Sommaire

- Présentation de l’éditeur (4e de couverture)
- L’auteur
- Table des matières du livre
- Analyse du CAPSU (extrait du bulletin du CAPSU n°48)
- Analyse du CAPSU 2e partie (extrait du bulletin du CAPSU n°49)

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Présentation de l’éditeur

À la fin des années 1950, quelques médecins visionnaires mirent en place, notamment dans le Sud de la France, les premiers services de secours aux blessés de la route, dont le nombre augmentait d’années en années, parallèlement au développement rapide de la circulation automobile.

Ces initiatives, d’abord isolées, aboutirent à la création des premiers « SMUR » et « SAMU » puis, à partir des années 70-80, à leur généralisation sur l’ensemble du territoire, parallèlement à la naissance d’autres services de secours, comme ceux des sapeurs-pompiers.

Cet ouvrage retrace l’histoire de la création des services de secours aux blessés de la route, et montre comment ceux-ci ont contribué à la création de services d’urgences destinés à l’ensemble des blessés et des malades, bien au-delà des seuls accidents de la circulation. En outre, ce livre qui donne largement la parole aux médecins pionniers de la médecine routière évoque l’engagement du corps médical pour une véritable politique de sécurité routière.

En effet, les médecins furent parmi les premiers à réclamer des véhicules et des routes plus sûres, mais aussi des mesures préventives comme les limitations de vitesse, la lutte contre l’alcool au volant ou l’obligation du port de la ceinture de sécurité. De même, en partenariat avec les constructeurs et les pouvoirs publics, ils menèrent et mènent encore de nombreux travaux et recherches pour mieux connaître les causes des accidents et en diminuer la fréquence et la gravité.

Tout en jouant un rôle de premier plan dans la lutte contre la mortalité routière - divisée par quatre entre 1972 et 2010 - les médecins ont oeuvré pour faire entrer la prévention des accidents de la route dans le champ de la santé publique, au même titre que les autres grands fléaux sanitaires.

En montrant le chemin parcouru depuis l’ère des « pionniers » jusqu’aux services d’urgence modernes et facilement accessibles de notre époque, ce livre rappelle que ce qui nous semble aujourd’hui évident - contacter partout et à toute heure un professionnel de santé prêt à intervenir avec des moyens adaptés - était, encore, il y a quelques décennies, une véritable utopie souvent jugée irréalisable.

L’auteur

Denis Durand De Bousingen est journaliste et historien, spécialisé notamment sur les politiques de santé en France et en Europe. Collaborateur de nombreux journaux, il a publié aussi plusieurs ouvrages portant sur l’histoire de la médecine et sur l’histoire des hôpitaux, en particulier sur ceux de Strasbourg.

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Table des matières

CHAPITRE PREMIER - Accidents, médecins et automobile jusqu’en 1945

Plus d’accidents mais plus de secours : un nouveau contexte au XIXe siècle
Les premières études médicales sur les accidents de la route, 1910-1940
Les premières ambulances automobiles
Les médecins et l’automobile, une relation passionnée
La naissance des automobile clubs médicaux

CHAPITRE 2 - 1945-1975 : les « trente sanglantes »

L’envolée de la courbe des accidents à partir des années 1950
Postes de secours et secouristes
Les débuts de La Prévention routière...
... et de l’Automobile-Club Médical de France
Les premiers cris d’alarme du corps médical
Un grand classique. Le livre du Pr Arnaud
Les réponses administratives, réglementaires et techniques aux secours aux accidentés jusqu’en 1973
Les autres règlements relatifs à la sécurité routière
Alcool, vitesse et comportements. Des défis qui dépassent les frontières
1973, l’année charnière
Les effets immédiats et les réactions
Premières mesures contre l’alcool : les alcootests
Un environnement culturel propice à la vitesse

CHAPITRE 3 - Les médecins entrent en scène. De l’expérience de Salon-de-Provence à la loi sur les SAMU

