Journée mondiale pour la sécurité et la santé au travail
Comment les formateurs SST et les entreprises peuvent agir pour la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail
28 avril 2026 — dernière mise à jour 31 janvier 2026 — 10 min
Instituée par l’Organisation internationale du Travail (OIT) en 2003, la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail est célébrée chaque 28 avril dans plus de 100 pays. Cette date coïncide avec la Journée internationale de commémoration des travailleuses et travailleurs morts ou blessés au travail, portée par le mouvement syndical depuis 1996. Elle constitue un temps fort pour mobiliser l’ensemble des acteurs de la prévention autour d’un objectif commun : réduire les accidents du travail et les maladies professionnelles.
Une sinistralité qui demeure préoccupante en France
Les chiffres les plus récents publiés par l’Assurance Maladie – Risques professionnels témoignent d’une situation qui reste alarmante. En 2024, la France a enregistré 549 614 accidents du travail, soit une légère baisse de 1,1 % par rapport à 2023. Le taux de fréquence s’établit à 26,4 accidents pour 1 000 salariés.
Toutefois, le nombre de décès a augmenté pour atteindre 764 victimes, soit cinq de plus qu’en 2023. En ajoutant les 318 décès survenus lors d’accidents de trajet et les 215 décès liés à des maladies professionnelles, ce sont au total 1 297 personnes qui ont perdu la vie du fait de leur travail en 2024.
Quatre grands risques concentrent la majorité des accidents mortels : la manutention manuelle représente environ la moitié des cas, suivie des chutes de plain-pied (15 %), des chutes de hauteur (plus de 10 %) et des accidents liés à l’outillage à main (8 %). Un fait particulièrement préoccupant : plus de 20 % des décès surviennent dans l’année qui suit la prise de poste, ce qui souligne l’enjeu crucial de la formation des nouveaux arrivants.
À l’échelle mondiale, l’OIT estime que près de 3 millions de travailleurs meurent chaque année des suites d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. La grande majorité de ces décès, environ 2,6 millions, résulte de maladies professionnelles telles que les affections cardiovasculaires, les cancers ou les pathologies respiratoires liées au travail.
La thématique 2025 : l’intelligence artificielle et la numérisation au travail
Chaque année, l’OIT retient un thème spécifique pour orienter les actions de sensibilisation menées dans le monde entier. Pour 2025, le thème choisi est « Révolutionner la santé et la sécurité : le rôle de l’IA et de la numérisation au travail ».
Cette thématique reflète les transformations profondes que connaît le monde du travail avec l’intégration des nouvelles technologies. L’OIT analyse comment l’automatisation des tâches, l’utilisation d’outils de santé-sécurité au travail intelligents, les systèmes de contrôle avancés, la réalité virtuelle et augmentée, ainsi que la gestion algorithmique du travail redessinent les conditions d’exercice professionnel.
La transformation numérique présente un double visage pour la santé et la sécurité au travail. D’un côté, les systèmes alimentés par l’intelligence artificielle améliorent la surveillance de la sécurité, rationalisent les opérations et allègent la charge de travail pour certaines tâches pénibles, répétitives ou monotones. De l’autre, en l’absence d’un encadrement adapté, les salariés peuvent être confrontés à de nouveaux risques en matière de charge de travail, d’ergonomie, de stress lié à la surveillance algorithmique ou d’isolement dans le cadre du télétravail.
L’OIT a publié à cette occasion un rapport analysant ces enjeux et proposant des pistes pour que la transition numérique bénéficie à la santé et à la sécurité des travailleurs. Les formateurs SST et les entreprises peuvent s’appuyer sur cette thématique pour aborder des questions d’actualité : comment prévenir les risques liés au télétravail ? Quels sont les impacts des outils numériques sur la charge mentale ? Comment utiliser la réalité virtuelle pour former à la prévention des risques ?
Le cadre stratégique français : le Plan Santé Travail 2021-2025
La politique française de prévention des risques professionnels s’inscrit dans le cadre du quatrième Plan Santé au Travail (PST 4), qui couvre la période 2021-2025. Ce document, fruit d’une co-construction entre l’État, la Sécurité sociale, les organismes de prévention et les partenaires sociaux, fixe la feuille de route nationale en matière de santé au travail.
