Intoxication au monoxyde de carbone : guide pour les secouristes
par — 5 janvier 2026 — dernière mise à jour 14 janvier 2026 — 8 min
Le monoxyde de carbone (CO) constitue la première cause de mortalité par intoxication accidentelle en France. Ce gaz, particulièrement dangereux car totalement indétectable par les sens humains, peut provoquer en quelques minutes un coma, voire un décès. La période hivernale concentre la majorité des accidents. Pour les équipes de secours, la prise en charge impose une vigilance particulière tant sur la sécurité des intervenants que sur les spécificités du traitement.
Qu’est-ce que le monoxyde de carbone ?
Le monoxyde de carbone se caractérise par son absence totale de signes d’alerte perceptibles : il est invisible, inodore, non irritant et donc indécelable sans appareil spécifique. Cette particularité en fait un poison particulièrement insidieux, car les victimes ne peuvent percevoir le danger avant l’apparition des premiers symptômes.
Le CO résulte d’une combustion incomplète, quel que soit le combustible utilisé : gaz naturel, bois, charbon, fuel, butane, propane, essence ou pétrole. Une fois inhalé, il se fixe sur l’hémoglobine du sang à la place de l’oxygène, provoquant une hypoxie tissulaire progressive. Cette affinité du CO pour l’hémoglobine est environ 200 fois supérieure à celle de l’oxygène, ce qui explique sa toxicité même à faible concentration.
Quelles sont les causes d’intoxication au CO ?
Les intoxications au monoxyde de carbone proviennent le plus souvent de mauvais usages d’appareils ou d’un manque d’entretien des installations. Les principales causes identifiées sont les appareils raccordés à un conduit, tels que chaudières, chauffe-eau, poêles ou cheminées, mal entretenus ou mal réglés. Les appareils mobiles constituent également une source fréquente d’intoxication : chauffages d’appoint, braseros, barbecues, groupes électrogènes ou pompes à eau et autres appareils équipés d’un moteur thermique.
Les véhicules automobiles dont le moteur tourne dans un local non ventilé, comme un garage, représentent un autre facteur de risque. De manière générale, tout appareil fonctionnant avec des combustibles solides, liquides ou gazeux peut produire du CO en cas de mauvaise combustion ou de ventilation insuffisante.
La période hivernale aggrave ce risque du fait de l’utilisation intensive des appareils de chauffage et de la tendance à limiter l’aération des locaux par temps froid. Les situations de crise, notamment les inondations ou les coupures d’électricité prolongées, favorisent également l’utilisation inappropriée de groupes électrogènes ou de pompes à moteur thermique à l’intérieur des habitations.
Comment reconnaître les symptômes d’une intoxication au CO ?
Les premiers signes d’intoxication au monoxyde de carbone se traduisent souvent par des maux de tête, une grande fatigue, des nausées, des vomissements ou des vertiges. Ces symptômes, relativement banals pris isolément, doivent alerter lorsqu’ils présentent certaines caractéristiques évocatrices.
Le référentiel PSE précise que dans un endroit fermé, lorsque plusieurs personnes présentent des signes communs de malaises avec des maux de tête et des vomissements, une intoxication par libération de monoxyde de carbone doit être suspectée. L’atteinte simultanée de plusieurs occupants d’un même lieu, y compris les animaux domestiques, constitue un indice majeur.
La survenue rapide des symptômes en présence d’appareils à combustion, ainsi que leur amélioration à l’air libre, renforcent la suspicion. L’examen de la victime peut également mettre en évidence une pâleur intense, une sensation de froid avec sueurs, ou des troubles de la conscience plus ou moins marqués selon la gravité de l’intoxication.
Sécurité des secouristes face au monoxyde de carbone
En présence d’un environnement toxique, la sécurité des intervenants constitue la priorité absolue. Le référentiel PSE insiste sur le fait que les secouristes peuvent, sans le savoir, entrer en contact avec le toxique, d’autant plus que le monoxyde de carbone est totalement inodore et invisible.
La conduite à tenir impose en premier lieu de faire évacuer les personnes présentes dans le local concerné et de les rassembler à distance. L’aération large des pièces doit être réalisée, si possible en retenant sa respiration lors de l’engagement dans le local. L’alerte immédiate des sapeurs-pompiers est impérative, car ils disposent notamment de détecteurs permettant de mesurer la concentration en CO.
En attendant les secours spécialisés, il convient de rechercher et d’identifier l’appareil susceptible de produire du CO, qu’il s’agisse d’un brasero, d’un moteur thermique, de gaz d’échappement, d’une cheminée ou d’un chauffe-eau, puis d’interrompre son fonctionnement si cela est possible sans risque.
Le dégagement d’urgence d’une victime située dans un local enfumé ne doit être entrepris que si elle est visible depuis l’entrée, si le sauveteur juge ses capacités suffisantes et la configuration des lieux favorable, et uniquement en retenant sa respiration. Dans le cas contraire, l’intervention doit être laissée aux sapeurs-pompiers équipés d’appareils respiratoires isolants.