Les premières réponses médicales à « l’épidémie des accidents de la route »
Le Pr Cara. Du laboratoire de physiologie aux ambulances médicalisées
Le pionnier des secours routiers. Le Pr Bourret et l’antenne de Salon-de-Provence
L’œuvre de Louis Serre, père des SMUR
Les innovations de Louis Lareng
Les services d’urgence en Région parisienne
De nombreuses autres innovations à travers la France
Les pompiers se mobilisent. L’expérience du Dr Dufraisse à Avignon et la médicalisation à partir de 1967
1975, les SAMU s’organisent en syndicat
1986, une loi pour les SAMU
L’exemple de Dominique Larrey
Les débuts des hélicoptères. De la guerre d’Indochine aux Écureuils
Chirurgiens et anesthésistes. Le long apprentissage d’un partenariat
Les évolutions du secourisme routier
Les anesthésistes-réanimateurs face aux autres médecins de l’urgence
La question des numéros d’appel et les influences étrangères.
Le 900 belge et le 03 soviétique

CHAPITRE 4 - Au-delà des soins : de l’accidentologie à la santé publique

Les débuts de l’accidentologie et le laboratoire de sécurité routière
Les premières études détaillées d’accidents.
De l’ONSER à l’INRETS
Une coopération à deux sens. La recherche à Garches
La sécurité, une préoccupation mondiale
L’accidentologie au LAB aujourd’hui
L’accident de la route comme problème de santé publique

CHAPITRE 5 - Les progrès de la sécurité routière des années 1980 à nos jours

Les évolutions réglementaires
Des routes moins dangereuses et mieux équipées
Un tournant dans les mentalités. Les victimes veulent se faire entendre
Le tournant de 2002. Quand la sécurité routière devient un grand chantier présidentiel
La santé, nouveau partenaire de la sécurité routière ?
Les nouvelles mesures et leurs effets
L’innovation automobile au service de la sécurité

CHAPITRE 6 - Les médecins, les secours routiers et la sécurité routière. Présent et perspectives

Gisements de sécurité routière et nouveaux périls
L’organisation des secours d’urgence en France et en Europe
Les dernières évolutions médicales et hospitalières
Un recours accru aux hélicoptères
Les urgentistes, avenir de la médecine d’urgence ?
Le rôle des médecins face à la conduite et la prévention des accidents
Automobile, mobilité et environnement. Quels enjeux ?
La sécurité routière, un défi pour le monde de demain

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Analyse du CAPSU

Extrait du bulletin du CAPSU n°48

L’ancien président de la République, Jacques CHIRAC, signe une préface. Un passage a retenu particulièrement notre attention (déjà signalé dans notre bulletin 47), lorsqu’il écrit : « ... de l’indispensable formation du premier témoin ».

Or, hélas, comment comprendre que Premier ministre en 1974, il validera, comme président du comité interministériel de la sécurité routière, la mise en place d’une « formation pratique aux gestes de survie des candidats aux permis de conduire » qui ne fut jamais appliquée ? Avec cette préface, il rappelle ou relance cette idée mais nos multiples démarches auprès de lui n’auront pas permises de reprendre ce dossier qui, après la décision de 1974, le décret sur le secourisme en janvier 1977 puis l’arrêté de 1978 sur la formation aux « gestes élémentaires de survie » fut abandonné par les nouveaux pouvoirs publics issus des élections de 1981.

Il y a donc dans cette affaire une double responsabilité. La première, c’est celle des pouvoirs publics, de l’exécutif pour la période novembre 1974 à 1981 qui n’ont pas été capables d’appliquer cette mesure donc une décision prise par eux ! Puis, celle des pouvoirs publics après mai 1981 qui n’ont pas repris la décision arrêtée, ni envisagé de la remanier ! Avec, de ce fait, des milliers de morts illégitimes sur nos routes car susceptibles d’être épargnées par les gestes des premiers témoins formés pour assurer leur survie avant l’arrivée des secours professionnels. Un gâchis considérable et irréparable.

