Formation, DAE, décentralisation : le point sur l’actualité du secourisme en mars 2026
29 mars 2026
Réforme BNSSA, études sur la formation à la RCP, défibrillation, SAMU : l’actualité secourisme de mars 2026
Formation aux premiers secours
Deux études publiées en mars éclairent les conditions d’un enseignement efficace des gestes de premiers secours.
Une étude espagnole (J Clin Med, mars 2026) (Université de Grenade) a comparé des étudiants formés aux gestes de premiers secours (RCP + DAE) par des professionnels de santé, et d’autres formés par des enseignants universitaires non soignants, eux-mêmes préalablement formés aux gestes qui sauvent.
Ces enseignants non soignants n’ont eux-mêmes reçu qu’une formation de base d’environ 4 heures — sans aucune formation pédagogique spécifique au secourisme. Contrairement à la pratique française, où tout formateur en premiers secours doit valider une pédagogie appliquée aux premiers secours, l’étude fait le pari que des enseignants de métier savent déjà transmettre des savoirs et gérer un groupe : il suffit donc de leur apporter le contenu.
Résultat : les deux groupes s’en sortent aussi bien sur presque tous les gestes évalués. Seule petite différence : l’utilisation du DAE est légèrement meilleure chez ceux formés par des soignants — probablement parce que les professionnels de santé sont plus familiers de cet appareil au quotidien.
La conclusion interpelle directement le modèle français : pour les enseignants dont c’est déjà le métier, supprimer l’obligation de formation pédagogique spécifique permettrait de former beaucoup plus rapidement un grand nombre de formateurs — et donc de démultiplier l’accès aux formations premiers secours, sans dépendre uniquement des professionnels de santé ou des formateurs certifiés.
Une étude sur 604 étudiants italiens en médecine et en filières paramédicales en Calabre (Healthcare, mars 2026), a évalué les connaissances et la confiance en soi de 604 étudiants en médecine, soins infirmiers et autres filières de santé concernant la RCP et l’utilisation du DAE.
Résultat : le tableau est contrasté. Les attitudes sont globalement positives et les connaissances progressent avec les années d’études — mais des lacunes importantes persistent, notamment sur la reconnaissance des rythmes non choquables (asystolie, activité électrique sans pouls), la ventilation, et la pose des électrodes du DAE. Moins de la moitié des étudiants savent correctement placer les électrodes, et seulement 36 % se sentent vraiment à l’aise pour pratiquer une RCP.
Ainsi même chez de futurs professionnels de santé, qu’ils soient futurs médecins ou paramédicaux, la formation aux gestes de secours reste insuffisante et trop théorique. Des formations pratiques obligatoires, avec des exercices réguliers sur mannequin, sont indispensables.
Ce constat fait directement écho au modèle français de l’AFGSU (Attestation de Formation aux Gestes et Soins d’Urgence), obligatoire dans toutes les filières de santé en France. L’étude italienne valide l’idée que le dispositif français structuré et intégré au cursus des études de santé et des professions paramédicales est bien nécessaire pour acquérir les compétences nécessaires à la RCP.
DAE et arrêt cardiaque : améliorer l’accès public à la défibrillation
Une synthèse publiée dans le Journal of Clinical Medicine se penche sur les stratégies pour réduire les délais de défibrillation avant l’arrivée des secours. La survie chute de 7 à 10 % par minute sans défibrillation, et les secours mettent en moyenne 8 à 12 minutes à arriver en ville — bien plus en zone rurale. L’enjeu est donc de combler ce vide par des intervenants et des DAE accessibles au plus vite.
Ce qui fonctionne vraiment, selon les études disponibles : placer des DAE dans les lieux publics à fort passage, les rendre accessibles 24h/24 et 7j/7, les connecter aux centres de régulation, et former la population à les utiliser. L’expérience italienne Progetto Vita à Plaisance (depuis 1998) est citée comme modèle : sur 25 ans, quand un passant formé intervenait avant le SAMU avec un DAE, le taux de survie atteignait 46 % contre 3 % quand seul le SAMU intervenait.
Les technologies émergentes (applications smartphone pour alerter des volontaires proches, intelligence artificielle pour la régulation, drones porteurs de DAE) montrent des résultats encourageants sur les délais d’intervention, mais pas encore de façon claire sur la survie réelle. Elles restent prometteuses, pas encore indispensables.
Ce qui sauve, c’est donc moins le nombre de DAE que leur accessibilité réelle, leur intégration dans la chaîne des secours, et la capacité du grand public à s’en saisir sans hésiter. Le problème le plus difficile à résoudre reste l’arrêt cardiaque à domicile — là où survient pourtant la majorité des cas.
Sauvetage aquatique : la filière SSA se structure
L’arrêté du 15 juin 2024 avait créé deux nouvelles certifications pour les milieux naturels : le SSA Eaux Intérieures (lacs, rivières) et le SSA Littoral (plages, côtes). Prérequis : BNSSA + PSE2. Les premiers organismes de formation ont été habilités début 2026 (FNMNS, SNSM, FNPC) et des sessions sont déjà programmées pour le printemps.
La logique de cette réforme pourrait s’étendre aux piscines : plusieurs organismes de formation évoquent un futur SSA Piscine qui remplacerait le BNSSA, avec PSE2 obligatoire et validation annuelle. Aucun texte réglementaire n’a été publié à ce jour, mais cela laisse penser qu’une réforme est en préparation.
Organisation des secours : le projet de loi décentralisation inquiète les urgentistes
Samu-Urgences de France a organisé le 9 mars un webinaire sur le projet de loi décentralisation et ses conséquences pour les urgences préhospitalières. Il donnerait au préfet le pouvoir de décider de l’organisation des secours dans chaque département. La future loi pourrait changer qui décide quoi lors d’une intervention d’urgence, en transférant la responsabilité du choix du moyen d’intervention et d’évacuation aux sapeurs-pompiers. Les professionnels de santé craignent que ça dégrade la qualité de la prise en charge des patients.
Communications d’urgence : le Réseau Radio du Futur se déploie
L’ACMOSS a réuni le 17 mars au SDIS 13 une quarantaine d’acteurs de la sécurité civile pour améliorer la gestion des appels de détresse via le Réseau Radio du Futur (RRF). Trois scénarios ont été testés en conditions réelles : violences urbaines, feux de forêt, incendies en milieu toxique. Les résultats alimenteront la révision des doctrines de la DGSCGC.
Le RRF a par ailleurs été lancé officiellement dans les Hautes-Pyrénées le 23 mars, réunissant gendarmerie, pompiers, polices municipales, douanes et associations de secourisme. Le réseau couvre désormais 98 % du territoire national.
Vie des associations
– Secours Expo 2026 a réuni du 18 au 20 mars les cinq grandes AASC nationales (UNASS, Croix-Rouge française, FFSS, Ordre de Malte, Croix Blanche) autour des enjeux de l’engagement citoyen et du secourisme.
– La Protection Civile a mobilisé 130 bénévoles lors des inondations de l’Ouest (12 départements, février 2026) : pompage, déblaiement et hébergement d’urgence. L’occasion de rappeler le rôle des AASC dans les crises de grande ampleur.
– Au Salon des Séniors (11-14 mars), la Protection Civile a sensibilisé plus de 600 personnes aux gestes de premiers secours. 1 800 de ses bénévoles ont plus de 60 ans — une cible prioritaire, alors que 75 % des AVC et 70-80 % des arrêts cardiaques surviennent après 60 ans.