Position latérale de sécurité (PLS) : comment ce geste sauve des vies
par Frédéric Séguret — 18 avril 2026 — 10 min
La position latérale de sécurité (PLS) est essentielle pour ne pas aggraver l’état d’une victime inconsciente qui respire avant l’arrivée des secours. Elle nécessite un apprentissage et des révisions régulières. Comprendre pourquoi ce retournement sur le côté peut éviter un décès permet de le réaliser avec plus de précision et de l’enseigner avec plus de conviction.
Qu’est-ce que la position latérale de sécurité ?
La position latérale de sécurité (PLS) est la conduite à tenir face à une victime qui ne répond pas, ne réagit pas, mais respire. Elle consiste à placer la victime sur le côté, tête en légère extension, bouche ouverte et orientée vers le sol, dans une position stable permettant un écoulement des liquides et une surveillance continue de la respiration.
Elle est enseignée dès le PSC (Premiers Secours Citoyen) et le SST et constitue l’une des techniques fondamentales du PSE 1.
Pourquoi une personne inconsciente sur le dos est-elle en danger ?
L’inconscience est un effondrement neurologique qui désactive simultanément plusieurs mécanismes de protection vitaux.
Le premier effet est la perte du tonus musculaire. Tous les muscles se relâchent, y compris ceux du carrefour aéro-digestif. La mâchoire s’affaisse. La langue — muscle pesant environ 70 grammes — perd son tonus et devient un corps inerte soumis à la gravité. Le sphincter inférieur de l’œsophage (le cardia) se relâche et ne retient plus le contenu de l’estomac.
Le second effet est l’abolition des réflexes protecteurs. Trois réflexes normalement actifs à l’éveil sont supprimés ou fortement altérés :
| Réflexe | Personne consciente | Victime inconsciente |
|---|---|---|
| Réflexe de toux | Expulse les corps étrangers des voies aériennes | Un corps étranger inspiré ne déclenche plus d’expulsion |
| Réflexe de déglutition | Protège le larynx lors du passage des liquides | Salive et liquides s’accumulent dans le pharynx |
| Réflexe laryngé | Ferme la glotte pour protéger les poumons | La glotte reste ouverte en permanence |
Ces trois réflexes forment en temps normal un triple verrou. Leur abolition simultanée expose les voies aériennes inférieures à toute substance présente dans la gorge.
Menace 1 : l’obstruction des voies aériennes
En décubitus dorsal (allongée sur le dos), la langue relâchée tombe vers l’arrière sous l’effet de la gravité. Elle s’écrase contre la paroi postérieure du pharynx et obstrue totalement ou partiellement le passage de l’air.
De plus, l’épiglotte, qui sert normalement à empêcher les aliments de passer dans les poumons, reste fermée, ce qui contribue également à la fermeture du passage de l’air.
Enfin, des liquides (salive, sang, mucus nasal), des aliments ou corps étrangers peuvent également se trouver au fond de la gorge et bloquer les voies aériennes.
Conséquence directe : une obstruction complète des voies aériennes peut conduire à un arrêt cardiaque en quelques minutes, même si la victime respirait normalement lors de la prise en charge.
Menace 2 : l’inhalation du contenu gastrique
Le cardia (muscle qui ferme normalement l’estomac) est relâché ne retient plus le contenu gastrique. En position sur le dos, un reflux gastro-œsophagien passif peut survenir silencieusement, sans vomissement ni signe visible. Le liquide gastrique remonte dans le pharynx, où la glotte ouverte et l’épiglotte relâchée ne peuvent plus empêcher sa pénétration dans la trachée, puis dans les bronches.
Le contenu gastrique a un pH acide compris entre 1,5 et 3,5. Son contact avec la muqueuse bronchique déclenche une réaction inflammatoire chimique appelée syndrome de Mendelson, qui est une pneumopathie d’aspiration. Dans les cas graves, cette inflammation évolue vers un œdème pulmonaire lésionnel et un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). La pneumopathie d’aspiration peut se déclarer dans les 4 à 6 heures suivant l’inhalation et engage le pronostic vital.
Les référentiels PSC et PSE 1 le formulent ainsi : « Une personne qui a perdu connaissance, laissée sur le dos, est toujours exposée à des difficultés respiratoires, du fait de l’encombrement ou de l’obstruction des voies aériennes par des liquides présents dans la gorge (salive, sang, liquide gastrique) et par la chute de la langue en arrière. » [1]
Comment la PLS neutralise ces deux menaces
La PLS exploite un principe physique simple : utiliser la gravité.
En position latérale, la langue relâchée tombe latéralement vers la joue inférieure, et non vers l’arrière. Elle n’obstrue plus les voies aériennes. La tête légèrement basculée en arrière garde l’épiglotte ouverte.
