Protocole ABCDE : comprendre l’approche systématique d’évaluation des victimes

De l’accident du Dr Styner aux recommandations ERC 2025 : histoire, principes et évolutions d’une méthode devenue standard international

par Frédéric Séguret — 31 janvier 2026 — 19 min

L’approche ABCDE (Airway, Breathing, Circulation, Disability, Exposure) s’impose aujourd’hui comme la méthode de référence pour l’évaluation initiale des victimes en détresse vitale. Née en 1976 d’une tragédie personnelle, cette approche systématique a révolutionné en son temps la prise en charge des urgences à travers le monde. Les recommandations de l’European Resuscitation Council publiées en 2025 marquent une nouvelle étape en intégrant formellement ce protocole aux premiers secours pour tous les intervenants.

Le présent article est fourni à titre documentaire afin de permettre aux formateurs et secouristes de comprendre l’approche ABCDE, son origine et sa logique. Il convient de souligner qu’en France, les référentiels nationaux de compétences de sécurité civile (recommandations PSC, PSE1, PSE2) n’utilisent pas cette terminologie et suivent une structuration différente, bien que certains principes sous-jacents soient communs. En situation opérationnelle, les conduites à tenir définies par les guides techniques officiels français prévalent en tout état de cause. L’approche ABCDE constitue néanmoins une grille de lecture complémentaire précieuse, largement répandue dans la littérature internationale et les formations spécialisées telles que le PHTLS ou l’ATLS.

Une origine tragique devenue révolution médicale

L’acronyme ABC trouve ses racines dans les travaux pionniers des années 1950-1960. Le Dr Peter Safar développe les techniques de protection des voies aériennes et de ventilation artificielle, posant les bases des lettres A (Airway) et B (Breathing). En 1960, le Dr Kouwenhoven et ses collègues démontrent l’efficacité du massage cardiaque externe, apportant la lettre C (Circulation). Le Dr Safar combine ensuite ces trois techniques pour former la triade ABC, fondement de la réanimation moderne.

Toutefois, c’est un accident d’avion survenu le 17 février 1976 dans le Nebraska rural qui donnera naissance au protocole ABCDE tel qu’on le connaît aujourd’hui. Le Dr James K. Styner, chirurgien orthopédiste américain, pilotait un Beechcraft Baron bimoteur avec son épouse Charlene et leurs quatre enfants. Désorienté par une couche nuageuse basse, il perd de l’altitude et percute une rangée d’arbres à 270 km/h.

Le bilan est dramatique : son épouse décède sur le coup, trois de ses enfants sont inconscients avec des traumatismes crâniens, le quatrième présente une fracture du bras. Après huit heures dans des conditions glaciales, Styner et son fils aîné atteignent une route et sont transportés à l’hôpital de Hebron, au Nebraska.

Le constat qui s’ensuit bouleverse le Dr Styner : l’établissement est fermé à cette heure tardive, le personnel met du temps à arriver, et l’équipe médicale n’a aucune formation aux traumatismes graves. Il observe notamment un médecin soulever un de ses enfants par les épaules et les genoux pour le transporter en radiologie, sans aucune protection du rachis cervical.

De cette expérience traumatisante naîtront deux citations fondatrices qui guideront sa carrière : « Quand je peux fournir de meilleurs soins sur le terrain avec des ressources limitées que ce que mes enfants et moi avons reçu à l’établissement de soins primaires, il y a quelque chose qui ne va pas dans le système, et le système doit être changé » et « Si vous ne les formez pas, vous ne pouvez pas leur en vouloir ».

En 1978, le premier cours prototype ATLS (Advanced Trauma Life Support) est organisé à Auburn, au Nebraska, développé par le Dr Styner et le Dr Paul Collicott. Deux ans plus tard, l’American College of Surgeons (ACS) adopte l’ATLS comme norme de soins pour l’évaluation initiale des traumatisés, fondée sur le principe « Treat first what kills first » (traiter en premier ce qui tue en premier).

