2e mémoire sur les « 5 gestes qui sauvent »
En avril 1982, Didier Burggraeve, moniteur puis instructeur national de secourisme, fondateur de l’Association Nationale des Usagers de la Route et président de l’Association des Secouristes de l’Agglomération de Roubaix, publie la seconde partie d’un mémoire de campagne intitulé « Convaincre ». Il y retrace quinze ans de démarches, commencées en 1967, pour rendre obligatoire lors du permis de conduire un examen pratique portant sur cinq gestes de premiers secours.
Sommaire
Une campagne commencée en 1967
Dès 1967, Didier Burggraeve propose d’introduire parmi les épreuves du permis de conduire un enseignement pratique de secourisme. Il le formalise sous un intitulé volontairement simple, « les 5 gestes qui sauvent », construit autour de cinq mots clés : alerter, baliser, ranimer, compresser, sauvegarder. Chacun renvoie à un geste précis face à un accident de la route : prévenir les secours, protéger et signaler les lieux, pratiquer le bouche-à-bouche, arrêter une hémorragie par compression, et installer la victime inconsciente en position latérale de sécurité.
Un montage de correspondance sur quinze ans
On y trouve des appels adressés à plusieurs présidents de la République et premiers ministres successifs, une réponse de François Mitterrand alors député, des échanges avec Christian Gerondeau (délégué à la Sécurité routière, puis directeur du Service National de la Protection Civile devenu Direction de la Sécurité Civile) et avec Jean Foulquié (directeur du même service), des prises de position de médecins engagés dans la réanimation et l’enseignement du secourisme (professeurs Arnaud, Judet, Bourret, Sicard, Noviant, Cara, Serre), des comptes rendus de séances pratiques menées dans des établissements scolaires (dont le CES Saint-Exupéry à Roubaix), ainsi que deux comparaisons internationales, l’une sur l’Allemagne fédérale, l’autre sur la Suisse et son système de cours de secourisme obligatoires pour la conduite automobile.
Un désaccord avec le programme officiel de 1977
Le fil conducteur du mémoire est une critique appuyée du programme officiel des « Gestes Élémentaires de Survie » (G.E.S.), instauré par décret en 1977 et enseigné en 8 à 12 heures. Ce programme mélange prévention et secourisme et s’adresse, par sa durée et son contenu, à un public déjà volontaire plutôt qu’à la masse des candidats au permis de conduire. La formation défendue est strictement gestuelle, plus courte, 4 à 5 heures, bâtie sur un intitulé mémorisable de cinq mots, pensée pour toucher un public captif et non déjà acquis à la cause du secourisme.
Le désaccord porte aussi sur des points techniques, en particulier la position latérale de sécurité : le mémoire s’oppose à la méthode dite « par traction » (saisie du blessé par un bras et une jambe) diffusée dans certaines publications de l’époque, qu’il juge risquée, et défend la technique à trois sauveteurs enseignée par le professeur Arnaud.
Le document témoigne d’une période où l’enseignement du secourisme au grand public restait à inventer : le choix d’une pédagogie par mnémonique plutôt que par programme exhaustif, le réseau d’interlocuteurs médicaux et administratifs mobilisés autour de la sécurité routière, et un débat technique sur la position latérale de sécurité qui a traversé plusieurs décennies de secourisme français.
Le PDF original, joint à l’article, reproduit l’intégralité des courriers et coupures de presse cités.