Le stress est normal. C’est une réaction naturelle de l’organisme à une épreuve physique et ou émotionnelle. Le stress peut jouer un rôle positif : il permet à l’individu de mobiliser ses ressources pour faire face à une situation difficile. En revanche, il devient nocif s’il dure trop longtemps (épuisement, réactions négatives...) En outre le stress peut être dû à l’accumulation d’une série de facteurs qui pris séparément sont facilement acceptables, mais ensemble mettent en difficulté l’individu exposé. On pourrait modéliser la résistance au stress comme un contenant qui a une capacité limitée. Chaque personne a son propre seuil et quand le contenant est plein, les signes du stress apparaissent. Plus rarement, l’exposition à une situation extrêmement difficile peut provoquer un état pathologique qui nécessite l’intervention d’un professionnel auprès des individus exposés.

Mécanisme du stress

Introduction vidéo de l’INRS

Différentes sortes de stress

- Le stress de base : il se manifeste lors de changements d’habitudes. Par exemple : arrivée sur un site inconnu, travail avec de nouveaux équipiers, mise en oeuvre de nouvelles procédures... Normalement, le stress de base diminue progressivement au cours de la mission.
- Le stress cumulatif : il résulte d’une exposition prolongée au stress ou à une série d’événements difficiles. Ce type de stress est réversible.
- L’épuisement ou « burn out » : c’est l’épuisement des mécanismes d’adaptation au stress normal. Les sauveteurs ont une grande tolérance aux évènements traumatiques, mais cette capacité n’est pas inépuisable. Il existe un point où même la plus forte personne s’effondre et ses émotions prennent le dessus.
- Le stress traumatique : provoqué par une situation qui sort d’une situation ordinaire (acte de grande violence, catastrophe). Peut conduire à un état de stress post-traumatique (PTSD), état pathologique, qui nécessite une prise en charge par un professionnel de santé mentale.

Causes fréquentes du stress

- Les conditions de vie pénibles : froid / chaleur, poussière, intempéries, bruit, absence du confort de base...
- Le manque d’espace ou d’intimité
- La charge de travail importante ou au contraire l’inactivité prolongée
- Les problèmes relationnels et de communication, les conflits de personnes, les différences culturelles entre équipiers ou avec les victimes
- L’insécurité : risques d’agression, de vols, présence de forces armées
- L’absence des activités de loisir ou de vie sociale ou culturelles espérées
- Problèmes de santé
- Situations qui remettent en cause les valeurs, les idéaux, les croyances : exposition à la mort, à la souffrance prolongée des victimes, hostilité des victimes, impossibilité de satisfaire les besoins des victimes, situations ambiguës...
- L’entourage proche et familial : incompréhension de la famille, des amis
- Retour à la vie normale, obligation de quitter des lieux et des gens que l’on a apprécié.

L’accumulation de plusieurs de ces facteurs de stress peut conduire à un stress cumulatif. Il est normal de l’observer lors des interventions d’urgence. Une bonne gestion du stress, individuellement et collectivement, permet habituellement de le maîtriser. Toutefois il faut veiller à ce qu’il ne dépasse pas les limites du raisonnable car il peut se transformer en épuisement (burn -out).

Les signes de stress

- Physiques : fatigue excessive, troubles du sommeil, troubles intestinaux, maux de tête, mal au dos, modification de l’appétit
- Émotionnels : anxiété, frustration, humeur instable, irritabilité, cauchemars...
- Mentaux : difficulté de concentration, perte de motivation, attitude négative, paranoïa...
- Relationnels : isolement, intolérance, remarques continuelles...
- Modification du comportement : consommation d’alcool et/ou de tabac accrue, changement des habitudes alimentaires, modification du comportement sexuel, prise de rique inconsidérée, hyperactivité...
- Effondrement du système de croyance : sentiment de vide, perte des raisons de vivre, abandon des convictions religieuses, cynisme...

Il importe que ces signes soient repérés (pour soi et auprès des autres membres de l’équipe de secours). Ils ne doivent pas être interprétés comme une faiblesse ou un manque de professionnalisme mais doivent être considérés comme normaux. A partir de là il faut rechercher la cause du stress et, si possible, la supprimer, ou en soustraire la personne concernée.

Réactions à surveiller dans une équipe

Ces réactions dans une équipe peuvent être dues à un stress cumulatif :

- Ressentiment à l’égard de la hiérarchie
- Manque d’initiative
- Formation de clans
- Conflit entre groupes
- Faible assiduité / participation
- Attitude négative
- Attitude critique
- Recherche de boucs émissaires

A nouveau il faut interpréter ces signes comme la manifestation d’un stress plutôt que comme une hostilité à l’égard de la hiérarchie. Dans une telle situation, le rôle de la hiérarchie (chef d’équipe) est essentiel pour combattre les causes de ce stress. Bien souvent, ce stress est lié à la manière dont l’équipe est organisée et presque jamais aux personnes elles-mêmes. Ce stress peut être évité et il est réversible : le chef d’équipe doit pouvoir le combattre en adoptant une attitude appropriée.