La diffusion internationale est rapide : création du PHTLS (Prehospital Trauma Life Support) en 1983 par le NAEMT (National Association of Emergency Medical Technicians) en coopération avec l’ACS, enseignement dans plus de 80 pays, plus d’un million de médecins formés à l’ATLS et plus de 900 000 professionnels préhospitaliers formés au PHTLS dans plus de 50 pays.

Les principes fondamentaux de l’approche ABCDE

L’acronyme ABCDE correspond à cinq étapes d’évaluation à réaliser dans un ordre précis, chaque lettre représentant une fonction vitale à vérifier : A pour Airway (voies aériennes), c’est-à-dire s’assurer que l’air peut circuler librement jusqu’aux poumons ; B pour Breathing (respiration), vérifier que la victime respire efficacement ; C pour Circulation, évaluer l’état du cœur et de la circulation sanguine ; D pour Disability (incapacité), apprécier l’état neurologique et le niveau de conscience ; E pour Exposure (exposition), examiner l’ensemble du corps à la recherche de lésions cachées tout en protégeant la victime du froid. Cette séquence impose de traiter chaque problème identifié avant de passer à l’étape suivante, garantissant ainsi que les menaces les plus immédiatement mortelles sont prises en charge en priorité.

La séquence d’évaluation selon l’ERC 2025

Les recommandations ERC 2025 formalisent une séquence d’évaluation en trois temps distincts : les vérifications préalables, le point de décision, puis l’ABCDE proprement dit.

Premier temps : les vérifications préalables

Trois éléments doivent être systématiquement vérifiés avant toute autre action :
 Sécurité : évaluer les dangers pour soi-même, les témoins et la victime (risques routiers, chimiques, d’effondrement, biologiques, de violence) ;
 Réactivité : stimuler la victime verbalement (« Vous m’entendez ? ») et physiquement (secouer doucement les épaules) pour évaluer son niveau de conscience ;
 Hémorragie externe grave : rechercher et arrêter immédiatement tout saignement massif par compression directe, pansement compressif, pansement hémostatique ou garrot.

Deuxième temps : le point de décision

Si la victime ne réagit pas, il faut immédiatement vérifier sa respiration pendant 10 secondes maximum. Ce contrôle détermine la suite de la prise en charge :
 Respiration absente ou anormale (gasps, respiration agonique) : il s’agit d’un arrêt cardiaque. L’ABCDE ne s’applique pas. Il faut alerter les secours et débuter immédiatement la RCP selon les recommandations en vigueur ;
 Respiration normale : la victime n’est pas en arrêt cardiaque. On poursuit avec l’évaluation ABCDE après l’avoir placée en position latérale de sécurité si elle est inconsciente.

Troisième temps : l’évaluation ABCDE

L’ABCDE s’applique aux victimes qui ne sont pas en arrêt cardiaque : personnes conscientes présentant des signes de détresse, personnes inconscientes mais respirant normalement, ou personnes après retour de circulation spontanée (réanimation réussie).

L’évaluation suit alors l’ordre A-B-C-D-E, en traitant chaque problème identifié avant de passer à l’étape suivante.

Les recommandations ERC 2025 : ABCDE pour tous les intervenants

Les European Resuscitation Council Guidelines 2025 marquent une transition majeure : l’approche ABCDE a été formellement intégrée dans les recommandations de premiers secours (First Aid) pour tous les intervenants, et plus seulement pour les professionnels spécialisés.

Cette harmonisation répond à un besoin identifié par une revue systématique récente ayant analysé 57 études : parmi les 39 outils d’évaluation différents identifiés, 23 utilisaient déjà l’approche ABCDE, soit 59% des protocoles. Le temps d’évaluation ABCDE varie de 2 à 6 minutes en simulation, selon les compétences et les objectifs visés.

Les principales évolutions 2025 sont détaillées dans les sections suivantes. Elles incluent notamment :
 le positionnement de l’hémorragie externe grave avant l’ABCDE ;
 l’échelle neurologique ACVPU remplaçant AVPU ;
 l’intégration de nouvelles situations spéciales (overdose aux opioïdes, pensées suicidaires) ;
 l’harmonisation de l’approche pédiatrique.

