Les agressions du corps humain, d’origine médicale ou traumatique, peuvent avoir pour conséquence de diminuer les apports et/ou d’augmenter le besoin en oxygène de la victime. Pour cette raison, le secouriste administre un supplément d’oxygène à la victime, qui n’est jamais néfaste sur une courte durée. Pour cela, il augmente la fraction de l’oxygène dans l’air, qui est de 21 % normalement, et l’amène jusqu’à 100% si nécessaire.

1. Stockage de l’oxygène

En équipe secouriste, l’oxygène est stocké en bouteilles sous forme gazeuse. La quantité d’oxygène disponible dans la bouteille est fonction de sa pression et de son volume. Initialement, la pression d’une bouteille est de 200 bars. Les modèles de bouteille les plus courants ont un volume de 2 ; 2,5 ; 5 ou 15 litres.

Caractéristiques des bouteilles

En France les bouteilles d’oxygène médical sont blanches. La réglementation impose leur requalification périodique [1] par un organisme habilité. Des inscriptions sont gravées sur l’ogive ou la partie arrière de la bouteille :

- N° : numéro d’identification de la bouteille
- P.V. : poids vide de la bouteille
- P.E. : pression d’épreuve de la bouteille, qui doit être de 1,5 fois la P.S. (soit 300 bars)
- Date : date d’essai à la pression d’épreuve
- V : volume intérieur de la bouteille, en litres d’eau
- P.S. : pression de service définie par le constructeur (le plus souvent 200 bars)

Les bouteilles comportent :

- un manodétendeur qui permet de lire la pression à l’intérieur de la bouteille et de réduire la pression (3 bars pour la sortie débitmètre et 3,5 ou 4 bars pour la sortie connectable à un respirateur de transport)
- un débitmètre qui permet de régler le volume d’oxygène délivré chaque minute. Il se règle de 0 à 15 L/min.

Matériel d’oxygénothérapie

Autonomie d’utilisation

T = P V / Q

Le temps d’administration possible de l’oxygène est égal à la pression affichée (P) multipliée par le volume de la bouteille (V) divisé par le débit indiqué sur le débitmètre (Q).

Un usage ancien était de retrancher 10 % à l’autonomie trouvée pour tenir compte du fait que les derniers bars ne sont pas réellement utilisables. Cet usage a été abandonné, mais il n’en reste pas moins vrai qu’il faut éviter d’utiliser une bouteille qui aurait une faible pression. Les manomètres comportent une zone rouge qui rappelle qu’il faut changer de bouteille.

Exemple. Pression 200 bars, volume 2,5 L, débit 15 L/min.

T = 200 × 2,5 / 15 = 33 min

L’autonomie est de 33 minutes.

On peut retenir qu’une bouteille de 1 m3 (bouteilles de 5 L à 200 bars) dure une heure au minimum.

Les bouteilles sont en principe munies d’un tableau permettant de lire directement l’autonomie en fonction de la pression et du débit ce qui évite le calcul.

2. Précautions d’utilisation

Principes physiques

L’oxygène est un gaz comburant. Bien que ne brûlant pas tout seul, il permet à forte concentration la combustion de tous les matériaux, y compris le métal. Tous les matériaux peuvent donc s’enflammer spontanément en présence d’oxygène et à température élevée. Par ailleurs, la température des gaz s’élève lorsqu’ils subissent une compression.

Le risque

Lors de l’ouverture d’une bouteille, la pression dans la partie amont du manodétendeur passe brutalement de 1 à 200 bars. Il en résulte une élévation brutale de température (jusqu’à 600 °C). Dans de telles conditions, la moindre pollution présente dans le détendeur (poussière, graisse, caoutchouc...) s’enflamme spontanément. Cela provoque un oxycoupage où le métal brûle, fond et se coupe. Puis c’est l’explosion avec projection de métal en fusion et de gaz à plus de 1000 °C.