Dans son introduction, la président de l’ACMF, à l’origine de cette initiative, le docteur Philippe LAUWICK – qui connaît bien le sujet et écrit lui-même ses textes - revient, lui aussi, sur « l’intervention du premier témoin », « l’apprentissage des gestes de premiers secours pour le permis de conduire » et rend hommage à « tous ces hommes et femmes qui ont tant œuvré, souvent dans l’ombre » [1].

Si nous regrettons amèrement que le président CHIRAC ait attendu, en fait, 2002, pour faire de la sécurité routière « une priorité » de son second mandat, en ciblant notamment la vitesse excessive et, en oubliant, à nouveau ces « gestes de premiers secours » enseignés obligatoirement dans d’autres pays afin d’obtenir un permis de conduire, nous regrettons aussi que le successeur à la présidence de l’ACMF du docteur André SOUBIRAN ne se contente de parler que de « gestes de premiers secours ».

Car, comme pour les « gestes élémentaires de survie » de 1978, on ne sait et on ne peut savoir combien il y en a, quels sont ceux qu’il faut retenir et uniquement ceux-là afin d’agir face à un accident de la route.

Le livre, dont l’auteur, Denis DURAND DE BOUSINGEN, a interrogé de nombreux acteurs encore en vie — donc ceux que l’on retrouve dans les cinq tomes sur l’œuvre de Marcel ARNAUD, a également entendu le CAPSU, association qui, par son histoire, pouvait apporter un témoignage.

Le chapitre premier est consacré aux « accidents, médecins et automobile jusqu’en 1945 ». Le récit de cette période est assez amusant car il comprend des anecdotes qui permettent de se resituer dans un contexte où le secourisme d’avant puis d’après guerre, qu’il soit à destination des professionnels (le médecin colonel Charles COT du régiment des sapeurs pompiers de Paris qui allait concevoir des secours « médicalisés » aux asphyxiés) est cité ; on y parle beaucoup d’automobile et de la création des automobiles-clubs.

Le chapitre 2 aborde la période « 1945 – 1975 : les trente sanglantes » et tout particulièrement « l’envolée de la courbe des accidents à partir des années 50 ». Sont abordés également les « premiers cris d’alarme du corps médical », les causes des accidents dont l’alcool et les comportements irrespectueux et irresponsables pour arriver à « l’année charnière », celle de 1973.
C’est dans ce chapitre que l’auteur traite des « Postes de secours et secouristes » et cite le Professeur Pierre JOLIS [2] qui, formé au secourisme pendant l’occupation, entre dans les équipes de secouristes de la Croix-Rouge.

Egalement dans cette partie, nous aurons quelques lignes sur les « 5 gestes qui sauvent ». Pourtant, la formation (et non seulement ou simplement la « sensibilisation » ou l’information) du public, c’est-à-dire des usagers de la route, fait partie intégrante de cette « histoire des secours routiers » car, nos SAMU et leur antennes opérationnelles, les SMUR, ainsi que les sapeurs pompiers sont parfois – ou souvent - inefficaces sans ce maillon primordial. Il aurait pu à notre avis être plus précis, plus développé.

L’action de Marcel ARNAUD est exposée, sur quelques pages, du congrès de chirurgie en 1957 où il fait inscrire un débat sur les secours à apporter aux accidentés de la route où l’engagement à ses côtés de Paul BOURRET est bien mis en exergue. Et la création des premières « assises sur les accidents de la route » préconisées et préparées par Marcel ARNAUD et organisées par l’ACMF en 1959 (voir le tome V sur Marcel ARNAUD pour de nombreux détails).
Environ trois pages sont consacrées au livre de Marcel ARNAUD de 1961, « Les blessés de la route » avec son propre récit lorsqu’il fut le témoin d’un grave accident de la route près d’Aix en Provence en 1954.

D’autres noms apparaissent sur cette période de création et de conception de la médicalisation des secours (uniquement à l’époque aux accidentés de la route) dont celui de René COIRIER, haut fonctionnaire au ministère de la Santé qui rédigera les textes officiels.