A pour Airway : les voies aériennes

L’obstruction des voies aériennes constitue une urgence absolue nécessitant une action immédiate. Les signes d’obstruction des voies aériennes sont :
 un mouvement de balancier entre le thorax et l’abdomen (l’un se gonfle quand l’autre se creuse, au lieu de se soulever ensemble) ;
 des muscles du cou visiblement contractés, un creusement au-dessus des clavicules ou entre les côtes à chaque inspiration (signes d’effort respiratoire) ;
 une coloration bleutée des lèvres et du visage (signe tardif et grave) ;
 en cas d’obstruction complète : aucun bruit respiratoire, aucun souffle perceptible malgré les efforts de la victime ;
 en cas d’obstruction partielle : une respiration bruyante (sifflement, ronflement, gargouillis) avec peu d’air qui passe.

Deux techniques d’ouverture sont préconisées : la bascule de la tête avec élévation du menton (head tilt-chin lift) comme technique standard, et la subluxation mandibulaire (jaw thrust) en cas de suspicion de traumatisme cervical. Le retrait des débris visibles s’effectue par inspection de la bouche et retrait prudent. Une canule oropharyngée ou nasopharyngée [1] peut être mise en place si nécessaire et si l’intervenant est formé à son usage.

B pour Breathing : la respiration

Cette étape vise à repérer et traiter les problèmes respiratoires graves : crise d’asthme sévère, œdème pulmonaire, pneumothorax.

L’évaluation repose sur la méthode « Look, Listen, Feel » : observer le mouvement thoracique, la symétrie, l’effort respiratoire et la cyanose ; écouter la respiration pour repérer des bruits anormaux (sifflements, grésillements, gargouillis) ; sentir le souffle sur la joue.

La fréquence respiratoire normale de l’adulte se situe entre 12 et 20 cycles par minute. Une fréquence supérieure à 25 par minute ou en augmentation constitue un signe d’alerte majeur.

Les signes de détresse respiratoire incluent l’utilisation des muscles accessoires (tirage intercostal ou sus-claviculaire), la position assise penchée en avant, l’impossibilité de parler en phrases complètes, et la cyanose (coloration bleutée des lèvres et des extrémités).

L’oxygénothérapie, lorsqu’elle est disponible et que l’intervenant est formé, s’administre au masque à réservoir à 15 L/min. L’objectif est une saturation de 94 à 98% pour la population générale. Pour les victimes atteintes de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), la cible est de 88 à 92% afin d’éviter de supprimer le stimulus respiratoire. Toutefois, en cas de manque d’oxygène menaçant le pronostic vital (saturation inférieure à 88%), l’oxygène à haut débit reste indiqué même chez ces patients.

En cas de détérioration avec apparition d’une respiration agonique ou d’un arrêt respiratoire pendant l’évaluation, interrompre l’ABCDE et débuter immédiatement la RCP.

La prise en charge des situations spéciales détectées à cette étape (étouffement, anaphylaxie, crise d’asthme) est détaillée dans la section « Situations spéciales ».

C pour Circulation

Quand une victime montre des signes de détresse circulatoire (pâleur, sueurs, pouls rapide, confusion), il faut d’abord supposer qu’elle a perdu du sang ou des liquides — c’est la cause la plus fréquente — et agir en conséquence, sauf si un autre problème est clairement identifié.

L’évaluation comprend six éléments :
 la couleur des mains et des doigts (pâles, marbrés, cyanosés) ;
 la température des extrémités (froides) ;
 le temps de recoloration capillaire (appuyer 5 secondes sur l’ongle, normal inférieur à 2 secondes) ;
 l’aspect des veines (si elles sont plates et difficiles à voir, c’est un signe que le corps manque de sang) ;
 le pouls (présence, fréquence, qualité, régularité) ;
 la pression artérielle si mesurable (qui peut rester normale même en état de choc par compensation).