La traction exercée sur le menton à la fin de la manoeuvre ouvre la bouche et maintient les voies respiratoires libres.
La bouche dirigée vers le sol crée une évacuation permanente par gravité : la salive et les liquides s’écoulent au sol plutôt que de stagner dans le pharynx. En cas de vomissement, le contenu gastrique est évacué vers l’extérieur et non vers les bronches.
La position en chien de fusil (jambes fléchies) assure la stabilité jusqu’à la prise en charge médicale.
Indications
La PLS est indiquée chez toute victime réunissant les trois critères suivants :
- Elle ne répond pas aux stimulations verbales et physiques (questions simples, ordre simple comme « serrez-moi la main »).
- Elle ne réagit pas à ces sollicitations.
- Elle respire — les mouvements respiratoires sont visibles ou audibles, appréciés sur 10 secondes au plus.
En pratique, la PLS est mise en œuvre systématiquement après un événement non traumatique. En cas de traumatisme suspecté ou d’origine inconnue, la victime est maintenue sur le dos en attente d’un avis médical.
Technique : comment réaliser la PLS
La réalisation se déroule en trois temps. La description ci-dessous correspond à la technique à un secouriste, telle qu’elle figure dans le référentiel PSC (fiche 02FT08) et PSE 1 (fiche 05FT19).
1er temps : Préparer le retournement
- Retirer les lunettes de la victime si elle en porte.
- Rapprocher délicatement les membres inférieurs de l’axe du corps.
- Placer le bras de la victime situé du côté du sauveteur à angle droit de son corps, coude fléchi, paume tournée vers le haut.
- Saisir le bras opposé et amener le dos de la main de la victime contre son oreille (côté sauveteur), paume contre paume du sauveteur.
- Attraper la jambe opposée juste derrière le genou et la relever en gardant le pied au sol.
- S’écarter du thorax pour pouvoir retourner la victime sans reculer.
2ème temps : Retourner la victime
- Tirer sur la jambe relevée pour faire pivoter la victime vers soi, jusqu’à ce que le genou touche le sol — sans brusquerie, en un seul temps.
- Dégager doucement la main sous la tête tout en préservant la bascule en arrière, en maintenant le coude de la victime avec la main qui tenait le genou.
Le maintien de la main de la victime contre son oreille pendant le retournement accompagne le mouvement de la tête et limite la flexion de la colonne cervicale. [2]
3ème temps : Stabiliser la victime
- Ajuster la jambe supérieure de sorte que la hanche et le genou soient à angle droit — cette position forme un trépied stable avec le bras au sol.
- Ouvrir la bouche de la victime sans mobiliser la tête et sans rabattre le menton sur le sternum.
- Contrôler en permanence la respiration.
Chez le nourrisson
Le nourrisson est placé sur le côté dans les bras du sauveteur, dos du nourrisson contre lui.
À deux secouristes (PSE)
En équipe, la technique est commandée par le secouriste placé à la tête, qui s’assure pendant toute la manœuvre de l’absence de torsion de la colonne cervicale en tenant la tête à deux mains. Le second secouriste gère le retournement du corps bras tendus. Un coussin de tête est placé après la mise en PLS pour maintenir l’axe tête-cou-tronc. [3] Les référentiels PSE 1 et PSE 2 décrivent l’ensemble des techniques applicables en équipe.
Cas particuliers
| Situation | Adaptation |
|---|---|
| Traumatisme rachidien suspecté | Maintien sur le dos ; PLS uniquement sur indication médicale, à deux secouristes avec maintien de l’axe tête-cou-tronc |
| Origine inconnue (non traumatique ou traumatique ?) | Maintien sur le dos ; si la victime vomit, mise sur le côté en maintenant si possible l’axe tête-cou-tronc |
| Grossesse | PLS côté gauche préférable — limite la compression des vaisseaux sanguins abdominaux par l’utérus |
| Lésion thoracique, membre supérieur ou inférieur | Coucher sur le côté atteint autant que possible |
| Épidémie (protocole spécifique) | Ne pas pratiquer la bascule de tête ni se pencher au-dessus du visage ; apprécier la respiration visuellement (ventre et poitrine) ; respecter les consignes des secours alertés |
| Arrêt cardiaque (respiration absente ou anormale) | PLS contre-indiquée — démarrer la RCP immédiatement et prévenir les secours de l’évolution |
Surveillance après la mise en PLS
La PLS n’est pas un geste final. Elle doit être suivie d’une surveillance continue jusqu’à l’arrivée des secours :
- Regarder si le ventre et la poitrine se soulèvent.
- Écouter d’éventuels sons liés à la respiration.
