112 : les Européens connaissent-ils le numéro d’urgence unique ?
8 février 2026
75 % des Européens connaissent le 112, mais la France reste à la traîne avec ses 12 numéros d’urgence. Les résultats de l’Eurobaromètre 2025.
Chaque année depuis 2008, le 11 février — 11.2, comme le numéro — est la journée choisie par l’Union européenne pour sensibiliser les citoyens au 112, numéro d’appel unique des urgences en Europe. L’occasion de faire le point sur la connaissance réelle de ce numéro par le public européen, grâce aux résultats de l’Eurobaromètre spécial 560, enquête menée par la Commission européenne auprès de 26 354 personnes dans les 27 États membres entre le 9 janvier et le 4 février 2025.
Trois Européens sur quatre connaissent le 112
Premier constat : 75 % des Européens déclarent spontanément le 112 comme numéro à appeler en cas d’urgence dans leur propre pays. Ce chiffre est stable par rapport à 2020 (+1 point). Dans 24 États membres sur 27, le 112 est le numéro le plus fréquemment cité, avec des taux de notoriété remarquables en Finlande, au Portugal et en Suède (98 % chacun).
L’amélioration est plus nette pour les situations à l’étranger : la moitié des Européens (50 %) sauraient appeler le 112 dans un autre pays de l’Union, soit une progression de 9 points par rapport à 2020. La Belgique (71 %), le Luxembourg (69 %) et les Pays-Bas (68 %) affichent les meilleurs résultats. Trois Européens sur dix (30 %), néanmoins, ne savent toujours pas quel numéro composer en cas d’urgence à l’étranger, proportion qui atteint 38 % chez les plus de 55 ans.
La France, mauvaise élève du 112
La France figure parmi les trois seuls États membres — avec l’Autriche et la Grèce — où les numéros d’urgence nationaux sont cités plus fréquemment que le 112. Ainsi, 84 % des Français interrogés citent spontanément un numéro national (15, 17 ou 18) plutôt que le 112. Pour les situations à l’étranger, la France affiche un score de 41 %, en dessous de la moyenne européenne.
Cette situation n’est guère surprenante : la France est le pays d’Europe qui dispose du plus grand nombre de numéros d’urgence, avec pas moins de 12 numéros distincts. À titre de comparaison, plusieurs pays européens ont fait du 112 leur unique numéro d’urgence : l’Espagne, le Portugal, le Luxembourg, les pays baltes, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Roumanie et Malte. La corrélation entre numéro unique et notoriété élevée est manifeste.
Un numéro unique en France ? Le gouvernement temporise
La question du numéro unique reste un sujet de discorde et peine à avancer. Interrogé au Sénat en juin 2025, le ministre de la Santé Yannick Neuder a reconnu que le numéro unique était « une idée séduisante sur le papier » mais imposait « une rupture organisationnelle majeure », estimant que « les conditions n’étaient pas réunies » pour une généralisation. L’expérimentation prévue par la loi Matras de 2021, qui devait tester des plateformes communes de réception des appels dans la zone Sud-Est (Ain, Savoie, Haute-Savoie), a progressé lentement en raison de difficultés locales. Un arbre d’orientation des appels a toutefois été présenté aux acteurs locaux en septembre 2025.
Le gouvernement privilégie désormais des solutions intermédiaires : plateformes colocalisées réunissant pompiers et urgentistes sur la base du volontariat local, et interconnexion des systèmes d’information entre services d’urgence.
La panne généralisée du réseau SFR en juin 2025, qui avait rendu le 18 inaccessible depuis les téléphones de cet opérateur dans plusieurs départements, avait illustré l’un des atouts techniques du 112 : grâce au roaming d’urgence, il reste joignable via n’importe quel réseau mobile disponible, contrairement aux autres numéros d’urgence qui transitent exclusivement par le réseau de l’abonné.
Des différences selon le profil des citoyens
L’Eurobaromètre révèle des disparités sociodémographiques dans la connaissance du 112. Les cadres et les professions intermédiaires affichent les taux de notoriété les plus élevés (80 %), tandis que les personnes sans emploi (67 %) et les personnes au foyer (68 %) présentent les scores les plus bas. La tranche d’âge 25-54 ans obtient les meilleurs résultats (78 %), contre 73 % pour les jeunes de 15-24 ans et les plus de 55 ans.
Ces écarts sont encore plus marqués pour la connaissance du 112 à l’étranger : seuls 43 % des plus de 55 ans citeraient le 112 dans un autre pays de l’UE, contre 56 % des 25-39 ans.
Un enjeu pour les acteurs de la sécurité civile
Pour les associations agréées de sécurité civile et les formateurs en secourisme, ces résultats appellent à renforcer la sensibilisation au 112 dans les formations aux premiers secours. Si le 15, le 17 et le 18 restent les numéros de référence sur le territoire national, la connaissance du 112 est indispensable pour quiconque voyage en Europe ou se trouve en situation d’itinérance téléphonique.
La Journée européenne du 112 offre un cadre idéal pour organiser des actions de sensibilisation et rappeler à nos concitoyens l’existence de ce numéro universel.
En savoir plus
– 112, le numéro d’appel unique des urgences en Europe
– Journée européenne de promotion du 112
– Eurobaromètre spécial 560 — e-Communications and Digital Single Market (en anglais) (01/2026)
– Numérama Panne de SFR : comment fonctionnent les appels d’urgence quand vous n’avez pas de réseau ? (06/2025)
– Sénat, question au gouvernement Numéro unique d’appel d’urgence (19/06/2025)
– Assemblée nationale, question au gouvernement Généralisation du numéro unique 112 (04/11/2025)
