Les applications de froid
Le froid est une technique de premiers secours simple, peu coûteuse et très utilisée en milieu sportif face aux traumatismes des tissus mous (contusions, élongations, tendinites, entorses) et aux piqûres d’insectes. Son effet antalgique est solidement établi. Sa réputation anti-inflammatoire, longtemps mise en avant, ne repose en revanche plus sur des bases scientifiques solides. Cet article présente les indications, la technique d’application conformes au référentiel PSE 2026, ainsi que le débat en cours dans la littérature de rééducation autour du protocole historique RICE.
Contents
Le froid peut être utilisé en secourisme, particulièrement en milieu sportif. Il est bien supporté, facile à appliquer et peu coûteux, ce qui justifie de le prévoir systématiquement lors d’interventions sur le terrain. Il n’a pas les inconvénients des pommades anti-inflammatoires en antalgiques (risque d’allergie), de toute façon proscrites sans avis médical.
Les effets du froid
Le froid a plusieurs effets reconnus.
effet antalgique : le froid calme la douleur. C’est l’effet le mieux établi, y compris dans la littérature scientifique la plus récente.
action anti-inflammatoire : le froid a longtemps été présenté comme un moyen de limiter la formation d’hématomes et d’œdèmes en freinant l’inflammation. Cette justification historique ne repose aujourd’hui plus sur des bases confirmées, comme le détaille la section Un débat en cours, du RICE au PEACE & LOVE plus loin dans cet article.
action hémostatique : le froid diminue le saignement des fibres musculaires lésées, en provoquant un rétrécissement des capillaires sanguins.
Les différents systèmes cryogènes
Il existe différents systèmes pour l’application de froid.
La vessie de glace
C’est le système le plus simple. Les glaçons sont préparés avant de se rendre sur place, conservés en glacière, et conditionnés dans la vessie au moment de l’application, avec un peu d’eau. Il faut appliquer un linge mouillé sur les faces de la vessie pour faciliter le transfert thermique.
Il est parfois utile d’appliquer du talc dans la vessie lorsqu’elle est rangée, pour éviter l’adhésion des faces internes de la poche.
La vessie peut être fabriquée sur place avec des moyens rustiques : sac plastique, glaçons et linge mouillé, par exemple.
Les poches de gel cryogène
Également appelées coussins thermiques ou cryogels, ces poches ou coussins sont très pratiques dans la mesure où ils peuvent être modelés aisément à la forme du membre traumatisé. Ils doivent être refroidis avant de se rendre sur place, pendant plusieurs heures, au réfrigérateur voire au congélateur. Ils sont conservés sur place en glacière.
Ces poches sont disponibles en différentes tailles et sont réutilisables, moyennant l’observation des règles d’hygiène habituelles. Leur coût (en général de l’ordre de 5 à 10 euros) est supportable.
Les poches de « froid instantané »
Elles contiennent un sel et de l’eau séparés par une paroi interne. Le principe consiste à rompre la paroi interne en appuyant sur la poche, ce qui provoque la dissolution du sel. Cette réaction chimique est fortement endothermique, ce qui refroidit le liquide interne et permet de disposer d’une source de froid. L’inconvénient est que le système n’est pas réutilisable. Les moins chères coûtent moins d’un euro pièce.
Les bombes de « spray cryogène » ou « bombes de froid »
Ces bombes sont réservées à l’usage médical [1]. Leur effet antalgique est tel qu’elles sont capables de masquer totalement la douleur causée par un traumatisme. De ce fait le sportif reprend souvent son activité sans précaution, et le risque d’aggravation d’une lésion est grand. Les sprays cryogènes sont par ailleurs susceptibles de provoquer des brûlures graves par gelure en cas d’application inadaptée. Ils sont donc à proscrire en utilisation secouriste.
Indications et contre-indications
Les indications sont nombreuses. Elles concernent les traumatismes musculaires et tendineux : contusions simples (coup direct sur le muscle), élongations (douleur importante en cours d’activité physique qui cède au repos), tendinites (douleur du tendon lors des mouvements actifs), entorses et luxations (douleurs articulaires), d’une manière générale en cas d’hématome ou de gonflement. Le référentiel PSE ajoute une indication à part : la piqûre d’insecte (référentiel PSE 2026, fiche 07FT05).
Dans le cas d’accidents musculaires ou ostéo-tendineux graves (douleur importante même au repos), on peut appliquer du froid, mais en prenant soin de vérifier qu’il est bien supporté, et en le plaçant à distance du traumatisme plutôt que directement dessus : claquages, déchirures, rupture musculaire, tendineuse, ostéo-tendineuse (voir le tableau des accidents musculaires et tendineux), fracture fermée, entorse grave (voir aussi les atteintes traumatiques du squelette).
Contre-indications
En cas de contractures et crampes, il ne faut pas appliquer de froid, mais au contraire réchauffer le muscle atteint (bain chaud, massage). Il ne faut pas non plus appliquer de froid sur une peau lésée (plaie, fracture ouverte) ni chez une victime qui a perdu connaissance (référentiel PSE 2026, fiche 07FT05).
Technique générale d’application
Pour être réellement efficace, l’application de froid doit être réalisée le plus précocement possible après le traumatisme, et s’étendre au-delà de la seule zone douloureuse (référentiel PSE 2026, fiche 07FT05). Cela nécessite parfois de négocier avec la victime l’arrêt de son activité sportive. Il faut lui expliquer les bénéfices du froid : diminution de la douleur, de l’hématome, du gonflement.