Pourquoi l’oxymètre de pouls est-il non fiable en cas d’intoxication au CO ?
La prise en charge des intoxications au monoxyde de carbone présente une spécificité technique que tout secouriste doit impérativement connaître : les intoxications au CO faussent la mesure de la saturation pulsée en oxygène (SpO2) et donnent à tort des valeurs rassurantes.
Cette limite de l’oxymétrie de pouls, clairement mentionnée dans le référentiel PSE, s’explique par le principe de fonctionnement de l’appareil. L’oxymètre mesure l’absorption lumineuse de l’hémoglobine au niveau des capillaires, mais il ne distingue pas l’hémoglobine saturée en oxygène (oxyhémoglobine) de l’hémoglobine saturée en monoxyde de carbone (carboxyhémoglobine). Une victime gravement intoxiquée peut ainsi présenter une SpO2 apparemment normale, voire rassurante, alors qu’elle souffre d’une hypoxie tissulaire sévère.
Cette particularité impose au secouriste de ne jamais se fier à la mesure de la SpO2 pour évaluer la gravité d’une intoxication au CO suspectée ou avérée, ni pour guider l’administration d’oxygène dans ce contexte.
Oxygénothérapie à 15 l/min : le traitement de l’intoxication au CO
L’administration d’oxygène constitue le traitement de première intention de l’intoxication au monoxyde de carbone. Le référentiel PSE classe explicitement l’intoxication au CO parmi les indications d’inhalation d’oxygène, au même titre que l’intoxication aux fumées d’incendie et l’accident de décompression.
La conduite à tenir est clairement définie : inhalation d’oxygène avec un masque à haute concentration (MHC) à un débit de 15 litres par minute, quel que soit le niveau de SpO2. Cette prescription déroge à la règle habituelle d’adaptation du débit en fonction de la saturation mesurée, précisément en raison de la non-fiabilité de cette mesure dans ce contexte.
L’objectif de cette oxygénothérapie à haut débit est de saturer l’hémoglobine en oxygène afin de déplacer progressivement le monoxyde de carbone fixé. La demi-vie d’élimination du CO, d’environ quatre à cinq heures en air ambiant, est réduite à environ une heure sous oxygène normobare à haute concentration.
L’état de la victime peut nécessiter une hospitalisation, notamment pour évaluer l’indication d’une oxygénothérapie hyperbare dans les cas les plus graves.
Prévention des intoxications au CO : campagne 2025
La Direction générale de la santé rappelle chaque année les gestes essentiels de prévention à travers une campagne d’information. L’édition 2025, réalisée en partenariat avec l’Institut national de la consommation, est diffusée depuis le 10 novembre sur les chaînes de France Télévisions dans le cadre de l’émission Consomag.
Les messages de prévention insistent sur la nécessité de faire vérifier et entretenir au moins une fois par an les installations de chauffage et de production d’eau chaude par un professionnel qualifié. L’aération quotidienne des pièces pendant au moins dix minutes, même par temps froid, ainsi que le maintien en bon état des systèmes de ventilation sont également rappelés.
Pour les appareils mobiles, il convient de respecter les consignes d’utilisation des fabricants et de ne jamais utiliser à l’intérieur des locaux les groupes électrogènes, braseros ou barbecues. Cette recommandation prend une importance particulière en cas d’inondation ou de tempête, situations où l’utilisation de pompes à moteur thermique ou de groupes électrogènes à l’intérieur des habitations constitue un risque majeur.
Deux documents de référence sont disponibles : le dépliant « Se protéger des intoxications au monoxyde de carbone » et la brochure « Les dangers du monoxyde de carbone. Pour comprendre », accessibles sur le site du ministère de la Santé.
Synthèse : conduite à tenir pour les secouristes
L’intoxication au monoxyde de carbone impose aux secouristes une vigilance particulière sur plusieurs points essentiels. La sécurité des intervenants prime sur toute action de secours : ne jamais s’engager dans un local potentiellement contaminé sans protection adaptée ou sans avoir préalablement aéré les lieux.
La suspicion d’intoxication repose sur un faisceau d’indices : symptômes communs chez plusieurs personnes dans un même lieu, présence d’appareils à combustion, période hivernale, contexte de crise avec utilisation de groupes électrogènes. L’oxymètre de pouls donne des valeurs faussement rassurantes et ne doit pas guider la prise en charge.
L’oxygénothérapie est systématique, à haut débit (15 l/min) au masque à haute concentration, indépendamment de la SpO2 affichée. L’évacuation vers une structure hospitalière permettra d’évaluer la nécessité d’un traitement par oxygénothérapie hyperbare.
La conduite à tenir détaillée figure dans les fiches techniques du référentiel national PSE, notamment les procédures relatives à la protection contre le monoxyde de carbone (fiche 03PR02) et à l’intoxication en environnement toxique (fiche 07PR10).
Sources
– Direction générale de la santé, communiqué de presse « Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies », novembre 2025.
– Recommandations PSE 2024 : guide officiel, fiches 02FT07, 03PR02, 05FT20, 06AC06, 07AC08, 07PR10