Le chapitre 3 est intitulé « Les médecins entrent en scène. De l’expérience de Salon de Provence à la loi sur les SAMU ».

L’auteur confirme bien « la primauté de ces actions » à un chirurgien de l’hôpital de Salon de Provence, le Professeur Paul BOURRET. Et précise la date exacte, le 1er septembre 1957 (Ce qui nous avait été confirmée par une lettre reçue du maire de cette ville, publiée dans le tome II).

Il cite aussi le Professeur SERRE qui, très tôt (il mentionne 1955) utilisera l’avion pour les transports sanitaires. On sait que c’est ensuite l’hélicoptère qui, sur ce type de distance, sera l’appareil de référence.

L’auteur traite avec détails de « l’antenne de Salon de Provence » et rappelle ce que le Professeur BOURRET nous avait dit à Marseille le 18 août 1987 (Marcel ARNAUD lui avait demandé de mener cette expérience de médicalisation des secours aux blessés de la route dans sa ville de Salon où il était chirurgien ainsi qu’adjoint au maire).

Mais ensuite, nous estimons que l’auteur fait une confusion entre SMUR et SAMU.

Il écrit en effet que Louis SERRE est le « père » des SMUR et Louis LARENG « connu pour être le créateur du premier SAMU de France ».
Nous contestons cette interprétation.

Pourtant, il est bien précisé que Louis SERRE organisera la gestion des appels d’urgence, ce que l’on appellera ensuite régulation médicale.
Si d’autres ont pu obtenir de l’hôpital public plus de moyens pour rattraper le retard et mettre en place une régulation nécessaire, tant mieux ; mais le « système » qui deviendra, bien après, le SAMU, a bien pris naissance à Montpellier avec le Professeur Louis SERRE. Il suffit, dans ce livre, de vérifier les dates pour en avoir confirmation.

Certes, ce livre a été écrit et édité alors que les précurseurs et les pionniers, ont disparu : ARNAUD, BOURRET, SERRE, DUFRAISSE. Ils nous ont laissé, diversement, leur témoignage. Tout renouvellement ou modification de cette épopée par ces acteurs est impossible.

Heureusement, il nous reste les archives historiques de l’ACMF et du SRF et maintenant du CAPSU. Ce n’est pas parce que, ensuite, (et ce n’est pas une critique) d’autres médecins mirent sur pied un SMUR ou un SAMU, qu’ils sont devenus les inventeurs de ces deux concepts, celui de la médicalisation puis celui de la coordination — même si ensuite leur SAMU fut exemplaire (Toulouse, Créteil...).

La multiplication des SAMU date du début des années 70 (loin de 1957-60 de Paul BOURRET et Louis SERRE). Au centre du livre, on trouve de nombreuses photos dont plusieurs transmises par le CAPSU.

Une erreur s’est glissée concernant une page extraite du « Précis » de secourisme routier. Il ne s’agit pas de 1961 mais de 1971 pour la première édition.
Heureusement, l’auteur ne cite pas que des médecins hospitaliers mais aussi des médecins sapeurs pompiers, moins connus hier comme aujourd’hui.

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Analyse du CAPSU, 2e partie

Extrait du bulletin du CAPSU n°49

La partie centrale, non paginée, du livre, comprend de nombreuses photos et, notamment, celle du Professeur Paul BOURRET avec le premier véhicule « SMUR » de Salon de Provence – ainsi qu’un texte (extraits de la revue « sécurité routière » du 1er trimestre 1958, retirés des archives du CAPSU et publiés dans un de nos bulletins.

On y retrouve le docteur André SOUBIRAN, les véhicules utilisés par le SMUR du Professeur Louis SERRE à Montpellier avec le local où les appels étaient reçus. D’autres photos du Professeur ARNAUD (utilisées dans les tomes sur son œuvre).

Le récit de cette épopée des secours d’urgence aux accidentés de la route expose ensuite, à partir de la page 81 le rôle des sapeurs pompiers et des médecins pionniers, parmi lesquels, en premier, le docteur Pierre DUFRAISSE [3].

