Ce 7e mémoire revient sur les actions menées de 1967 à 1999 pour mettre en avant l’intérêt de l’apprentissage des 5 gestes qui sauvent en France, qui permettraient de sauver 1000 vies par an.

Certes, nous devons agir sur tous les paramètres qui peuvent permettre de limiter le plus possible les accidents de la route. Aujourd’hui, il est indispensable d’impliquer plus tous les usagers de la route. Il est évident que la formation théorique et pratique des conducteurs et autres titulaires d’un permis de conduire doit et peut être améliorée.

Mais aussi, si l’on veut responsabiliser nos compatriotes, il faut leur faire confiance et leur apporter l’information et la formation nécessaires pour exercer ce rôle de citoyen responsable.

Dans son ouvrage [1], M. François Gentile, ancien délégué général de la Prévention routière aborde les accidents de la route dans toute leur horreur. Une hécatombe permanente, des morts inutiles et illégitimes !

Il insiste bien, dès le début de son livre, pages 4 et 5 sur une « sensibilisation des intéressés, qui ne peut être forte et durable que si elle s’appuie sur une prise de conscience de l’ampleur et des causes d’insécurité routière ».

Or, justement, il a été prouvé, par les actions de l’INRS, que la diffusion de masse du Secourisme du travail permettait, outre d’abord de bien secourir les accidentés du travail - limitant les erreurs de secours spontanés, mais non préparés - de sauver des vies, mais aussi d’agir sur les comportements.

Il y a moins d’accidents du travail là où il y a plus de secouristes. La prévention y est mieux perçue.

Le programme de formation, trop long et théorique, est passé d’environ 40 h à 8 h en 1972. On a ainsi multiplié le nombre de travailleurs formés et on a ainsi attiré une population jusque là rebutée par la durée des stages et l’aspect théorique, école, de la préparation aux gestes qui sauvent.

Hélas, cet exemple concret n’a pas été suffisant pour convaincre les pouvoirs publics français d’agir de même face aux accidents de la route. Il est vrai que le secourisme du travail et l’INRS dépendent du ministère du Travail et que la sécurité routière, donc les accidents de la route, les premiers secours aux blessés, dépendent au moins de trois ministères (transports, santé, intérieur) qui ne voient pas le problème de la même manière et qui, chacun, rejette sur l’autre l’essentiel de la responsabilité donc de la décision.

Pourtant, comme le confirme M. Gentile, la mortalité routière en France est sous-estimée, car elle ne tient compte que des décès durant les 6 premiers jours après l’accident. Malgré les demandes répétitives du CAPSU - et probablement d’autres institutions ou associations - auprès du ministère des Transports, et contrairement à la plupart des Pays Européens, nous en restons à ce mode de calcul qui fausse la réalité déjà pourtant dramatique.

Il faut donc ajouter aux chiffres annuels des morts sur la route environ 10 %. Le ministère des Transports s’était engagé à publier chaque année les chiffres à 6 jours et à 30 jours ! Cette résolution n’est toujours pas appliquée.

Curieusement, le différentiel constitue, si on se réfère à ce qu’ont dit depuis 15 ans les spécialistes en la matière, la part des victimes qui pourraient être épargnées chaque année, si la formation des usagers de la route aux « 5 gestes qui sauvent » était assurée !

L’expérience de la Prévention routière relatée dans cet ouvrage à propos du contrôle technique est très intéressante, car il peut être mis en parallèle avec le projet de formation aux « 5 gestes » de tous les candidats aux permis de conduire.

En effet (page 27), M. Gentile nous rappelle que la Prévention routière incitait ses adhérents, depuis longtemps, à surveiller le bon état de leur véhicule. Mais, avec seulement 150 centres pour toute la France, elle ne pouvait réaliser que 15 000 contrôles volontaires... par an.

Le contrôle technique obligatoire a donc mis un terme à cette « expérience » associative en généralisant ce contrôle indispensable du bon état des véhicules.