Un tel comportement de l’équipe doit être analysé au regard de l’ensemble des problèmes organisationnels qui peuvent surgir, tels que, par exemple :

- Tâches confiées de manière inadéquate, sans tenir compte des capacités, compétences et aspirations des équipiers
- Responsabilité inhabituelle confiée à un novice
- Contraintes administratives excessives et mal perçues ou mal comprises
- Information insuffisante sur les règles de vie, les règles d’hygiène et de sécurité
- Information insuffisante sur les finalités et les contraintes de la mission
- Communication insuffisante, absence de coordination, de coopération entre les membres de l’équipe, de dynamique d’ensemble du groupe
- Difficulté d’intégration d’un membre du groupe nouveau venu et/ou extérieur à l’organisation
- Conflits avec d’autres groupes, d’autres organisations, entre membres de la hiérarchie
- Retour à la normale brutal et non accompagné par l’organisation.

Rôle du chef d’équipe

- Remédier aux problèmes organisationnels
- Donner l’exemple d’un comportement sain
- Donner l’occasion d’exprimer les problèmes de communication
- Favoriser le repos et la détente quand c’est nécessaire
- Permettre de prendre un repas équilibré si possible
- Ménager des temps de repos et de partage
- S’intéresser aux équipiers et les écouter
- Éviter de critiquer ou de dévaloriser les remarques
- Être attentif aux changements d’humeur
- Partager ses propres émotions, exprimer ses sentiments mais sans jugement ou parti pris
- Pratiquer le briefing et le débriefing

Attention, toutefois, de ne pas sombrer dans une attitude excessive qui consisterait pour le chef d’équipe à vouloir en permanence tout savoir des sentiments de ses équipiers. S’il faut ménager des moments pour partager ses émotions, chacun demeure libre de s’exprimer ou de différer cette expression à plus tard. Vouloir « tirer les vers du nez » à quelqu’un s’avèrerait pour lui anxiogène, et du point de vue du stress, contre-productif !

Faire face à son propre stress cumulatif

Un seul mot : communiquez ! Cela suppose que vous utilisiez votre réseau relationnel (amis, parents, proches, coéquipiers) pour parler en confiance, lorsque c’est possible. Dites vos doutes, vos déceptions, vos craintes.

Communiquez aussi avec votre hiérarchie. Exprimez des faits ainsi que vos sentiments et vos émotions, cela mettra votre interlocuteur en confiance. En revanche, évitez d’exprimer vos opinions. Exercez-vous à faire la différence entre sentiment et opinion (exemple : « ces types sont nuls ! » est une opinion, « je ne me sens pas à l’aise dans ce groupe » est un sentiment). Dites à votre chef et à vos collègues quels sont vos besoins, sachez dire « non » si l’on exige trop de vous.

Soutenez-vous mutuellement, montrez à vos coéquipiers que vous vous intéressez à eux, adoptez une attitude d’écoute. Evitez de les critiquer ou de les dévaloriser, prenez le temps de partager vos émotions.

Respectez autant que possible les horaires de travail et les périodes de repos. Consacrez assez de temps à la détente. Prenez des repas équilibrés à heures fixes. Evitez l’abus d’alcool et de tabac. Veillez à votre santé physique.

Faire face à une expérience traumatique

Dans une situation particulièrement pénible, il est normal d’avoir des réactions plus ou moins importantes pendant quelques jours : cauchemars, tristesse, détachement, nervosité, trouble du sommeil, etc. Peu à peu, ces réactions s’estompent et la vie reprend son cours. Ne vous isolez pas, sollicitez un débriefing, parlez aux personnes en qui vous avez confiance, prenez le temps de récupérer. Si après plusieurs jours, vos réactions demeurent excessives, demandez conseil à un médecin ou a un professionnel de la santé mentale.

Sources

- Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Gérer son stress sur le terrain. 2001, 20 p. En ligne (français) http://www.ifrc.org/Global/Publicat...

- P. Aubry, B.A. Gaüzere. Conseils de santé au retour de mission. 2005. En ligne http://medecinetropicale.free.fr/cours/conseilretour.pdf

- Croix-Rouge française. La gestion du stress, in Guide de référence du formateur d’équipier en situation d’exception, 2005, non diffusé.

- INRS. Stress au travail : privilégier la prévention collective. En ligne : http://www.inrs.fr/accueil/risques/...

- Prévenir le stress dépassé, par Laure Drilhon, Secouriste Magazine n°7

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