Consignes de sécurité

Des consignes de sécurité strictes sont donc à respecter impérativement lors de la manipulation des bouteilles et de leur robinet. Entre 2003 et 2008 l’AFSSAPS a recensé 10 inflammations lors de l’ouverture de bouteilles d’oxygène médical. Un accident grave est survenu à l’hôpital Laennec de Creil le 21 octobre 2008 : décès d’un patient et deux blessés après l’explosion d’une bouteille à manodétendeur intégré.

— Éviter les chocs 
lors du transport et du stockage

- Protéger les bouteilles des chocs et des chutes
- Arrimage solide en position verticale dans les véhicules
- Ne pas traîner ou rouler sur le sol
- Ne pas soulever par le robinet
- Ne pas stocker à proximité d’un appareil de chauffage
- Ne pas exposer à une température supérieure à 50 °C (attention aux véhicules en plein soleil)

— Utilisation du robinet détendeur

- Ouvrir la bouteille en position verticale
- Ouvrir progressivement le robinet sans forcer
- Ne pas procéder à plusieurs mises en pression successives rapprochées
- Toujours ouvrir le robinet avec le débitmètre réglé à zéro litre par minute
- Passer par les valeurs intermédiaires croissantes avant d’afficher le débit souhaité (ne pas aller directement au maximum)
- Fermer le robinet sans forcer
- Vérifier l’absence de fuite
- En cas de fuite refermer immédiatement le robinet
- Ne jamais utiliser une bouteille présentant un défaut d’étanchéité

— Pendant l’utilisation

- Ne pas fumer ni approcher une flamme
- Tout corps gras peut s’enflammer : ne pas graisser, ne pas enduire de corps gras le visage des patients, manipuler le matériel avec des mains propres exemptes de graisse
- Ne jamais se placer face à la sortie du robinet lors de l’ouverture mais
toujours du côté opposé au manodétendeur derrière la bouteille et en retrait
- Ne pas ouvrir avec la victime face à la sortie du robinet
- Ne pas utiliser d’aérosol, de solvant (alcool, essence…) sur le matériel ou à proximité
- ne pas exposer la victime au flux d’oxyène

— Vérification du matériel

- Vérifier le bon état du matériel et la présence d’oxygène dans la bouteille avant la prise de fonction
- Vérifier la date limite d’utilisation de l’oxygène figurant sur le conditionnement
- Conserver l’intégrité de l’étiquetage
- En cas de phénomène anormal (étincelles, crépitement) immédiatement fermer le robinet si possible

3. Réglementation

Il n’existe pas de réglementation spécifique pour l’oxygène à usage médical. Toutefois, en décembre 1992, le ministère de la Santé a demandé aux fabricants de gaz médicaux de prendre le statut d’établissements pharmaceutiques et de déposer des demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les gaz commercialisés à usage thérapeutique. Depuis cette date, l’oxygène médical est devenu un médicament. Il est donc soumis à la réglementation générale dans ce domaine (textes pharmaceutiques codifiés au livre V du code de la Santé publique).

Depuis juin 1997, l’AMM est accordée par l’AFSSAPS. Elle concerne le gaz, la bouteille et le robinet. Le contenant est la propriété de l’industriel pharmaceutique. Les bouteilles, pleines ou vides, et le robinet sont soumis à traçabilité pharmaceutique. L’oxygène médical est identifié par la couleur blanche du récipient, sur lequel figurent les mentions « OXYGÈNE » « RÉSERVÉ À L’USAGE MÉDICAL », le numéro de lot et la date de péremption. Celle-ci est de 5 ans pour les bouteilles.

Plusieurs sociétés ont une AMM et le statut d’établissement pharmaceutique pour leur activité de fabrication : AGA médical, Air liquide santé, Air products médical, Carboxylique santé, GTF, Saga médical (liste non exhaustive).

En pratique, comme les bouteilles appartiennent obligatoirement au fabricant de gaz médical, elles sont mises à la disposition des secouristes sous forme de location. Lorsqu’une bouteille est vide vous l’échangez chez le dépositaire contre une pleine, et vous payez alors le remplissage.