Pour la conduite à tenir en cas d’accident de la route c’est la même chose. Diverses associations ont expérimenté le concept et formé des jeunes comme des adultes aux « 5 gestes ». L’impact a été limité face aux 800 000 personnes - voire plus - à former chaque année.

C’est pourquoi, comme pour le contrôle technique, la formation doit être systématisée donc obligatoire et comprise comme partie intégrante de la préparation du futur conducteur, au même titre que la conduite ou la connaissance du Code de la route.

Toutefois, la formation ne devra pas être théorique, mais pratique afin de déclencher des réflexes le moment venu.

Chaque année, plusieurs centaines de victimes d’accidents de la route décèdent sur les lieux mêmes parce que les secours publics arriveront trop tard !

Car, en effet, il y aura toujours un délai incompressible, nécessaire, pour donner l’alerte et aux dits secours pour arriver sur les lieux.

Il faut donc sauver ces vies !

Ce sont les premiers témoins sur place qui peuvent maintenir les blessés en détresse en vie (ou en survie) en l’attente de l’arrivée des secours.

Les « 5 gestes » représentent l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour faire face, durant les premières minutes, et d’empêcher les accidentés en détresse de mourir sur place d’asphyxie ou d’hémorragie !

Nous sommes dans un monde qui sait se mobiliser : aide aux réfugiés du Kosovo, coupe du monde de football, éclipse solaire !

Serions-nous incapables d’être aussi, pour chacun d’entre nous, le secoureur compétent, car formé, sur la route ?

Il ne s’agit pas de faire de chaque usager de la route un secouriste. Il existe de nombreux programmes de formation, ouverts à tous, pour ceux qui le souhaitent.

Il s’agit de ne plus rester inactif et incompétent face à un accident grave et de pouvoir apporter les premiers secours dans les cas de détresse flagrants qui réclament une intervention immédiate : l’asphyxie et l’hémorragie et rien d’autre !

Durant l’année 1998 puis en 1999, les pouvoirs publics, représentés essentiellement par le ministre des Transports, notamment au cours de la discussion sur un projet de loi sur la sécurité routière, ont mis en avant de vieux arguments pour repousser des amendements présentés par plusieurs députés, visant à la formation pratique des futurs candidats aux permis de conduire aux « 5 gestes qui sauvent ».

Parmi ces prétextes très anciens ou nouveaux, on a avancé le coût de la formation, le risque éventuel de la PLS (position latérale de sécurité) pour les blessés inconscients puis que la Commission nationale du secourisme était contre une formation aussi courte, etc., etc. !

Toutes ces objections ne tiennent pas et ont été, une à une, réfutées auprès du ministre et de tous les parlementaires concernés ainsi qu’après du rapporteur du projet de loi à l’Assemblée nationale.

De nombreux courriers et réponses obtenues ont été publiés dans le bulletin interne du CAPSU. Certains d’entre eux sont insérés dans ce mémoire, mais ils sont trop nombreux pour être publiés en totalité.

Toutefois, le prochain document sur les « 5 gestes qui sauvent » qui sera publié l’an prochain concernera uniquement le ministère des transports, sa position, ses réticences, ses contradictions et sa responsabilité, durant ces 30 années et comprendra donc tous les documents en question qui le concernent.

Ce 7e mémoire va tenter de lever toutes les ambiguïtés.

Adressé, comme les précédents, aux pouvoirs publics, il a pour but d’alerter de nouveau tous ceux qui ont une part de décision dans cette affaire et leur faire comprendre qu’il y a urgence à voter une loi puis à mettre en oeuvre immédiatement la formation des usagers de la route aux « 5 gestes qui sauvent ».

« L’histoire nous apprend que ce qui se passe à une époque pour utopique parvient parfois à devenir plus tard réalité » — Jean Delumeau

Cinq gestes qui sauvent : 32 ans d’action et de démarches
Fac-similé

Sur le Web : CAPSU

Notes

[1François Gentile, La sécurité routière (1994), PUF, coll. Que sais-je ?

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