Le PST 4 consacre la primauté de la prévention sur la réparation et fait de la lutte contre les accidents du travail graves et mortels son axe transversal. Il cible particulièrement les publics les plus exposés : les jeunes travailleurs, les intérimaires et les travailleurs détachés. La formation en santé au travail y occupe une place centrale, avec notamment la mise en place du passeport de prévention.
Ce plan s’articule autour de quatre axes stratégiques : renforcer la prévention primaire et la culture de prévention, structurer la prévention de la désinsertion professionnelle, adapter la politique de santé au travail aux défis actuels et futurs, et consolider le pilotage et la gouvernance du système. Ces orientations trouvent une déclinaison opérationnelle au niveau régional à travers les Plans Régionaux de Santé au Travail (PRST).
Le rôle central des formateurs SST dans la prévention
Le dispositif de formation des Sauveteurs Secouristes du Travail (SST), piloté par l’INRS et l’Assurance Maladie – Risques professionnels depuis 1962, constitue l’un des principaux leviers de diffusion de la culture de prévention en entreprise. Chaque année, plus d’un million de salariés sont formés ou recyclés au SST.
La particularité de cette formation réside dans son double objectif : former des secouristes capables de porter les premiers secours en cas d’accident ou de malaise, mais également des acteurs de prévention au sein de leur entreprise. Le formateur SST certifié joue ainsi un rôle déterminant dans la sensibilisation des salariés aux risques professionnels.
Une étude de l’INRS a montré que 43 % des salariés formés au SST ont proposé des actions de prévention concernant leur situation de travail, et 40 % ont été sollicités par leur entreprise pour identifier des situations dangereuses. Cette dynamique est particulièrement marquée dans les TPE-PME, où les SST représentent souvent la principale ressource interne en matière de prévention.
Actions pour les formateurs SST à l’occasion du 28 avril
La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail offre aux formateurs SST une opportunité de valoriser leur expertise et de renforcer leur action pédagogique. Plusieurs initiatives peuvent être envisagées.
Organiser des sessions de formation ou de recyclage
Le 28 avril constitue une date symbolique pour planifier des formations initiales SST ou des sessions de maintien et actualisation des compétences (MAC). Cette programmation permet de donner une dimension particulière à la formation en l’inscrivant dans un contexte de mobilisation internationale. Les formateurs peuvent enrichir le contenu pédagogique en intégrant les statistiques actualisées de la sinistralité et le thème annuel retenu par l’OIT.
Animer des ateliers de sensibilisation aux risques spécifiques
Au-delà des formations certifiantes, les formateurs SST peuvent proposer des ateliers thématiques adaptés aux risques prépondérants de l’entreprise : prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS), risques liés à la manutention manuelle, travail en hauteur, risque routier professionnel, ou encore sensibilisation aux risques psychosociaux. Ces interventions courtes permettent de toucher un public plus large.
En lien avec la thématique 2025, les formateurs peuvent également aborder les risques émergents liés à la numérisation : fatigue visuelle, sédentarité accrue en télétravail, hyperconnexion et charge mentale, ou encore enjeux ergonomiques des postes informatiques.
Participer à l’identification des situations dangereuses
La Journée mondiale peut être l’occasion pour le formateur SST d’accompagner les équipes dans une démarche d’identification des dangers présents sur le lieu de travail. Cette approche participative, conforme à l’esprit du référentiel SST, contribue à alimenter le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) de l’entreprise.
Relayer les ressources pédagogiques de l’OIT et de l’INRS
L’OIT met à disposition du matériel promotionnel comprenant des affiches, des visuels pour les réseaux sociaux et des supports de communication. L’INRS propose également de nombreuses ressources gratuites sur la prévention des risques professionnels. Les formateurs SST peuvent relayer ces outils auprès des entreprises qu’ils accompagnent.
Actions pour les entreprises
Pour les employeurs, le 28 avril représente une opportunité de démontrer leur engagement en matière de santé et sécurité au travail et de mobiliser l’ensemble des collaborateurs autour de cet enjeu.
Organiser une journée sécurité (Safety Day)
De nombreuses entreprises choisissent le 28 avril ou une date proche pour organiser leur journée sécurité annuelle. Cet événement peut combiner plusieurs formats : conférences de sensibilisation, ateliers pratiques sur les gestes et postures, démonstrations d’utilisation des équipements de protection individuelle, exercices d’évacuation ou d’alerte, et stands d’information sur différentes thématiques de prévention.