- Sentir avec le plat de la main les mouvements du ventre et de la poitrine.
Si la respiration s’arrête ou devient anormale, adopter immédiatement la conduite à tenir face à un arrêt cardiaque et prévenir les secours de cette évolution.
Protéger la victime contre le froid, la chaleur ou les intempéries.
À noter : la mise en PLS peut elle-même retarder la détection d’une évolution vers un arrêt respiratoire, ce qui souligne l’importance d’une surveillance active et non passive.
Ce que dit la science
Les preuves scientifiques sur la PLS ne sont pas indiscutables, car les essais contrôlés randomisés sont éthiquement impossibles sur ce type de geste.
Des chercheurs ont passé en revue toutes les études disponibles sur la position latérale de sécurité dans Resuscitation Plus en 2022 [4] Le résultat le plus solide concerne les enfants inconscients pris en charge dans des urgences européennes : ceux placés en PLS avaient significativement moins souvent besoin d’une hospitalisation.
L’article rappelle également que la PLS poursuit une logique protectrice cohérente : réduire le risque d’obstruction des voies aériennes, faciliter l’écoulement des liquides, limiter le risque d’inhalation, permettre l’observation de la ventilation, et laisser un secouriste libre d’intervenir ailleurs en cas d’afflux de victimes.
Ces avantages sont présentés avec beaucoup de prudence. Les auteurs concluent que la PLS « reste une option raisonnable », mais ne peuvent pas conclure qu’elle est supérieure à d’autres positions faute de preuves suffisantes. Elle peut donc être citée comme un geste potentiellement bénéfique, à condition de ne pas lui attribuer des effets que la science n’a pas encore démontrés.
Les recommandations ERC 2025 [5] et les guidelines 2024 de l’American Heart Association [6] confirment la PLS comme recommandation de premiers secours, en soulignant qu’elle est particulièrement indiquée lorsque les voies aériennes ne peuvent pas être surveillées en continu.
À retenir
- La PLS est indiquée chez toute victime inconsciente qui respire, à la suite d’un événement non traumatique.
- Son objectif est double : empêcher la langue d’obstruer le pharynx, et permettre l’écoulement des liquides vers l’extérieur.
- La position doit être stable, la plus latérale possible, bouche ouverte.
- Elle n’est pas un geste final : la surveillance de la respiration est continue jusqu’à l’arrivée des secours.
- Si la respiration s’arrête ou devient anormale : passer immédiatement à la RCP.
Pour aller plus loin
- Protocole ABCDE : l’approche systématique d’évaluation des victimes
- Référentiels PSE 1 et PSE 2
- Recommandations ERC 2025 : synthèse des nouveautés
- La mise en PLS peut retarder la détection d’un arrêt respiratoire — brève sur la vigilance post-PLS
Questions fréquentes
En cas de doute sur l’origine traumatique ou non, le référentiel PSC recommande de maintenir la victime sur le dos et d’attendre les consignes des secours alertés. Si la victime vomit ou régurgite, la mettre sur le côté en maintenant si possible l’axe tête-cou-tronc.
Sauf contre-indication (lésion thoracique, grossesse), le côté n’a pas d’importance clinique dans un contexte non traumatique. En pratique, on retourne la victime du côté le plus commode pour le sauveteur. En cas de grossesse, le côté gauche est préférable.
Non. La PLS ne se substitue pas à la surveillance. Il faut rester présent, observer la respiration et alerter à nouveau les secours sans délai en cas de modification.
Les deux actions se conduisent le plus vite possible. Si vous êtes seul, placez en PLS pour commencer puis alertez immédiatement avant de revenir à la surveillance de la victime. Si quelqu’un peut alerter pendant que vous agissez, demandez-lui.
La technique est identique pour l’adulte et l’enfant. Pour le nourrisson, il est placé sur le côté dans les bras du sauveteur, dos contre lui.
Sources principales :
Référentiel national PSC [02PR03/12-2023 et 02FT08/12-2023] ; Référentiel national PSE 1 [05PR12/12-2022, 05FT18/12-2022, 05FT19/12-2023] ; ERC Guidelines 2025 First Aid ; AHA/Red Cross 2024 First Aid Guidelines ; Douma et al., Resuscitation Plus 2022.
Notes
[1] Référentiel national PSC, fiche 02PR03, décembre 2023.
[2] Référentiel national PSC, fiche 02FT08, note 2, décembre 2023.
[3] Référentiel national PSE 1, fiche 05FT18, décembre 2022.
[4] Douma et al., The recovery position for maintenance of adequate ventilation and the prevention of cardiac arrest : A systematic review, Resuscitation Plus 2022, PMC9065878.