Le refroidissement doit durer 20 minutes. Moins long, il serait moins efficace. Plus long, il peut avoir des effets indésirables et ne doit donc pas être prolongé. En cas d’inconfort pour la victime, cette durée peut être réduite de moitié, soit 10 minutes.
Toujours placer entre la source de froid et le membre traumatisé une compresse humide ou un linge mouillé d’eau, pour faciliter et uniformiser les échanges thermiques.
Vérifier périodiquement l’état de l’installation, s’assurer que le froid est bien supporté (possibilité très rare d’allergie au froid). Un changement d’aspect de la peau (rougeur, pâleur intense, cloques) doit faire suspecter un refroidissement trop intense, caractérisé par une peau « cartonnée » au toucher en cas de gelure. Interrompre alors immédiatement l’application.
Il est préférable de surélever les membres refroidis.
En cas de traumatisme grave, l’application de froid ne remplace pas la consultation médicale. La reprise de l’activité sportive doit faire l’objet d’un nouvel échauffement.
Un débat en cours : du RICE au PEACE & LOVE
Depuis 2019, une partie de la littérature de kinésithérapie et de rééducation propose de remplacer le protocole historique RICE (Rest, Ice, Compression, Elevation) par un modèle appelé PEACE & LOVE [2], qui déconseille l’usage systématique de la glace, faute de preuves solides sur son intérêt pour la cicatrisation des tissus.
Ce débat concerne la rééducation par des professionnels formés, à partir du troisième jour suivant la blessure, pas les gestes de premiers secours au moment de l’accident. En pratique clinique française comme dans le référentiel PSE 2026, le glaçage reste recommandé pour son effet antalgique immédiat [3]. Il faut donc retenir que le froid conserve tout son intérêt antalgique sur le terrain, tandis que sa vertu anti-inflammatoire ne doit plus être avancée comme un argument scientifiquement établi.
Ce qu’il faut retenir
- Le froid soulage la douleur de façon bien établie ; sa prétendue action anti-inflammatoire est une justification ancienne, sans base scientifique confirmée aujourd’hui.
- Il est indiqué sur un traumatisme de membre sans plaie, y compris articulaire, et sur une piqûre d’insecte.
- Il est contre-indiqué sur une plaie, chez une victime inconsciente, et doit être remplacé par un réchauffement en cas de contracture ou de crampe.
- La durée d’application ne doit pas dépasser 20 minutes, réduites à 10 minutes en cas d’inconfort, toujours avec un linge entre la source de froid et la peau.
- Les bombes de spray cryogène sont réservées à l’usage médical et à proscrire en secourisme.
Mise à jour 18/08/2026. Merci à Vincent Elmer pour la rédaction initiale.
Footnotes
[2] Dubois B, Esculier JF. « Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE ». British Journal of Sports Medicine, 2020;54(2):72-73 article complet.
Comments
Les applications de froid
4 December 2012 by adidou
Je tiens à signaler un incident dont j’ai été témoin a un tournoi de taekwondo à Paris,l’application du froid avec un spray qui a pris feu en raison probablement de l’électricité statique après frottement du tissu du dobok en même temps que le coach pulvérisait du spray,cela aurait pu être plus grave si c’était à côté du visage tant la flamme avait un volume important.
Les applications de froid
17 December 2009
Une application de froid sur un hématome 24h après le choc a-t-elle une utilité?
Les applications de froid
18 December 2009 by Webmaster
Je ne pense pas, le froid doit être appliqué immédiatement après le traumatisme (au plus dans les minutes qui suivent).
Les applications de froid
17 November 2006 by andre
au club de foot de mon village le responsable securite nous interdit l’utilisation de la bombe de froid sur les enfants de moins de 15 ans il y a t’il un article parlant de cette interdiction
Les applications de froid
23 November 2006 by andre
je n’ai toujours pas de reponse a mon message dommage et merci
andre jp
Les applications de froid
23 November 2006
J’ai oublié de préciser que ceci vaut aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Donc n’achetez pas de bombes de froid, vous ferez des économies, vous soignerez mieux vos joueurs, qui seront moins blessés, donc plus disponibles pour les matchs, et vous dormirez tranquille.
Les applications de froid
23 November 2006
La bombe de froid n’est pas à usage secouriste pour les raisons évoquées ci-dessus. Si à la suite de son utilisation un joueur aggrave sa blessure, ce qui n’est pas improbable, il (et aussi la sécu et sa mutuelle)pourrait engager la responsabilité civile du soigneur et de fait du club sportif.
Les applications de froid
15 December 2006
Il n’y a pas d’interdiction medicale mais l’utilisation peut etre mal faite est le probleme vient des parents qui sont relativement procedurier
> Les applications de froid
1 October 2005 by andre benard
je rappelle que les systemes generants un transfert de temperature doivent etre certifiés CE sous le controle d un organisme notifié c est à dire qu il aura vérifié que le fabricant déclaré a l afssap saura prouver sa tracabilité et sa reproductibilité de fabrication et ainsi garantir sa responsabilité tout dispositif de froid sans les chiffres a cote du CE sont illégaux meme si de grand nom le commercialise
a benard