Il avait pris contact avec le Professeur ARNAUD en janvier 1960 pour l’informer de ses initiatives locales, dans le Vaucluse et notamment à Avignon [4].

Toutefois, la formation de ces médecins sapeurs pompiers à la médicalisation des secours aux « blessés » de la route, suite au livre de Marcel ARNAUD en 1961 (qui leur était destiné), puis son film pour les « médecins praticiens », n’est pas à notre avis suffisamment détaillée.

Certes, l’absolue nécessité de médicaliser le transport des blessés très graves voire mourants est complétée (page 84) par le rappel de « l’importance de l’intervention immédiate de témoins formés ».

On parle (page 85) de « l’enthousiasme de quelques pères fondateurs » en citant, dans l’ordre (pour le SAMU), Louis SERRE, Louis LARENG, Maurice CARA, Pierre HUGUENARD et quelques autres…

Mais le précurseur, celui qui se dirigera rapidement vers une coordination des actions sur le terrain puis les évacuations vers les hôpitaux à choisir, équipés et préparés, l’organisateur, ce fut, seul, le Professeur Louis SERRE – certes cité le premier.

Les autres suivirent son exemple bien après (Lui étendit les interventions pour les blessés de la route aux autres détresses et alla plus loin que créer un SMUR (avec plusieurs équipes). Il fallait un « système pour les réguler ». Ce système deviendra le SAMU.

Le Professeur Maurice CARA est un cas à part. Sa médicalisation à lui, ses transports médicalisés, avaient, en 1954-55, concerné les sujets atteints de poliomyélite.

Il ne créa le SAMU de Paris qu’en 1992, « Ils n’en voulaient pas » nous avait-il répondu quand nous lui avions posé la question, pourquoi si tard ?
Plus tôt pour le Professeur Pierre HUGUENARD à Créteil pour le Val de Marne, (années 70).

Bien sûr, on peut toujours réécrire l’histoire à la place de ceux qui l’ont faite ! Mais pour les médecins hospitaliers, les seuls noms des précurseurs et pionniers à retenir sont : ARNAUD – BOURRET – SERRE – LARCAN et, pour les médecins sapeurs pompiers : DUFRAISSE – PRIM – HERAUT avec une implication, au tout début, des deux organisations, l’hôpital et les sapeurs pompiers.

La loi sur les SAMU n’interviendra qu’en 1986 pour officialiser, plus de 30 ans plus tard, les initiatives des pionniers, suivis par d’autres médecins dans le même but, pas toujours dans le même état d’esprit.
Médecins auxquels, pour le secourisme proprement dit, il faut citer les pionniers, Norbert VIEUX et Pierre JOLIS, puis le Médecin Général Paul GENAUD.

Si l’action déterminante du Professeur Louis LARENG n’est pas contestable – qui créa le SAMU de Toulouse – il est heureux de retrouver dans ce livre le nom de René COIRIER, haut fonctionnaire du ministère de la Santé, discret, mais rédacteur des principaux textes, que les Professeurs ARNAUD et SERRE rencontraient souvent avenue de Ségur pour préparer l’évolution des textes, les décisions à prendre par le ministère. Des accidents de la route, on allait traiter toutes les détresses.

Si, page 91, il est écrit : « Toulouse est ainsi le lieu de naissance du premier SAMU », nous ne pouvons que contester et contredire cette affirmation. Le lieu de création du premier SAMU, même si le terme retenu n’existait pas encore définitivement (comme pour le SMUR de Paul BOURRET en 1957) – il n’en avait donc pas le nom à l’époque, c’est Montpellier avec Louis SERRE.

Ensuite, des structures semblables, toutefois différentes dans l’organisation, se créèrent au sein d’autres centres hospitaliers régionaux universitaires.

Ce qui nous intéressait le plus dans cet ouvrage, c’est la présentation de la « jonction » entre la « médecine routière » et le rôle du témoin avant l’arrivée d’un SMUR et/ou des sapeurs pompiers. A partir de la page 97, on rappelle l’émergence d’un nouveau secourisme, le « secourisme routier ».