Il est toutefois recommandé de ne pas concentrer systématiquement toutes les actions sur cette seule date, afin de bénéficier d’une meilleure disponibilité des prestataires spécialisés et de répartir les efforts de sensibilisation tout au long de l’année.
Actualiser le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels
La loi du 2 août 2021 renforçant la prévention en santé au travail a rappelé l’obligation pour l’employeur d’évaluer les risques professionnels et de formaliser cette évaluation dans le DUERP. La Journée mondiale peut constituer un moment privilégié pour initier ou relancer cette démarche, en associant les représentants du personnel et les SST de l’entreprise. L’INRS met à disposition un outil en ligne gratuit pour accompagner les TPE-PME dans cette démarche.
Communiquer sur les engagements de l’entreprise
Une communication interne spécifique peut être diffusée à l’occasion du 28 avril : rappel des résultats en matière de prévention, présentation des actions menées ou prévues, mise en valeur des acteurs de la prévention au sein de l’entreprise. Cette communication contribue à ancrer la culture de prévention dans les pratiques quotidiennes.
Impliquer les managers et la direction
L’engagement visible de la ligne hiérarchique constitue un facteur clé de succès des actions de prévention. La participation active des dirigeants et des managers aux événements du 28 avril envoie un signal fort sur l’importance accordée par l’entreprise à la santé et à la sécurité des salariés.
Analyser les accidents et incidents de l’année écoulée
La Journée mondiale peut être l’occasion de présenter un bilan de la sinistralité de l’entreprise et de tirer les enseignements des accidents survenus. Cette analyse, conduite de manière transparente et non culpabilisante, permet d’identifier les axes d’amélioration et de définir les priorités d’action pour les mois à venir.
Une dimension commémorative à ne pas oublier
Au-delà des actions de sensibilisation et de prévention, le 28 avril conserve sa dimension originelle de journée de commémoration. En reconnaissant cette date comme un moment de recueillement en mémoire des travailleurs décédés ou blessés, les entreprises et les formateurs contribuent à rappeler que derrière les statistiques se trouvent des personnes, des familles et des collectifs de travail touchés par les conséquences des accidents et des maladies professionnels.
Cette dimension mémorielle renforce le sens de l’engagement en faveur de la prévention. Elle rappelle que l’objectif ultime n’est pas seulement de respecter des obligations réglementaires, mais bien de préserver l’intégrité physique et psychique de chaque travailleur.
Synthèse opérationnelle
À retenir pour les formateurs SST
La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail du 28 avril offre plusieurs opportunités d’action : planifier des formations initiales ou des MAC à cette date symbolique, proposer des ateliers de sensibilisation thématiques aux entreprises accompagnées, participer à l’identification des situations dangereuses avec les équipes, relayer les ressources pédagogiques de l’OIT et de l’INRS, et contribuer à la mise à jour des protocoles de secours.
À retenir pour les entreprises
Les employeurs peuvent saisir cette occasion pour organiser une journée sécurité mobilisant l’ensemble des collaborateurs, actualiser le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels, communiquer sur les engagements et les résultats en matière de prévention, impliquer visiblement la direction et les managers, analyser la sinistralité et définir les priorités d’action, et rappeler l’importance de la formation aux premiers secours et à la prévention.
La prévention des risques professionnels est l’affaire de tous. Le 28 avril constitue un rendez-vous annuel pour rappeler cette responsabilité partagée et pour transformer l’engagement en actions concrètes au bénéfice de la santé et de la sécurité des travailleurs.
Ressources utiles
– Page officielle de la Journée mondiale sur le site des Nations Unies
– Organisation internationale du Travail (OIT) – Santé et sécurité au travail
– INRS – Institut national de recherche et de sécurité
– Chaîne YouTube INRSFrance
– Films Napo – La sécurité avec le sourire
– EU-OSHA – Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail
– Assurance Maladie – Risques professionnels
– Ministère du Travail – Plans santé au travail
– Formation SST sur secourisme.net
– DARES – Statistiques accidents du travail
Sur le Web : Journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail (BIT) 2025
