ambiances thermiques (froid et chaleur), et situation de travail isolé. Dans 83 % des cas, l’activité était décrite comme habituelle. 73 % des victimes étaient seules au moment du malaise, sans pour autant être des travailleurs isolés à proprement parler. Au total, dans plus de 8 cas sur 10, le malaise correspond à une mort subite cardiaque, dont le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde.
Dysfonctions dans la chaîne de secours
L’étude met en évidence des défaillances concrètes dans au moins 13 cas : appel à un collègue non formé aux premiers secours, délai important entre la constatation du malaise et le contact des services d’urgence, et un cas de mauvaise utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE). L’organisation des secours — qui appeler, où est le DAE, comment effectuer les gestes — doit être connue de tous les salariés, y compris des sous-traitants et entreprises intervenantes.
Reconnaître les signes et appeler sans attendre
Dans 75 % des cas, aucun signe n’est présent avant le malaise. Mais lorsqu’ils existent, ils sont souvent ignorés : des signes d’alerte (douleur thoracique essentiellement) ont précédé le décès de plusieurs heures ou jours, et certaines victimes ont même refusé que les secours soient appelés lors de l’apparition des symptômes. Or, selon les travaux de Marijon et al. cités dans le rapport, appeler les secours dès l’apparition des premiers signes d’alerte peut multiplier les chances de survie par sept. La règle est simple : au moindre doute, appeler. La mise à l’écart d’une personne qui ne se sent pas bien, pratique encore courante, doit être proscrite.
Former davantage de sauveteurs secouristes du travail
C’est l’un des axes de prévention que l’INRS met en avant : l’organisation des secours en entreprise. « Il est nécessaire de former davantage de sauveteurs secouristes du travail (SST) en entreprise et, plus globalement, de sensibiliser les salariés aux gestes de premiers secours pour savoir comment réagir, qui alerter, comment effectuer un massage cardiaque, utiliser un défibrillateur automatisé externe (DAE)... car cela augmente considérablement les chances de survie », souligne le Dr Anne Bourdieu, co-autrice de l’étude. Les documents de référence INRS pour la formation SST encadrent précisément ce dispositif.
L’étude rappelle qu’utiliser un DAE, même par un témoin non formé, double les chances de survie tout en réduisant le risque de séquelles. Les nouvelles recommandations de l’European Resuscitation Council (ERC) 2025, dont l’implémentation dans les référentiels français de formation SST n’est pas encore effective, confirment la priorité à l’alerte immédiate des services de secours, qui guident ensuite le témoin dans la réanimation cardiopulmonaire (RCP) et l’emploi du DAE. Par ailleurs, le décret du 5 décembre 2025 impose désormais aux établissements recevant du public (ERP) de s’équiper d’un DAE, une obligation qui concerne de nombreux lieux de travail. La base nationale Geo’DAE [2] permet à tout salarié, notamment lors de déplacements, de localiser le DAE le plus proche.
Cas particulier : la pause, moment à risque
17 % des malaises mortels surviennent pendant une pause ou lors d’un déplacement à pied, non pendant un effort physique intense. Cette donnée souligne l’importance de ne jamais laisser seule une personne qui ne se sent pas bien, y compris en dehors du poste de travail.
Travailleurs isolés : un dispositif d’alerte indispensable
Dans 17 % des cas, les victimes peuvent être considérées comme des travailleurs isolés. L’étude recense également 10 cas de télétravail. Quand le travail isolé ne peut être évité, un dispositif d’alerte est indispensable : le traditionnel dispositif d’alarme pour travailleurs isolés (DATI) [3] est complété aujourd’hui par des applications de protection du travailleur isolé (PTI) sur smartphone, des bagues connectées avec fonction électrocardiogramme et des montres connectées mesurant fréquence cardiaque, saturation en oxygène et position du corps.
Prévention médicale et suivi individuel
Agir sur les facteurs de risque cardiovasculaire professionnels constitue la première piste à privilégier : manutentions manuelles, activité physique, exposition au froid ou à la chaleur, risques psychosociaux, horaires atypiques, postures sédentaires. Près d’un hypertendu sur deux méconnaît son hypertension artérielle, et une victime de mort subite cardiaque sur deux n’avait aucun antécédent cardiovasculaire connu. La visite de mi-carrière, réalisée par les services de prévention et de santé au travail (SPST), est identifiée comme un moment stratégique pour évaluer le risque cardiovasculaire, avec la réalisation d’un électrocardiogramme et l’utilisation du score SCORE2 (outil validé de prédiction du risque cardiovasculaire à 10 ans [4]). « Dans de nombreux récits d’accidents, les victimes ont en effet présenté des signes dans les heures ou jours précédant le malaise, comme une douleur à la poitrine, mais qu’ils ont malheureusement ignorés », conclut le Dr Bourdieu.
Sur le Web : Malaises mortels au travail : analyse de la base Epicea et pistes de prévention
Notes
[1] INRS, communiqué de presse
[2] Datagouv, Géo’DAE - Base Nationale des Défibrillateurs
[4] Systematic Coronary Risk Estimation version 2