Les signes de choc incluent la tachycardie (pouls accéléré) supérieure à 100 battements par minute (mécanisme compensatoire), la bradycardie (pouls ralenti) inférieure à 60 battements par minute (signe de gravité), la peau pâle, fraîche et moite, les marbrures (signe avancé), et la confusion ou l’altération de conscience.

La prise en charge des situations spéciales détectées à cette étape (douleur thoracique d’origine cardiaque) est détaillée dans la section « Situations spéciales ».

D pour Disability : l’état neurologique

Une personne peut perdre connaissance ou devenir confuse si son cerveau manque d’oxygène, s’il accumule trop de CO₂, s’il n’est plus assez irrigué par le sang, à cause de certains médicaments ou drogues, ou si le taux de sucre dans le sang chute. L’AVC et le traumatisme crânien sont également des causes fréquentes.

L’évaluation neurologique utilise l’échelle ACVPU mise à jour en 2025 :
 A pour Alert (alerte, pleinement conscient et orienté) ;
 C pour Confused (confus, confusion nouvelle ou détérioration — nouveauté ERC 2025) ;
 V pour Vocal (réagit à la voix, ouvre les yeux quand on lui parle) ;
 P pour Pain (réagit à la douleur par stimulation du trapèze ou pression sus-orbitaire) ;
 U pour Unresponsive (pas de réponse, état critique).

Les examens complémentaires incluent :
 l’examen des pupilles (taille, symétrie, réactivité à la lumière) ;
 la glycémie capillaire si disponible.

La prise en charge des situations spéciales détectées à cette étape (hypoglycémie, AVC, overdose aux opioïdes) est détaillée dans la section « Situations spéciales ».

E pour Exposure : l’exposition

L’objectif de cette étape est d’examiner la victime complètement, d’identifier les blessures cachées et de gérer la température corporelle, tout en respectant la dignité et l’intimité de la victime et en minimisant les pertes de chaleur.

L’examen systématique couvre :
 la tête et le cou (blessures, tuméfaction, déformation) ;
 le thorax (symétrie, fractures costales, contusions) ;
 l’abdomen (contusions, rigidité, sensibilité à la palpation) ;
 le bassin (douleur, instabilité — ne pas mobiliser si suspicion de fracture) ;
 les extrémités (fractures, plaies, déformations) ;
 le dos (retourner délicatement si possible, en maintenant l’axe tête-cou-tronc) ;
 la température corporelle (peau chaude ou froide, frissons, sueurs).

La prise en charge des situations spéciales détectées à cette étape (hypothermie, coup de chaleur, amputation, morsure de serpent) est détaillée dans la section ci-dessous.

Situations spéciales intégrées aux recommandations ERC 2025

Certaines situations, détectées lors de l’évaluation ABCDE ou d’emblée évidentes, nécessitent une prise en charge spécifique qui peut interrompre ou compléter l’évaluation systématique.

Étouffement

L’étouffement (obstruction des voies aériennes par un corps étranger) se reconnaît à l’impossibilité soudaine de parler ou de tousser, particulièrement lors d’un repas. La prise en charge suit une escalade codifiée :
 Encourager la toux si celle-ci est efficace ;
 Si la toux devient inefficace : 5 claques dans le dos entre les omoplates ;
 Si inefficace : 5 poussées abdominales (manœuvre de Heimlich) ;
 Alterner dos/abdomen jusqu’à l’expulsion du corps étranger ou la perte de conscience ;
 En cas de perte de conscience : débuter la RCP.

Ne pas tenter de retrait à l’aveugle avec les doigts.

Anaphylaxie

L’anaphylaxie (réaction allergique grave) se manifeste par une association de signes : difficultés respiratoires (stridor, sifflements), urticaire ou œdème, douleurs abdominales, sensation de malaise. La prise en charge repose sur :
 L’aide à l’auto-injection d’adrénaline en intramusculaire dans la face externe de la cuisse (0,5 mg chez l’adulte, 0,3 mg chez l’enfant de 6-12 ans, 0,15 mg chez l’enfant de 1-5 ans) ;
 Le maintien en position assise si gêne respiratoire, ou allongée jambes surélevées si signes de choc ;
 L’appel au 112 ;
 Une seconde dose d’adrénaline si les symptômes persistent après 5 minutes.