Marcel ARNAUD ne sera pas seulement le « grand initiateur » mais son créateur, de toutes pièces. En prolongement de son livre de 1961, il publiera en 1971 la première édition du « Précis de secourisme routier » avec plusieurs coauteurs pour les aspects techniques.

L’enseignement démarrera au milieu des années 60 et s’étoffera progressivement jusqu’à la création d’une mention officielle à obtenir après l’obtention du brevet de secourisme, avec un programme agréé par le ministère de l’Intérieur (et de la Santé).

Joseph GALLEGO [5], de Sisteron, est cité car, en effet, il avait mis au point, comme garagiste appelé sur les lieux d’accidents de la route – alors que des blessés étaient toujours incarcérés – un matériel de découpe anti-étincelles et de désincarcération.

La création d’un numéro d’appel direct et unique, comme pour la Police ou les Pompiers, est expliqué, avec le rôle de M. COIRIER. Le Professeur SERRE nous avait expliqué ses
nombreuses rencontres avec lui au ministère à ce sujet.

Il avait l’appui, à l’époque, du SRF (Secours Routier Français) et c’est souvent M. Robert DEJOUR qui l’y conduisait (avec le Professeur ARNAUD).

A propos du numéro d’appel du SAMU (qui deviendra le 15) le secrétaire d’Etat chargé des télécommunications, M. Norbert SEGARD, un nordiste, avait été contacté à ce sujet par le CAPSU.

S’agissant de sécurité routière, ce livre aborde ensuite l’accidentologie et la part prise par les constructeurs. Le Docteur TARRIERE est bien sûr cité.
Toutefois, dans nos contacts de l’époque, le Docteur TARRIERE (que nous avions rencontré au laboratoire RENAULT de Lagny en 1989) était « contre » l’appui-tête systématique voire intégré aux sièges, que nous préconisions.

Mais l’étude des accidents permet de changer d’avis et d’ajuster ses choix (Le CAPSU publiera les échanges dans les documents à venir, ainsi qu’avec l’ONSER pour les années 70).

Page 107, on notera le rappel du Professeur Claude GOT : « 80 % des tués décédaient avant l’arrivée des secours ».
Cela était le fait de la violence des chocs, l’absence de ceintures (de protection), un habitacle non encore suffisamment étudié pour protéger au maximum les occupants lors des chocs.

Ces commentaires posent toutefois problème. Pour comprendre et les ajuster à cette période, il faut lire les livres de Marcel ARNAUD de 1961 et 1971.

Le chapitre 5 traite des progrès de la sécurité routière et des mesures successives qui furent prises par les différents gouvernements, à partir de 1972 (date de la nomination d’un délégué interministériel à la sécurité routière) jusqu’à nos jours et la création, en 2001, d’un Conseil national de sécurité routière proposé par la CAPSU [6].

Puis, le « grand chantier » du Président CHIRAC, à partir de 2002 (sans les « 5 gestes qui sauvent ») alors que la formation avait été retenue par lui-même, en 1974, alors Premier ministre !

Joseph GALLEGO a été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur lors de la promotion d’avril 2012. Un juste témoignage de reconnaissance pour cet homme, précurseur lui aussi pour dégager les blessés de route piégés et/ou incarcérés.

L’engagement de l’ACMF est cité, repris à partir des années 2000. Nous ne rappellerons jamais assez l’aide de cet organisme et tout particulièrement de son président – quasiment fondateur, en 1952 – le docteur André SOUBIRAN, qui accueillit le Professeur ARNAUD, l’aida et, sur son conseil, organisera les premières « Assises sur les accidents de la route » en 1959 [7]. Le dernier chapitre (6) commente les éventuels « gisements » afin d’épargner encore des vies.