C’est aussi le fabricant de gaz médical qui se charge des formalités (épreuve de requalification) et des menues réparations (peinture...)

Par ailleurs, l’oxygène n’est inscrit sur aucune liste. Bien que ce soit un médicament, il n’est pas nécessaire d’avoir une prescription médicale pour se le procurer, et le détenir. Aucune prescription médicale n’est non plus nécessaire dans le cadre de l’urgence.

Concernant les manodétendeurs en aluminium ou en alliage d’aluminium, ils présentent un risque d’explosion spontanée. Leur mise sur le marché a été interdite en novembre 1999 [2].

4. Administration d’oxygène

Quand ?

L’inhalation d’oxygène est nécessaire chez toute victime qui présente :
- une détresse vitale ;
- une intoxication aux fumées d’incendie ou au monoxyde de carbone ;
- un accident de décompression secondaire à une plongée ou un travail dans une ambiance en hyperpression (tunneliers)
- une mesure de la SpO2 (saturation partielle en oxygène) qui indique une valeur < 94% ;
- une mesure de la SpO2 qui indique une valeur < 89% chez l’insuffisant respiratoire chronique avec ou sans oxygène à domicile ;
- une crise douloureuse chez une victime qui présente des antécédents de drépanocytose (une maladie du sang qui affecte les globules rouges).

Un appareil de mesure de la SpO2 doit toujours être à disposition du secouriste chaque fois qu’il a les moyens d’administrer de l’oxygène. Toutefois en l’absence de possibilité de mesure de la SpO2 (appareil indisponible), l’inhalation d’oxygène est systématique, si la victime présente une détresse vitale dans l’attente d’un avis médical.

L’administration par insufflation doit être réalisée lorsque le secouriste effectue une ventilation artificielle par insufflateur manuel (BAVU).

Avec quoi ?

Les dispositifs ci-dessous permettent d’administrer de l’oxygène par inhalation.

Le masque à haute concentration délivre un air composé de 60 à 90 % d’O2 en fonction du débit. Il est reconnaissable à son réservoir d’oxygène. Le masque simple (sans réservoir) délivre un air composé de 40 à 60 % d’oxygène. Ces masques ne doivent jamais être utilisés à moins de 6 l/min pour éviter tout risque de réinhalation de l’air expiré.

Les lunettes à oxygène délivrent des concentrations basses à modérées. Elles sont particulièrement indiquées pour les insuffisants respiratoires chroniques. Le débit doit être inférieur ou égal à 6 l/min. Un débit supérieur à 4 l/min peut entraîner une irritation nasale.

Combien ?

En absence d’indication médicale, le débit de l’oxygène est réglé, quel que soit l’âge, sur les valeurs initiales ci-dessous [3]. Si on dispose d’un appareil de mesure de la SpO2, le débit sera éventuellement diminué pour atteindre les valeurs-cibles mentionnées dans le tableau.

Cas général (adultes et pédiatrie) Insuffisant respiratoire chronique
Matériel Masque ou BAVU Lunettes
Débit initial — masque haute concentration ou BAVU : 15 l/min
— masque simple : 10 l/min
2 l/min en plus du débit habituel du patient
SpO2 cible 94 à 98 % 89 à 94%
Débit minimal 6 l/min 1 l/min

Note concernant les risques de l’oxygène. Un apport massif d’oxygène peut conduire à une hyperoxie dangereuse chez les patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique avancée. Elle est aussi néfaste chez les victimes d’AVC ou de maladie cardiaque dont le taux d’oxygène dans le sang est normal [4]. Il est donc important de respecter les valeurs-cibles de SpO2 si on dispose de l’appareil de mesure. Dans le cas où l’appareil de mesure est indisponible, la régulation médicale devra être avertie de l’impossibilité de mesurer la SpO2 et le débit d’oxygène sera réglé selon la prescription du médecin régulateur.

Remerciements à Yves Bénisty, 29/05/09

Partager cet article
Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.