Noyade

La noyade entraîne une hypoxie par inondation pulmonaire. Les poumons étant souvent vides d’air, le protocole prévoit :
 5 insufflations de sauvetage avant de débuter les compressions thoraciques ;
 La poursuite de la RCP standard ensuite.

En cas d’hypothermie associée, la maxime « Un hypotherme n’est mort qu’une fois réchauffé » [2] rappelle que la réanimation prolongée reste possible même après une immersion prolongée en eau froide.

Overdose aux opioïdes

L’overdose aux opioïdes, nouvelle situation intégrée aux recommandations 2025, se reconnaît à :
 Une respiration lente, irrégulière ou absente ;
 Des pupilles en myosis serré (très petites) ;
 Une somnolence extrême ou une absence de réaction.

La prise en charge repose sur l’administration de naloxone par voie intranasale (2 à 4 mg) ou, pour les intervenants formés, par voie intramusculaire. La dose peut être répétée selon les instructions du conditionnement. Si la victime est en arrêt respiratoire ou cardiaque, débuter la RCP.

Douleur thoracique d’origine cardiaque suspectée

En cas de douleur thoracique évocatrice d’un syndrome coronarien (douleur en étau, irradiant vers le bras gauche ou la mâchoire, avec sueurs) :
 Installer la victime en position confortable (souvent semi-assise) ;
 Aider à l’auto-administration de trinitrine (spray sublingual) si la victime en possède ;
 Proposer de l’aspirine à croquer (150 à 500 mg) sauf allergie connue ;
 Appeler le 112 ;
 Surveiller attentivement l’évolution (risque d’arrêt cardiaque).

Accident vasculaire cérébral

L’AVC se dépiste par l’échelle FAST :
 Face : asymétrie du visage, bouche tombante d’un côté ;
 Arm : faiblesse ou paralysie d’un bras ;
 Speech : troubles de la parole, propos confus ;
 Time : noter l’heure de début des symptômes et appeler le 112 immédiatement.

La fenêtre de thrombolyse est de 4,5 heures ; chaque minute compte.

Hypoglycémie

L’hypoglycémie se manifeste par confusion, sueurs, tremblements, parfois agressivité, chez une personne diabétique ou dénutrie. Si la victime est consciente et peut avaler :
 Administrer 15 à 20 g de sucre rapide (glucose, jus de fruit, soda sucré) ;
 Réévaluer après 15 minutes et renouveler si nécessaire ;
 Proposer ensuite une collation.

Ne rien donner par la bouche à une victime inconsciente (risque d’inhalation).

Coup de chaleur

Le coup de chaleur, avec température centrale supérieure à 40°C, confusion ou convulsions, impose le principe « Cool first, transfer second » :
 Soustraire la victime à la chaleur ;
 Refroidissement actif (immersion dans l’eau froide si possible, sinon application de linges mouillés, ventilation) ;
 Poursuivre jusqu’à température inférieure à 39°C ou pendant 15 minutes si la température n’est pas mesurable ;
 Appel au 112 et transport médicalisé.

Hypothermie

L’hypothermie (température centrale inférieure à 35°C) impose de :
 Soustraire la victime au froid et au vent ;
 Retirer les vêtements mouillés délicatement ;
 Isoler du sol et couvrir sans réchauffer activement (risque de chute tensionnelle) ;
 Manipuler avec précaution (risque de fibrillation ventriculaire) ;
 Appeler le 112.

Morsure de serpent européen

En cas de morsure de vipère [3] (seul serpent venimeux indigène en Europe) :
 Appeler le 112 ;
 Calmer et immobiliser la victime ;
 Immobiliser le membre mordu sans le comprimer ;
 Ne pas : poser de garrot, inciser, aspirer, appliquer de glace.