Reconnaissons que les pouvoirs publics n’ont pas su prendre (ou voulu) des mesures suffisantes contre le fléau de l’alcool au volant [8] et ont laissé traîner la formation des usagers de la route aux « 5 gestes qui sauvent ». Les dernières pages sont consacrées au rôle des médecins dans la prévention de ces accidents. Il était normal de citer le docteur Philippe LAUWICK, devenu président de l’ACMF en 2006, qui était entré au comité directeur, formé à l’ASAR et au CAPSU [9].

Notre conclusion ? Nos observations ou commentaires n’ont de but que d’apporter notre éclairage sur cette période que nous avons connue et durant laquelle nous avons nous-mêmes agi. Ce livre est utile. Il retrace honnêtement une situation, celle d’un fléau majeur, celui des accidents de la route que l’on aura mis près de quarante ans à « presque » maîtrisé (si ce mot est utilisable). Chaque acteur peut apporter sa propre interprétation.

Aujourd’hui, nous pensons utile d’alerter les services publics des hôpitaux, qui gèrent les SMUR et SAMU, afin que ce soient uniquement les vraies urgences qui soient traitées et non tout. Le risque, qui approche, c’est l’asphyxie des centres 15. Un tri complémentaire, pour les interventions des SMUR est indispensable car on ne pourra plus augmenter les moyens financiers et opérationnels de ces structures comme on l’a fait jusqu’à présent.

Encore une dernière observation. Les personnalités citées ont œuvré dans un cadre professionnel. Elles étaient payées pour cela, même si, en plus, il y avait de la passion et du dévouement. Concernant le Professeur ARNAUD, rappelons que sa croisade débuta en 1957 au Congrès de chirurgie. Il était alors encore en fonction à l’hôpital public (Voir bulletin 48). Avec son livre de 1961, le combat, le vrai, débuta, dès sa retraite hospitalière en décembre 1962, jusqu’à sa mort en 1977.

Cette œuvre, complémentaire à sa vie de médecin, de neurochirurgien, fut menée BENEVOLEMENT. Il fut le seul (pour le permis de conduire) à réclamer aussi, c’est écrit en toutes lettres dans son « précis » de 1971, la connaissance de « quelques gestes qui sauvent » par tous les usagers de la route, ce qu’il appela le « P.A.S » , c’est-à-dire les « 5 gestes ».

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Heures de France, 2010, 142 pages, 18 €

Notes

[1A ce sujet, cinq documents, cinq « tomes » ont été publiés, en 1997, 1999, 2003, 2006 et 2011 sur l’œuvre du « précurseur » de la médicalisation des secours aux « blessés de la route », le Professeur Marcel ARNAUD. Ils permettent de saisir le rôle fondamental de « tous ces hommes et femmes » qui (certes très peu de femmes à l’époque) ont participé, avec lui, auprès de lui, à cette épopée.

[2Professeur JOLIS dont nous parlons régulièrement dans notre bulletin (ainsi que dans les mémoires sur les « 5 gestes qui sauvent ») et qui sera coauteur, en 1962 (édition détenue par le CAPSU), avec Norbert VIEUX d’un « manuel de secourisme » dont nous avons déjà parlé, la « bible » pour de nombreux apprentis secouristes.

[3A qui avait été dédié le tome II sur Marcel ARNAUD (1999).

[4Lettre manuscrite publiée dans le tome II.

[5Voir tome V sur Marcel ARNAUD.

[6Voir le volume 6 du 10ème mémoire sur les « 5 gestes qui sauvent » - ministère des Transports – 1996-2002. Avril 2012.

[7Voir les cinq tomes sur Marcel ARNAUD et les bulletins du CAPSU après la mort du docteur SOUBIRAN en 1999.

[8Voir le « dossier spécial » ALCOOL AU VOLANT de 1993 préparé par Georges VEDRINE et le bulletin n° 48 du CAPSU de novembre 2011 notamment.

[9ASAR : (Secouristes), créée à Roubaix en 1979, regroupant les équipes locales fondées en 1972 et 1975.
CAPSU : Prévention des accidents et catastrophes et organisation des secours, créé à Roubaix en 1975.

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