Les dernières recommandations de l’ERC [1] insistent sur l’importance de la disponibilité de défibrillateurs accessibles en tout lieu pour améliorer la survie lors d’un arrêt cardiaque. L’ERC cite des études récentes qui confirment, comme on peut s’y attendre, que plus le nombre de défibrillateurs par kilomètre carré est élevé, plus le premier choc est délivré rapidement après l’arrêt cardiaque, avec un effet favorable sur la survie. Toutefois, que ce soit au Japon ou aux Etats-Unis, les défibrillateurs sont utilisés principalement dans des lieux publics et non à domicile, car c’est là qu’ils sont disponibles. Or, entre 60 et 80 % des arrêts cardiaques surviennent à domicile.

Dès lors, il serait intéressant de programmer l’équipement des grands ensembles immobiliers. Un tel programme va au-delà de la simple mise en place de défibrillateurs : il faut prévoir leur surveillance et leur maintenance, former et recycler les personnes qui sont susceptibles de les utiliser, et avoir un groupe de personnes volontaires pour réaliser les gestes qui sauvent en cas d’arrêt cardiaque. Ces derniers doivent pouvoir se rendre sur place en moins de 5 à 6 minutes, car au-delà, les chances de rattraper une défibrillation diminuent.

A Nancy, la communauté urbaine s’est lancée dans un programme ambitieux d’équipements en défibrillateurs appelé « Grand Nancy Défi’b » [2]. Il s’agit d’atteindre une densité d’équipement d’un défibrillateur pour 1 000 habitants, avec des appareils placés dans les lieux publics. Cependant, la principale originalité de ce programme réside dans la création d’un maillon supplémentaire, avec des « sauveteurs volontaires de proximité » (SVP) recrutés lors de réunions publiques sur chacune des communes de la communauté. Une fois formés, les SVP effectuent des tours de permanence pré-établis entre eux un mois à l’avance. Les plannings sont communiqués au SAMU. Ils se passent à tour de rôle le défibrillateur acheté par la commune. Les SVP sont adhérents (2€/an) de l’association Grand Nancy Défi’b, qui offre une assurance couvrant leur intervention, tant pour les dommages corporels que matériels. L’association organise également des formations.

Au-delà de cette initiative, on peut imaginer que les bailleurs publics, tels que les sociétés d’habitation à loyer modéré, se saisissent du sujet.

Concernant le secteur privé, on peut noter l’initiative de Loiselet et Daigremont, un gestionnaire de biens immobiliers présent à Paris, Nantes et Bordeaux. L’entreprise a lancé un programme d’installation de défibrillateurs dans les immeubles qu’elle gère, incluant les aspects de maintenance et de formation. Le coût de revient serait de l’ordre de 10 € par logement et par an. Une association, « les défibril’acteurs », présidée par le directeur général de l’entreprise, Philippe Loiselet, a été créée en complément de l’opération. En 2010, l’association a organisé un colloque au Sénat pour une TVA à taux réduit pour l’installation de défibrillateurs cardiaques dans les parties communes des immeubles d’habitation, idée qui a d’ailleurs fait l’objet d’une proposition de loi [3] restée sans suite en 2009.

Les programmes de mise à disposition de défibrillateurs dans les zones résidentielles n’ont pas encore été évalués scientifiquement. En France, ce type de programme est encore exceptionnel, alors que la présence de défibrillateurs dans les espaces publics se généralise. C’est donc un vaste chantier qui s’ouvre, dont les concepts, les méthodes et les outils restent à inventer.

Notes

[1Koster et al., European Resuscitation Council Guidelines for Resuscitation 2010 - Section 2. Adult basic life support and use of automated external defibrillators, Resuscitation 81 (2010) pp. 1277–1292

[2Communauté urbaine du Grand Nancy http://www.fedecardio.com/1vie3gest...

[3Généralisation des défibrillateurs électriques à usage du grand public http://www.assemblee-nationale.fr/1...

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