Amputation traumatique

En cas d’amputation :
 Contrôler l’hémorragie en priorité (compression, garrot si nécessaire) ;
 Récupérer la partie amputée ;
 L’envelopper dans une compresse humide, la placer dans un sac plastique étanche ;
 Placer ce sac dans un second sac contenant de la glace (sans contact direct avec le membre) ;
 Étiqueter avec le nom de la victime et l’heure ;
 Transporter avec la victime vers le même hôpital.

Adaptations pédiatriques de l’approche ABCDE

Les recommandations ERC 2025 Paediatric Life Support préconisent une approche ABCDE harmonisée avec les principes adultes mais adaptée aux spécificités anatomiques et physiologiques de l’enfant.

L’évaluation pédiatrique peut être complétée par le PAT (Paediatric Assessment Triangle), une évaluation rapide de 15 à 30 secondes sans contact comprenant trois éléments :
 l’apparence (enfant joueur et alerte versus léthargique et non-interactif) ;
 la respiration (calme versus effort augmenté ou bruits) ;
 la circulation (couleur normale versus pâle, marbré ou cyanosé).

Concernant les voies aériennes, l’anatomie pédiatrique présente des particularités : langue proportionnellement plus grande, épiglotte plus molle, larynx plus antérieur et plus haut situé, voies aériennes plus souples et plus étroites. La bascule de la tête doit être plus subtile que chez l’adulte (position neutre chez le nourrisson). Chez l’enfant de moins d’un an, la position de sécurité s’effectue sur le côté dans les bras du sauveteur.

Les valeurs normales de fréquence respiratoire varient selon l’âge : 30 à 40 cycles par minute de 0 à 3 mois, 25 à 35 de 3 à 6 mois, 25 à 30 de 6 à 12 mois, 20 à 30 de 1 à 5 ans, et 18 à 25 au-delà de 5 ans. Les signes de détresse respiratoire pédiatrique incluent le grunting (grognements expiratoires), les rétractions intercostales et sus-claviculaires, et le battement des ailes du nez.

Pour la circulation, les fréquences cardiaques normales sont de 100 à 160 battements par minute chez le nourrisson, 95 à 155 de 1 à 3 ans, 80 à 120 de 3 à 6 ans, 70 à 110 de 6 à 12 ans, et 60 à 100 au-delà de 12 ans. La prise du pouls s’effectue au niveau brachial (face interne du bras) avant un an, puis au niveau carotidien ou fémoral après un an.

L’évaluation neurologique doit être adaptée aux stades de développement. L’hypoglycémie est très fréquente en urgence pédiatrique et doit être systématiquement recherchée.

Enfin, la prévention de l’hypothermie revêt une importance critique chez l’enfant, qui perd sa chaleur plus rapidement que l’adulte du fait de son rapport surface/volume défavorable. Il convient de l’isoler du sol et de le couvrir rapidement.

ABCDE et bilan PSE : deux approches complémentaires

L’approche ABCDE et le bilan structuré en 4 regards du PSE français partagent les mêmes principes fondamentaux — sécurité d’abord, traiter ce qui tue en premier, réévaluation continue — mais diffèrent dans leur logique d’organisation.

Deux logiques d’organisation distinctes

L’ABCDE est organisé par systèmes physiologiques : on évalue successivement les voies aériennes, la respiration, la circulation, l’état neurologique, puis on expose la victime. Cette approche répond à la question « quel système évaluer maintenant ? ».

Le bilan PSE est organisé par distance et profondeur d’évaluation : on progresse du global (1er regard sur la scène) vers le détail (4e regard avec interrogatoire approfondi et mesures). Cette approche répond à la question « à quelle étape de mon évaluation en suis-je ? ».

Ces deux logiques ne sont pas interchangeables mais complémentaires. Elles répondent à des traditions et des contextes d’emploi différents.

Points de convergence

Les deux approches se rejoignent sur plusieurs points essentiels :
 la priorité absolue donnée à la sécurité ;
 le principe de traiter immédiatement toute détresse identifiée ;
 la réévaluation continue de la victime ;
 la demande précoce de renfort en cas de détresse vitale.

L’ERC 2025 a d’ailleurs fait évoluer ses recommandations en plaçant l’hémorragie externe grave avant l’évaluation ABCDE, rejoignant ainsi la logique du PSE qui la positionne en premier dans le 2e regard.

En pratique

En France, les référentiels PSC et PSE constituent la norme pour les formations de sécurité civile et les interventions opérationnelles. L’ABCDE reste une grille de lecture complémentaire, utile pour :
 comprendre la littérature médicale internationale ;
 suivre des formations spécialisées (PHTLS, ATLS, AFGSU) ;
 échanger avec des professionnels de santé ou des secouristes d’autres pays.

Les formations utilisant l’ABCDE en France

Le protocole ABCDE s’inscrit dans un continuum de formations allant du grand public aux professionnels spécialisés.

Les formations PSC et PSE partagent les mêmes objectifs que l’approche ABCDE (identifier et traiter les détresses vitales) mais suivent une structuration différente. Ces deux approches coexistent sans que l’une ait vocation à remplacer l’autre.

L’AFGSU, obligatoire pour les professionnels de santé dans sa version AFGSU 2, intègre l’approche ABCDE.

Le PHTLS (Prehospital Trauma Life Support), d’une durée de 16 heures sur 2 jours, s’adresse aux médecins, infirmiers, sapeurs-pompiers, ambulanciers et secouristes. Certifié par le NAEMT (National Association of Emergency Medical Technicians), il est fondé sur l’approche XABCDE incluant la gestion prioritaire des hémorragies exsanguinantes (X pour eXsanguinating hemorrhage). Sa validité est de 4 ans avec un recyclage de 8 heures. En France la formation est organisée par Life Support. Le coût avoisine 850 euros.

L’ATLS (Advanced Trauma Life Support), réservé aux médecins, constitue le programme de référence de l’ACS (American College of Surgeons), reconnu dans 95 pays.

Ce qu’il faut retenir pour les formateurs

L’approche ABCDE constitue le standard international pour l’évaluation des victimes critiques, formellement intégré aux recommandations européennes 2025 pour tous les niveaux d’intervenants.

Les principes fondamentaux sont :
 vérifier la sécurité, la réactivité et l’hémorragie externe grave avant de commencer ;
 ne pas appliquer l’ABCDE en cas d’arrêt cardiaque (passer directement à la RCP) ;
 traiter chaque problème identifié avant de passer à l’étape suivante ;
 réévaluer régulièrement.

En France, l’approche ABCDE constitue un complément culturel et non un substitut aux référentiels PSC et PSE, qui conservent leur logique propre d’évaluation.

Sources principales

Djärv T. et al., « European Resuscitation Council Guidelines 2025 First Aid », Resuscitation, 2025.

Djakow J. et al., « European Resuscitation Council Guidelines 2025 Paediatric Life Support », Resuscitation, 2025.

Semeraro F. et al., « European Resuscitation Council Guidelines 2025 Adult Advanced Life Support », Resuscitation, 2025.

Resuscitation Council UK, « The ABCDE Approach », mise à jour juillet 2024.

Styner J.K., « The Birth of Advanced Trauma Life Support », Journal of Trauma Nursing, 2006.

Thim T. et al., « Initial assessment and treatment with the ABCDE approach », International Journal of General Medicine, 2012.

Bruinink L. et al., « The ABCDE approach in critically ill patients : A scoping review », Resuscitation Plus, 2024.

Notes

[1La canule nasopharyngée est réservée uniquement à un usage médical ou paramédical.

[2"Nobody is dead until warm and dead" est un adage médical qui signifie qu’on ne peut pas déclarer une victime hypotherme morte tant qu’elle n’a pas été réchauffée, car l’hypothermie peut mimer la mort et protège le cerveau.

[3En France, les deux espèces principales sont la vipère aspic (dans le sud et les zones montagneuses) et la vipère péliade (au nord et à l’ouest), responsables de 200 à 300 morsures chacune par an

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.